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Logo tout garni

Olivier Bruel Graphiste et directeur artistique, freelance

Pour souligner l’ouverture des Jeux panaméricains, le Service de police de Toronto (TPS) s’est doté d’un logo événementiel qui bat de nombreux records, dont celui du nombre de symboles au pouce carré.

C’est un fait connu, tout le monde peut se proclamer graphiste depuis que les logiciels de dessin sont disponibles sur tous les ordinateurs, tablettes et autres téléphones intelligents. Il arrive même que des pseudographistes réussissent à convaincre des clients un peu trop naïfs de leur confier un mandat graphique. S’ensuit immanquablement un design malheureux, dont le ratage finit par nuire à celui qui l’a payé. Quand le client dispose d’une grande visibilité, comme c’est le cas du TPS, cet amateurisme peut devenir gênant.

logo TPS

J’ai récemment parlé de la tendance actuelle à accorder aux logos une facture minimaliste qui donne parfois à penser que les graphistes manquent d’inspiration. Toutefois, la simplicité est mère de vertu, et le célèbre Less is more de l’architecte Mies van der Rohe s’applique parfaitement à l’identité visuelle: moins de symboles, c’est plus de clarté et de force pour le message.

Par délicatesse, nous ne chercherons pas à savoir qui a commis ce logo, mais l’individu ne connaissait clairement pas ses classiques. En revanche, si la langue de Shakespeare et de Rob Ford vous est familière, vous lirez avec délectation l’article que le chroniqueur David Hains lui a consacré dans le Torontoist. Du bonbon! Hains s’extasie avec lyrisme et passion sur les innombrables qualités de ce logo qualifié de parfait (hormis l’absence d’un loup).

En plus d’avoir confondu logo et kiosque d’information touristique, cette ambitieuse œuvre graphique ressemble au jeu des sept erreurs

En plus d’avoir confondu logo et kiosque d’information touristique, cette ambitieuse œuvre graphique ressemble au jeu des sept erreurs: double ruban chromé avec un slogan mal aligné, anneau d’un métal différent, libellé à la courbe mal ajustée, intégration maladroite d’un logo ISU, badge de police flou, effet graphique très 1998 sur la tour du CN, drapeau jauni, globe terrestre en clipart, trio pompeux mer/espace/soleil... beaucoup plus que sept, en fait. Comment dit-on, déjà? Ah oui : «La modération a bien meilleur goût». Par souci de cohérence, le graphiste délinquent s’est apparemment vu confier les visuels de la page Facebook du TPS, ainsi que le design du compte Twitter.
 

Twitter TPS

À vouloir en faire trop, la police torontoise s’est tirée dans le pied.

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