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Elles peuvent le faire!

Olivier Bruel Graphiste et directeur artistique, freelance

Dimanche avait lieu la Journée internationale de la femme. Au-delà des perpétuelles controverses sur la légitimité de cette célébration, pouvons-nous jeter un coup d’œil à l’une des affiches les plus célèbres de la cause féministe? Nous le pouvons!

65 ans avant le Yes We Can d’Obama, il y a eu le We Can Do It.

1943. Nous sommes en pleine Guerre mondiale, et l’Amérique se mobilise. La propagande patriotique bat son plein sur deux principales cibles: les contribuables et les travailleurs. Il existe en effet une propagande au sein des entreprises, surtout quand elles participent activement à l’effort de guerre. C’est le cas de Westinghouse Electric. Le jeune affichiste J. Howard Miller se voit confier la réalisation de 42 affiches pour fouetter la productivité des ouvriers de cette société. Dans le lot, une affiche sur fond jaune représente une jeune ouvrière qui se retrousse les manches en clamant We Can Do It!

We Can Do It

Cette affiche, vous l’avez probablement aperçue sous une forme ou une autre. Ce que peu de gens savent, c’est qu’elle n’a connu qu’un tirage de 1800 exemplaires, et que seuls quelques milliers d’employés de Westinghouse Electric l’ont vue avant qu’elle ne devienne un symbole. Pour la petite histoire, Miller s’est inspiré d’une photo d’une ouvrière de 17 ans nommée Geraldine Hoff, qui allait devenir Geraldine Doyle la même année.

Geraldine Doyle

C’est à l’occasion de sa redécouverte dans les années 80 que l’œuvre a été soumise au grand public pour une première fois, devenant instantanément un symbole de la lutte des femmes pour la reconnaissance professionnelle et sociale. Il faut dire que la lueur de défi dans l’œil de l’ouvrière transmue le geste, initialement présenté comme un simple retroussage de manche, en un glorieux bras d’honneur à la société! La résurgence de cette image en pleine période d’affranchissement des femmes tombait donc à point!

Ayant quitté son emploi à l'usine avant la création de l’affiche, Geraldine Doyle ne la découvre que 41 ans plus tard, en lisant un article du magazine Modern Maturity.

Ayant quitté son emploi à l'usine avant la création de l’affiche, Mme Doyle ne la découvre que 41 ans plus tard, en lisant un article du magazine Modern Maturity. Émue, elle se reconnaît et confie candidement qu’il valait mieux qu’elle n’ait pas vu l’affiche en 1943: «Je n’aurais probablement pas pu contenir mon excitation, à l’époque!».

À l’instar du célèbre Keep Calm and Carry On, cette affiche renferme un énorme potentiel de récupération, de détournements, de parodies, bref: un rare potentiel viral.

En plus de soutenir le combat des femmes, l’affiche a inspiré des activistes de toutes les allégeances:

Activisme

Évidemment, la pop culture n’est pas en reste:

Pop culture

Bonne journée, mesdames!

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