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Les 17 meilleurs et pires logos de 2017

Olivier Bruel Graphiste et directeur artistique, freelance

2017 pourrait s'inscrire dans les annales comme l’année où les logos ont laissé la place aux systèmes d’identité visuelle au milieu desquels le logo n’est souvent qu’un élément neutre et flexible. Cela dit, jetons un œil subjectif aux meilleurs et pires logos de l’année, d’ici et d’ailleurs!

 LES MEILLEURS

Orchestre Métropolitain

Les habits du chef
Conçu par le studio montréalais Byhaus, le logo de l’Orchestre Métropolitain est une ode à la simplicité classique dans laquelle l'O est un trou noir qui aspire notre attention et recrache des instruments! Les diverses déclinaisons, bien contrastées, mettent en valeur ce motif presque musical avec un certain humour.
 

Mozilla

Vive le logo libre!
Saluons l’audace de l’éditeur de Firefox et de Thunderbird, qui a relevé cette année un pari risqué: soumettre le choix de son logo à une (immense) communauté d’utilisateurs. Pour éviter que l’exercice ne tourne au fiasco, Mozilla avait une arme secrète: les sept propositions initiales étaient inspirantes et solides, conçues par lʼagence britannique Johnson Banks.
 

CND SNB

Unifolié de neige
Un autre bon coup passé sous le radar: la nouvelle image de Canada Snowboard, conçue par l’agence Hulse & Durrell, de Vancouver. La création est moderne et simple, mais l’astuce réside dans l’utilisation de l’incontournable feuille d’érable: placée à l’envers, elle représente les sommets enneigés que dévalent nos planchistes nationaux. C’est littéralement cool.

Projet Montréal

La femme qui plantait des arbres
Grosse année pour Valérie Plante et Projet Montréal, dont la victoire municipale en a pris quelques-uns de court! Reverdi par le studio montréalais Écorce, le logo du parti reprend le symbole de l’arbre pour styliser le P de Projet, en ajoutant une touche géométrique plus… urbaine! Une image à la fois colorée et crédible qui n’a peut-être pas changé l’histoire, mais qui aura contribué à la rendre marquante.
 

ZOA

Carré. Rond. Triangle.
Zoa, de Modern Meadow, est une nouvelle matière, un cuir biologiquement fabriqué à base de levure et qui ne demande le sacrifice d’aucun animal. Sur ce concept audacieux, l’agence new-yorkaise Work-Order a conçu un logo qui exploite trois formes géométriques simples en les altérant juste assez pour qu’on y devine trois lettres. C’est particulièrement chic en version estampée dans la matière. Aucun carré, aucun rond et aucun triangle n’ont été maltraités.
 

#metoo

Parole libérée
Ce n’est même pas un logo, juste un petit mot-clic lancé au visage du harcèlement, mais #metoo – et son équivalent francophone #moiaussi – est le vrai héros de 2017. Aucune marque n’aurait pu rêver d’une propagation virale d’une telle ampleur, mais rien n’est à vendre ici. Ces cinq lettres sont un cri qui a crevé le silence et cimenté une solidarité contre des crimes jusqu’ici trop peu punis. Respect.
 

Göteborg

La turbulence des fluides
L’Opéra de Göteborg, en Suède, a adopté un logo liquide. Il s’agit essentiellement d’une superlettrine, un grand O classique, soumis à une série de plongées dans des eaux mouvantes, et dont les divers états sont exploités en animation et en images fixes. Le résultat, à la fois sensuel et irréel, dégage une poésie aquatique en parfaite harmonie avec la mission culturelle de l’institution.
 

Stefano

Le superhéros des foodies
Le bouillant Stefano Faita a confié à Lg2 le soin de mettre en images sa gamme de sauces tomate. Pour compléter une approche de gamme bicolore très actuelle, l’agence a ajouté une épice distinctive: le sourire du cuisinier italo-québécois, immortalisé dans un style BD chaleureux et décontracté. L'O de STEFANO, quant à lui, est une pastille où s’inscrit le nom de la familia Faita. Évidemment, le logo aurait beaucoup moins bien marché avec «Jean-Claude».
 

IBM iX

Carrément
Avec la collaboration de Moving Brands et de CATK, IBM a offert un logo à iX, son service de design et de conseil. C’est sous le thème de la simplicité extrême et du retour au pixel que cette image a été déployée, juste assez concrète pour qu’on reconnaisse les deux lettres si l'on sait quoi chercher, mais juste assez codée pour que tous les hipsters du monde la veuillent sur leur t-shirt. J’ajoute ce clin d’œil accidentel à l'actualité québécoise.
 

