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Les 15 meilleurs et pires logos de 2015

Olivier Bruel Graphiste et directeur artistique, freelance

Quels ont été les bons et mauvais coups de la logosphère en 2015, alors qu’ici comme ailleurs, plusieurs logos ont fait l’actualité? Voici un palmarès aussi distrayant que subjectif.

LES HUIT MEILLEURS

 

Google

1. Google
Ce n’est peut-être pas «le plus beau», mais c’est le plus gros. En septembre, le géant américain rafraîchissait l'ensemble de son image avec trois mots en tête: simplicité, géométrie et modularité. Souvent remplacé par le gros G majuscule, le logo lui-même n’est qu’un élément d’une identité visuelle multiforme dont le résultat se veut accessible et ludique. Il est intéressant de constater qu’après seulement un trimestre, l’implantation est déjà solide dans les téléphones et dans les esprits!

 

SNBC

2. Destination British Columbia
Le bureau du tourisme de la Colombie-Britannique s’offre un beau retour aux sources. En plus de se débarrasser de son ancien logo – décrit par Brand New comme le clip art du pauvre –, il s’adresse à notre soif de dépaysement avec des paysages à couper le souffle et un logo littéralement taillé dans le bois. Une police de caractères en bois nommée Great Forest a été façonnée pour recréer un esprit rétro-artisanal qui charmera les randonneurs. Dommage que tout cela n’apparaisse pas (encore) sur le site web de Destination British Columbia.

 

TJP

3. Tim Jones Photographer
Certains coups de génie se passent de commentaires: Tim Jones est un photographe portraitiste, et voici son logo. Il est cosigné par deux designers australiens, Jason Little et Olivia King.

 

Charleroi

4. Charleroi
Charleroi est une ancienne ville minière belge située à une soixantaine de kilomètres de Bruxelles. Après plusieurs décennies économiquement éprouvantes, elle cherche encore son essor. L’arrivée d’une population plus jeune et tournée vers l’avenir a incité la municipalité à confier la refonte de son image au studio bruxellois Pam et Jenny. Le résultat est simple et éclaté. Le logo est un grand C coiffé d’un symbole qui représente à la fois la couronne de Charles II d’Espagne et les terrils (résidus miniers) qui font office de montagnes dans ce plat pays. Les déclinaisons graphiques vont de la sagesse au pur délire, en passant par toute la gamme de l’humour belge.

 

Curling Canada

5. Curling Canada
Retour au pays des étendues glacées et des pierres glissées. Héritière d’un nom trop long, d’un logo maladroit et d’une discipline réputée ennuyante, l’Association canadienne de curling partait de loin. «Il fallait en balayer un coup», comme on dit dans les estrades. Sans être absolument génial, le nouveau logo fait ce qu’un logo doit faire: le message est clair, fort et crédible, l’exécution est propre, l’honneur est sauf. De quoi galvaniser les foules et créer des émeutes. Ou pas.

 

Momento Film

6. Momento Film
Momento Film est une maison suédoise de production de films de fiction et de documentaires, qui se donne comme objectif de travailler selon des perspectives originales. C’est cette vision qu’a exploitée le studio Bedow en donnant naissance à un logo néo-expressionniste. Dénuée de couleurs et pas particulièrement lisible, cette construction a néanmoins le mérite de se démarquer en laissant sa trace.

 

30 Park Place

7. 30 Park Place
Le studio Mother qui s’est vu confier l’identité visuelle de 30 Park Place, une nouvelle résidence ultra-chic du quartier Tribeca, à New York. Parce que le vrai raffinement se trouve dans le minimalisme et l’équilibre, les designers ont ciselé une ligne souple et structurée qui accouple le 3 et le zéro dans une danse immobile. La police d'accompagnement est une Nobel très interlettrée qui renforce l’aspect intemporel du gratte-ciel. La papeterie se décline en blanc, noir et or (doré à la feuille). La classe.

 

Le Grand Costumier

8. Le Grand Costumier
Intégré de justesse, ce logo a été dévoilé pendant la rédaction de ce palmarès! Pour résumer l’affaire, le costumier de Radio-Canada a été virtuellement tué par les compressions budgétaires, le public s’est mobilisé pour empêcher la destruction de ce patrimoine culturel, et – coup de théâtre! – une nouvelle entreprise d’économie sociale vient d’apparaître pour reprendre les 90 000 costumes et accessoires, puis les louer. Au moment d’écrire ces lignes, je découvre un logo dont l’encre est encore fraîche, la parfaite symétrie de sa construction, son exploitation astucieuse du A et du U, et l’adéquation entre le message et la forme. Chapeau!

