La référence des professionnels
des communications et du design

Le douloureux logo du MET

Olivier Bruel Graphiste et directeur artistique, freelance

Le Metropolitan Museum of Art a-t-il perdu son âme ? C’est ce qu’on pourrait penser en parcourant les réactions très émotives des médias traditionnels et sociaux au nouveau logo de l’institution new-yorkaise.

La semaine dernière, le musée américain a partiellement dévoilé sa nouvelle identité visuelle et patronymique : THE MET. C’est un peu comme si Franklin Delano Roosevelt exigeait qu’on l’appelle publiquement FRANK. En fait, la plupart des New-Yorkais surnommaient déjà leur musée The Met, mais pas officiellement.

 

The Met

 

En activité depuis près de 150 ans sur l’île de Manhattan, le Met est aujourd’hui l’un des plus grands musées d’art du monde, aux côtés du Louvre, du British Museum, du Prado ou du Musée de l’Ermitage. Depuis 1971, son logo était un M inspiré des lettrines de la Renaissance et de la construction typographique classique. Au moment d’écrire ces lignes, c’est encore ce logo qui orne le site web et la plupart des publications du musée.

C’est l’agence Wolff Olins qui s’est vu confier le rafraîchissement et l’uniformisation de l’identité graphique. Notons au passage que cette agence aime frayer occasionnellement avec le risque, puisque c’est à elle qu’on doit le très controversé logo de London 2012.

Dès son annonce officielle, la nouvelle identité a soulevé des réactions instinctives et généralement négatives, comme c’est presque toujours le cas quand une grande marque change de visage. Toutefois, les arguments étaient d’autant plus viscéraux que ce musée n’est pas un simple commerce, mais l’objet d’une profonde appropriation culturelle.

VULTURE QUALIFIE LE NOUVEAU LOGO D’« ACCIDENT DE BUS TYPOGRAPHIQUE »

Alors que le magazine WIRED raconte la démarche créative en soulevant certains doutes, Vulture qualifie le nouveau logo d’« accident de bus typographique », le directeur de création Mark Kingsley recense dans Under Consideration les problèmes culturels et graphiques, et le New York Times relaie largement la controverse.

Éléments graphiques

Le dossier est complexe, alors concentrons-nous sur l’élément central : le logo.

Outre le nouveau nom, probablement plus simple à médiatiser, une question de hiérarchie se pose : pourquoi le THE est-il aussi gros que le MET, alors que cet article ne faisait même pas partie de l’ancien libellé ? Passons rapidement sur la couleur rouge, justifiable, mais mal défendue par Wolff Olins.

Problèmes typographiques

Le malaise vient plutôt de la torture typographique à laquelle les designers ont soumis ces six pauvres lettres capitales. Personne ne remet en cause le choix d’une fonte classique — et profondément new-yorkaise —, mais les amateurs de typographie ont de bonnes raisons de grincer des dents devant ces ligatures forcées qui vont à l’encontre des principes du dessin de lettres. L’asymétrie des barres des T et leurs pieds amputés, l’atroce transition du M au E, l’improbable double courbe entre le E et le dernier T : tout évoque un resserrement artificiel de lettres qui ne demandaient qu’à respirer. Coincées dans une presse verticale, elles rentrent les unes dans les autres et semblent menacer d’éclater. Il y a des limites à économiser l’espace, surtout pour un musée en pleine expansion, non ?

Bien entendu, l’accoutumance visuelle fera son travail, mais on s’attendrait à mieux d’un grand musée d’art classique.

comments powered by Disqus