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La saga du logo de Tokyo 2020

Olivier Bruel Graphiste et directeur artistique, freelance

Le 24 juillet était dévoilé le logo des Jeux olympiques de Tokyo 2020. Le 1er septembre, il était abandonné. Entre les deux, comme on dit dans les médias sociaux, c’est compliqué. Chronologie d’un fiasco.

Logo 2011

La capitale japonaise déclare officiellement son intérêt pour l’organisation des Jeux de 2020. En même temps que sa candidature, la ville présente un logo, conçu par Ai Shimamine, étudiant en arts graphiques ainsi prénommé en hommage à Adobe Illustrator (c’est du moins ma conclusion). Le logo représente une couronne de fleurs de cerisier multicolores, et y figure l’incontournable soleil levant sans lequel le Japon ne serait que l’ombre de lui-même.

 

Logo 2013

Au terme d’un rigoureux processus de sélection, Tokyo remporte le privilège d’accueillir les Jeux. Pour fêter ça, le logo s’orne des anneaux olympiques et se débarrasse de la mention CANDIDATE CITY – qui avait remplacé APPLICANT CITY.

 

Logos 2015

Cinq ans jour pour jour avant la cérémonie d’ouverture, les logos officiels sont présentés au public. Créés par Kenjiro Sano, un designer lauréat de plusieurs prix, ces emblèmes ne laissent personne indifférent. Ce n’est pas leur minimalisme qui surprend, mais plutôt leur rejet des tendances actuelles, leur manque de dynamisme et leur absence de séduction (lire ici mon analyse sur cette tribune).

 

Olivier Debie

Le graphiste belge Olivier Debie et le Théâtre de Liège mettent en demeure le CIO de «cesser dans les huit jours ouvrables toute utilisation du logo contrefaisant». Ils considèrent qu’il s’agit d’un plagiat du logo de leur théâtre et envisagent une action en justice pour violation aux droits d’auteur. Sur son compte Twitter, Debie publie une animation pour illustrer la ressemblance entre les deux logos.

 

Kenjiro Sano

Le CIO rejette la demande. «Je pense qu’ils [les deux logos] ne se ressemblent pas du tout», d’affirmer Kenjiro Sano pour sa défense. On apprend le même jour qu’il a dû renoncer à des images publicitaires qu’il avait imaginées pour l’entreprise japonaise Suntory, à la suite d’accusations de plagiat. Embarrassant.

 

Toshiro Muto

Toshiro Muto, chef du comité olympique japonais, annonce que «cet emblème n’est plus en mesure de rallier le soutien des Japonais. [...] C’est une situation bien malheureuse et je m’en excuse». Le présumé suspect est immédiatement retiré de toutes les communications et présentations du comité national et du CIO... pour être remplacé par le logo fleuri de 2011, jusqu’à ce qu’une solution politiquement et graphiquement correcte soit dévoilée.

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Épilogue

Copier est un acte de facilité et un aveu d’échec créatif. Rappelons toutefois qu’un logo est une idée simple, élémentaire. À ce titre, il peut être créé par deux personnes distantes, par pure coïncidence.

Il faut souligner que le comité olympique nippon a soutenu son designer jusqu’au bout en rejetant la thèse de plagiat, et que la décision ultime visait officiellement à mettre fin à une controverse encombrante. Chacun pourra donc donner un verdict virtuel de culpabilité ou d’innocence à Kenjiro Sano, en faire un escroc, un martyr, un héros ou un créateur en panne d’inspiration.

Copier est un acte de facilité et un aveu d’échec créatif. Rappelons toutefois qu’un logo est une idée simple, élémentaire. À ce titre, il peut être créé par deux personnes distantes, par pure coïncidence. Il existe aussi un autre phénomène qui illustre la zone grise de la création: les graphistes sont par définition de gros consommateurs d’images, et une mémoire inconsciente, une sorte d’empreinte subliminale, peut les pousser à recréer involontairement une forme aperçue quelque part. Que la création se nourrisse de la création est d’ailleurs une idée de plus en plus admise dans notre ère d’ubiquité et de productivité effrénée.

Si les logos-jumeaux vous intéressent, quelques sites les recensent et vous permettent de trancher: copie ou coïncidence?

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