HuffPost

Droit au but
Parce que la beauté n’est pas toujours l’enjeu principal, voici un exemple de pure efficacité. The Huffington Post devient HUFFPOST, parce que c’est plus court. Sa fonte classique et raffinée devient moderne et massive, pour maximiser l’impact. Blanc sur noir, pour optimiser le contraste. Deux trapèzes verts forment un picto carré, pour envahir les médias sociaux. Une panoplie d’animations font vivre le logo en vidéo, pour s’adapter à notre ère de perpétuel mouvement. Le résultat? Imparable. C'est signé Work-Order.

 

LES PIRES

Québec Solidaire

On va où?
À l’heure où j’écris ces lignes, on ne sait pas à quoi va ressembler le nouveau logo de Québec solidaire. Ce qu’on sait, en revanche, c’est que la démocratie participative ne s'applique pas sans risque au design graphique, et que si l’on veut vraiment soumettre des pistes de logos à l’opinion publique, il est préférable de faire des propositions plausibles, belles et, idéalement, inspirantes. Mais n’est pas Mozilla qui veut. Le parti saura-t-il rectifier le tir? Nous le saurons bientôt.
 

PyeongChang 2018

En Corée encore
J’en ai déjà parlé, le design de logos olympiques est un sport dangereux. Honnêtement, celui de PyeongChang 2018 n’est pas le pire de l’histoire des JO, et aucun scandale n’a encore entaché son intégrité. Mais pour un événement mondial – hum, sauf pour la Russie – quel manque d’inspiration, de dynamisme, de… quelque chose! Il paraît que «le nouvel emblème s’inspire du Hangul, l’alphabet coréen, et du Cheon-ji-in, l’humanisme traditionnel de Corée», mais ça n’en fait ni un symbole international, ni une œuvre d’art. Au mieux, un jeu de construction pour les tout-petits.
 

vive 375

Logo d’occasion
Cette année, et surtout cet été, Montréal a vibré au rythme de son 375e anniversaire. Métropole créative, ouverte, métissée, ambitieuse, la ville aurait mérité mieux que ce «vive 375», demi-logo qui donne l’impression d’avoir été bricolé sur le pictogramme rouge bien connu des Montréalais. Bien entendu, le programme d’identité visuelle conçu par Lg2 va beaucoup plus loin que ce simple logo, mais plusieurs acteurs du monde culturel ont été déçus par cette signature qui manque de mordant. On se rattrape au 400e?
 

Trump

Make myself great again
Petite incursion dans le monde de l’héraldique, la science des blasons, quelque part dans les racines du design de logos. Trump National Golf Club, près de Washington, s'est attiré cette année le courroux des autorités héraldiques britanniques. Non seulement le terrain de golf, propriété du coloré président américain, a volé les armoiries d’une autre famille, mais une subtile modification en dit long sur le gouffre culturel qui sépare les deux parties. Le mot INTEGRITAS (intégrité en latin), qui ornait le blason original, a été remplacé par… TRUMP.
 

Calvin Klein

Changement capital
Calvin Klein, dont le logo patrimonial et indémodable visait l’éternité, a dévoilé cette année… un nouveau logo. Pour le simple plaisir de remplacer des minuscules par des majuscules. Je pense que j’ai fait le tour.
 

Ste-Christine

Concourir à sa perte
Voici un cas intéressant. Soutenus par la Société des designers graphiques du Québec, les graphistes tentent quotidiennement d’expliquer les dangers des concours de logos, et autres formes de travail spéculatif. Ces démarches aboutissent généralement à des résultats regrettables (je suis poli), comme c’est le cas ici pour la petite municipalité québécoise de Sainte-Christine-d’Auvergne. Voici un beau cocktail d’erreurs à ne pas commettre: lettres molles, lisibilité douteuse, avalanche d’éléments graphiques maladroits, palette illimitée, dégradés malaisants, tête de chevreuil coupée, sous-titre trop petit; erreurs auxquelles il faudra ajouter: difficultés de reproduction, impossibilité d’utilisation sur le web et les réseaux sociaux, absence de version en noir et blanc, alouette. Le culte de l’amateurisme laisse une population entière dans le chaos.
 

Boring Company

Juste boring
Elon Musk est désormais célèbre pour ses projets avant-gardistes: Tesla, les batteries à haute capacité, Hyperloop, SpaceX, et… The Boring Company. Le point commun de tous ces projets? Nous faire rêver à un avenir meilleur. Sentez-vous un élan d’optimisme à la vue de ce logo? Moi non plus. En dépit de son nom ironique, la «compagnie ennuyante» a pour mission de creuser des tunnels. Est-ce une raison pour pondre ce degré zéro du logo, cet empilage lourd de Futura Bold noire avec un O infiniment moins expressif que celui de l’Orchestre Métropolitain (voir plus haut)? Voilà un tunnel qui laisse entrevoir bien peu de lumière.


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Sur ce, joyeuses Fêtes et beaux logos!