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Un logo en quête de simplicité pour Ubisoft

Olivier Bruel Graphiste et directeur artistique, freelance

C’est la quatrième fois en 31 ans que l’éditeur français de jeux vidéo change de visage. Et comme chaque fois, cette transformation s’inscrit dans une logique de croissance et de diversification.

logo Ubisoft

C’est sur le blogue d’Ubisoft qu’est parue mercredi l'annonce du changement d’image de marque. «Elle accompagne la place croissante qu’occupent les jeux live et digitaux [sic], peut-on lire, ainsi que notre approche créative qui met les joueurs au centre de mondes immersifs. Aujourd’hui, nous créons des mondes, mondes qui vivent en tant que jeux vidéo, bandes dessinées, films, séries télé, livres et attractions.» Des ambitions gigantesques, mais pas irréalistes pour le géant qui veut devenir, selon certains analystes, une sorte de Disney français.

L’histoire d’Ubisoft se confond à celle du jeu vidéo, et l’évolution de ses logos témoigne de quatre révolutions. 

Avec le recul, l’histoire d’Ubisoft se confond avec celle du jeu vidéo, et l’évolution de ses logos témoigne de quatre révolutions. Le très pixellisé logo de 1986 marquait l’entrée du jeu dans les familles; celui de 1995 évoque quasiment un produit bureautique avec son arc-en-ciel et sa typo étirée. En 2003, Ubi et Soft ne forment plus qu’un mot, marquant le début d'une ère nouvelle. La spirale apparaît, symbolisant (sans blague) «la création originelle», selon Courtney Riss, directrice de marque d'Ubisoft. En passant, ce logo préfigure la mode des dégradés et des effets de demi-teintes qui envahira le design de logos dans les années suivantes. Au passage, certains observateurs y verront une ressemblance avec un emblème syndical québécois

évolution

Il était parfaitement logique de garder l’essentiel (la spirale au-dessus du nom en majuscules) et de se débarrasser du reste (la couleur, les effets et le futurisme un peu daté de la typographie).

En 2017, pour s’inscrire dans l’air du temps et jouir d’une plus grande souplesse d’utilisation, le logo devait se simplifier tout en tablant sur la reconnaissance visuelle chèrement acquise ces 14 dernières années. Il était donc parfaitement logique de garder l’essentiel (la spirale au-dessus du nom en majuscules) et de se débarrasser du reste (la couleur, les effets et le futurisme un peu daté de la typographie).

Plus simple, plus universel, et aussi plus élégant, le logo adopte avec efficacité les ambitions de l’entreprise. UBISOFT s’inscrit désormais en lettres capitales dans une fonte géométrique assez neutre – les résidents du quartier montréalais Mile-End peuvent commencer à surveiller le remplacement de l’iconique enseigne au coin de Saint-Laurent et de Saint-Viateur –, les typographes pointilleux pourront tout juste contester l’interlettrage serré et la longueur excessive des bras du F. Comme c’est le cas aujourd’hui pour de nombreux logos, l’absence de couleurs permet une exploitation en positif ou en négatif, intégrant tous les degrés de transparence pour s’adapter aux environnements les plus variés. Son contraste optimisé lui confère une bonne visibilité sur les réseaux sociaux ou sur un écran de téléphone. En revanche, l’argument selon lequel «la spirale et la lettre O ont été délibérément créées pour rappeler une forme écrite à la main» est un peu discutable en raison de la rigueur du tracé…

Il faudra s’y habituer, la question «ce logo est-il beau?» n’a guère de pertinence quand il s’agit d’un produit aussi stratégiquement conçu. Ce logotype fonctionnera parfaitement s’il est employé avec discernement, ce qui ne fait aucun doute dans le cas d’une entreprise d’image comme Ubisoft.

Le nouveau logo, qui ne figure pas sur le site au moment où j’écris ces lignes, fera une sortie publique à saveur de test lors de l'événement Electronic Entertainment Expo (E3), du 13 au 16 juin à Los Angeles.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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