La référence des professionnels
des communications et du design

L’errance identitaire de Québec Solidaire

Olivier Bruel Graphiste et directeur artistique, freelance

Afin de marquer une nouvelle phase d’évolution, le parti Québec Solidaire souhaite mettre à jour son identité visuelle. Fidèle à son esprit démocratique, la formation soumet publiquement trois projets de logos… en oubliant que ce qui marche en politique n’est pas toujours applicable en création.

Logos QS

 

«Non, non et non», c’est le commentaire qui semble résumer le vote ouvert ce dimanche sur le microsite logo.quebecsolidaire.net. L’exercice démocratique semble se retourner contre ses instigateurs: quand on donne la parole aux gens, mieux vaut s’être convenablement préparé. Mais Québec Solidaire semble avoir doublement trébuché dans sa démarche.

Stratégie douteuse

«QUÉBEC SOLIDAIRE SE REFAIT UNE BEAUTÉ », peut-on lire sur le site. «Aujourd’hui, nous faisons ce qu’aucun parti politique n’a osé faire: consulter les Québécoises et les Québécois sur la prochaine identité visuelle du parti.»

Québec Solidaire devrait savoir qu’on ne choisit pas un candidat pour son sourire sans connaître son programme.

Une identité graphique est un processus global et itératif qui part d’un besoin, passe par une analyse des objectifs (contexte, concurrence, moyens, etc.), et aboutit en une démarche articulée inscrite dans le long terme. La notion de «beau/pas beau» n’est qu’un aspect subjectif parmi de nombreux paramètres.

Si un résumé du cahier de charges avait été mis à la disposition des internautes pour leur donner accès à la réflexion qui se cache derrière les propositions graphiques, le vote aurait été plus éclairé. Québec Solidaire devrait pourtant savoir qu’on ne choisit pas un candidat pour son sourire sans connaître son programme.

Devant ce troublant amateurisme, la Société des designers graphiques du Québec (SDGQ) a émis un avis bref, mais sans appel.

SDGQ

Rappelons qu’à sa fondation, en 2005, Québec Solidaire avait organisé un concours graphique afin de créer son logo, une pratique déjà dénoncée par la SDGQ, au même titre que toutes les initiatives de travail spéculatif.

Design à rabais

Mettons de côté cet aspect théorique, admettons que la consultation reflète la philosophie de transparence et de respect du peuple, et concentrons-nous sur ce qui nous est proposé.

Loin de convaincre, les trois pistes conduisent les auteurs de commentaires dans des terres inconfortables, quelque part entre la perplexité, l’incrédulité et le sarcasme.

C’est probablement sur cet aspect, celui de la qualité et de la pertinence des logos, que le verdict est le plus douloureux. Loin de convaincre, les trois pistes conduisent les auteurs de commentaires dans des terres inconfortables, quelque part entre la perplexité, l’incrédulité et le sarcasme.

D’abord, les trois logos semblent issus d’une même portée, ce qui restreint beaucoup le champ créatif. Du côté des couleurs, un duel se joue entre l’orange patrimonial du parti (dans une version plus rouge) et un mauve présenté par Manon Massé comme un «bleu un peu mauve, très jeune». La typo très neutre ne semble digeste qu’en majuscules, ce qui favorise la première piste.

Bien entendu, le morceau de choix, le signe de ralliement, c’est le pictogramme. Quel message veut-on passer?

Pictos QS

 

1. Deux demi-cercles décalés, disjoints. Lu sur les réseaux sociaux: «comme deux partis qui n’arrivent pas à s’accorder? » [en référence à la fusion avec Option nationale]. Avec un petit effort, l’écho de l’ancien logo peut être perçu. Avec un effort plus soutenu, un Q ou un S apparaissent à ceux qui veulent les voir. Il est donc difficile d’interpréter instinctivement ce symbole abstrait, ce qui pourrait pousser à y voir une déconnexion de la réalité. Enfin, le centre du pictogramme est un grand vide, ce qui est pour le moins maladroit d’un point de vue sémantique.

2. Par où commencer? Deux triangles? Une pyramide qui voit son ombre? Un hommage au L du Parti libéral? Quelle que soit l’intention de départ, elle est indéchiffrable. Il ne reste donc que la combinaison de deux formes géométriques pas vraiment élégantes et dangereusement pointues. Aïe.

3. Clin d’œil à la science-fiction et aux Trekkies, boomerang qui vole vers le passé, cette piste ressemble à un gag. Passons sur les maux de tête occasionnés par le contraste de l’orange sur le mauve, et admettons que la lettre Q est bien lisible. À moins que ce ne soit un symbole klingon?

* * *

Voilà un bilan peu reluisant, où un logo plutôt discutable se détache des deux autres, totalement hors course. Dans un élan de naïveté, les instances du parti ont lancé une consultation qui pourrait bien tourner au jeu de démolition et dont l’issue est difficile à prédire. La solution est pourtant simple: le Québec fourmille de bons graphistes, votez pour eux!

---

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

comments powered by Disqus