LES SEPT PIRES

 

Tokyo 2020

1. Tokyo 2020
Médaille d’or incontestée des logos qui ont fait parler d’eux pour des mauvaises raisons, l’ex-logo des Jeux olympiques de Tokyo 2020 a déjà fait l’objet de deux chroniques. Résumé en quelques mots: bizarre, ingrat, suspect, copié, poursuivi, défendu, retiré, humilié, oublié. Et bientôt remplacé.

 

Merck

2. Merck
J’ai toujours eu un grand respect pour l’audace. Mais parfois, l’audace mène à n’importe quoi. Le logo de la société pharmaceutique allemande Merck a pris tout le monde par surprise. Une sorte de blob verdâtre issu des expériences psychédéliques des années 70, ce n’est pas exactement ce qu’on attendait d’une multinationale au revenu annuel dans les 11 chiffres. À moins, bien sûr, qu’ils aient pris trop de pilules.

 

ISIS

3. Isis
Ici, ce n’est pas une question de graphisme. Jusqu’à récemment, l’organisme Immigrant Settlement & Integration Services offrait de l’aide aux immigrants de la région d’Halifax. Son logo était localement bien connu. Les ennuis ont commencé à la parution de sa campagne Starting your life in Canada? Contact Isis, qu’on aurait tendance à traduire par «Vous commencez votre vie au Canada? Contactez l’État islamique.» L’organisme s’appelle maintenant Isans (Immigrant Services Association of Nova Scotia), mais son affiche continue d’enflammer les réseaux sociaux.

 

CAQ

4. Coalition Avenir Québec
Le mois dernier, la Coalition Avenir Québec a abandonné son logo multicolore-compliqué pour dévoiler un logo monochrome-simple, afin de refléter son unité et son nouveau virage nationaliste. Le nouvel emblème répond plutôt bien aux exigences d’impact, de simplicité et de clarté qu’on attend de lui. Pour l’originalité, c’est autre chose, puisque certains ont pointé la ressemblance avec plusieurs logos, dont celui de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec. Pendant ce temps, Infoman s’en donnait à cœur joie avec plusieurs parodies typographiques centrées sur le «trou du Q». Alors, on se donne logo?

 

Hillary

5. Hillary Clinton
Parlant de politique, arrêtons-nous sur le cas du logo de campagne d’Hillary Clinton, dévoilé en avril. Signé par Michael Bierut de Pentagram – une sommité en matière de design graphique –, c’est un gros H bleu barré d’une grosse flèche rouge. C’est brutal, anguleux, opaque. Comme de la signalétique, mais pas vraiment claire: veut-on vraiment aller à droite? Ou serait-ce l’accouplement des drapeaux islandais et cubain? Selon certains analystes, Hillary doit faire oublier qu’elle est une femme si elle veut être élue, ce qui expliquerait ce manque de douceur et de nuances. Pour rendre la chose plus vivante, l’équipe de communication a tenté de décliner le logo à la façon des Doodles de Google. Malheureusement, celui qui se voulait un hommage à Rosa Parks (militante pour les droits des Noirs) a été interprété comme une vile récupération. Coup de H dans la campagne.

 

CareerBuilder

6. CareerBuilder
CareerBuilder est une importante plateforme américaine de recherche d’emploi qui compte 20 ans d’existence et 2500 employés. Pour une raison aussi inexplicable que regrettable, ils ont conçu leur nouveau logo à l’interne plutôt qu’en agence. La suite consiste en une série de mauvaises décisions: le briefing alignait beaucoup trop d’idées pour un logo, personne n’a su recentrer le processus créatif, et la chaîne de validation était déficiente. Finalement, ce qui peut passer pour un résultat acceptable aux yeux d’un néophyte s'avère un véritable fiasco graphique. Un pictogramme compliqué et incompréhensible, deux mots utilisant deux fontes différentes, un style typiquement 1995, aucune adéquation avec le domaine d’activité... tout va mal. Graphiste, c’est aussi un métier.

 

StarWars

7. Star Wars
Attention: sujet sensible! La franchise disneyenne fait l’objet d’un tel culte que la critiquer peut vous valoir un coup de sabre laser. Mais il suffit d’ouvrir les yeux pour se rendre compte que les qualités graphiques de ce légendaire logo tiennent de la mythologie, et qu’il survit de plus en plus difficilement à l'épreuve du temps. Typique du modernisme de 1977 avec ses ligatures à manches larges, il ne doit sa pérennité qu’à la nostalgie des cinéphiles, la même qui maintient la saga en vie. Alors que d'autres logos crèvent l’écran, celui-ci traîne les pieds du côté obscur du design.

* * *

Note : Le nouveau logo de Facebook a également fait parler de lui en 2015, mais il est tellement peu graphique qu’il serait vain de l’évaluer.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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