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Le cas du logo de Paris 2024

Olivier Bruel Graphiste et directeur artistique, freelance

Les logos se suivent et se ressemblent. Alors que celui des Jeux olympiques de Tokyo 2020 a récemment défrayé la chronique pour soupçons de plagiat, voici que Paris 2024 semble vouloir suivre la même tangente.

La Ville lumière s’est portée candidate pour accueillir les Jeux d’été en 2024, faisant ainsi écho aux Jeux de 1924. Une époque bien différente, faut-il le préciser?

Cette nouvelle candidature semble avoir d’abord fait l’objet d’un concours de logos dont la plupart des propositions mettent en vedette la tour Eiffel, sans surprise.

concours

C’est le 9 février que le dévoilement en grandes pompes du logo officiel de Paris 2024 a lieu. Pour l’occasion, une animation à base de tweets est projetée sur l’Arc de Triomphe (car la tour Eiffet fait un trop mauvais écran), et les spectateurs découvrent un symbole dynamique et coloré qui mêle les chiffres 2 et 4 à la célèbre tour. Dans Le Monde, on en apprend un peu plus : « L’identité visuelle de Paris 2024 reflète magnifiquement les valeurs et l’ambition de la candidature »souligne Bernard Lapasset, coprésident du comité de candidature. « Elle se distingue par sa pertinence, sa modernité, son audace et son élégance ».  Jusque-là, tout va bien.

dévoilement

Deux jours plus tard, l’édition française du magazine GQ refroidit un peu l’ambiance en dénonçant, preuve à l’appui, la troublante similitude entre ce logo et celui de 4 Global, une agence londonienne de consultation dans le domaine... du sport. Interrogé à ce sujet, le directeur de création de l’agence parisienne Dragon Rouge avoue sa surprise en ces termes : « Quand je vois le logo effectivement je me dis hum hum hum c'est vraiment très très proche... Vous n'avez même pas besoin de me le notifier pour le coup. Mais je vous assure qu'il n'y a eu aucun partenariat, aucun rapprochement avec 4 Global, aucune volonté de notre part de les copier et de se rapprocher de ce logo-là. C'est aussi simple que ça ». Si la similarité n’est pas niée, la présomption de copie est immédiatement rejetée par l’agence.

Paris 2024 vs 4 Global

QUAND JE VOIS LE LOGO EFFECTIVEMENT JE ME DIS HUM HUM HUM C'EST VRAIMENT TRÈS TRÈS PROCHE...

Néanmoins, le phénomène devient vite viral et le doute s’aggrave quand des graphistes s’amusent à incliner le logo vers la droite...

comparaison

À ce jour, ni les dirigeants de 4 Global ni l’auteur du logo original n’ont répondu aux appels des médias. On ignore donc si la justice sera saisie, ce qui semble peu probable.

Coïncidence ou plagiat?

Les designers de Paris 2024 connaissaient-ils 4 Global? Ont-ils fait tout ce qui était en leur pouvoir pour vérifier que leur création n’existait pas déjà? Il est difficile de donner une réponse catégorique à ces questions, mais trois hypothèses sont possibles :

La copie. Pendant ou avant la démarche créative, l’équipe est tombée sur le logo de 4 Global et a remarqué qu’en le modifiant un peu, on faisait apparaître une tour Eiffel et le nombre 24. Ils l’ont alors redessiné en espérant que personne ne tomberait sur l’original. C’est peu éthique.

Le plagiat inconscient. L’un des designers a un jour vu le logo de 4 Global, puis l’a oublié – ce logo n’est pas particulièrement mémorable, avouons-le. Lors de la phase de création, ce souvenir est partiellement ressorti pour donner le résultat qu’on connaît. Dans ce cas, l’influence est acceptable et l’équipe est de bonne foi.

La coïncidence. Tout simplement.

Le grand paradoxe du design de logos, c'est que la tendance actuelle à hyper simplifier les formes percute de plein fouet la circulation numérique des images : à l'échelle mondiale, tous les logos aux formes simples ont déjà été faits! Il peut donc bien s'agir ici d'une authentique coïncidence, mais l’« effet web » peut instantanément prouver le contraire, même si cette preuve ne met en évidence que la similarité, pas le degré d’intégrité de la démarche de création.

En cas de poursuite judiciaire, il sera donc bien difficile de prouver quoi que ce soit, et je serais personnellement surpris que l’affaire prenne les proportions de Tokyo 2020.

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Si les cas de logos « jumeaux » vous intéressent, en voici une collection.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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