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Les logos des partis en campagne: première partie

Olivier Bruel Graphiste et directeur artistique, freelance

Plus que jamais, la politique est une histoire de perception, d’image, de branding. Et puisque les électeurs canadiens devront faire un choix le 19 octobre, pourquoi ne pas prendre le temps d’analyser la base de l’identité des principaux partis fédéraux, c’est-à-dire leurs logos?

Les logos ci-dessous ont été pris tels qu’ils se trouvaient sur la plateforme de leur parti au moment d’écrire ce texte.

Parti conservateur

PCC

Un pictogramme et un mot. Dans le rôle du picto, un C majuscule qui, tel le ruban de Möbius, défie les lois de la perspective. Ce gros C enserre une frêle feuille d’érable qui semble se demander si sa sécurité nécessite vraiment une si haute clôture. On se souviendra aussi qu’en 2009, ce pictogramme avait provoqué un malaise en déteignant sur les chandails de l’équipe olympique canadienne. À sa droite, pas de Parti conservateur du Canada ni de PCC, juste un qualificatif: Conservateur (ou Conservative, en version originale). On a visiblement éliminé le superflu. La police de caractères ressemble beaucoup à la Myriad, qui sommeille dans tous nos ordinateurs, avec un interlettrage négatif toutefois, c’est-à-dire qu’on a réduit au minimum l’espace entre les lettres pour obtenir de la place... quitte à nuire à la lisibilité de ce mot trop long. Pas de surprise du côté des couleurs: le traditionnel bleu foncé laisse tout juste luire le rouge canadien. Un logo somme toute efficace, à défaut d’être subtil ou original.

Nouveau Parti démocratique

NPD

Le NPD propose une autre approche du dépouillement: trois lettres (ou six, en version bilingue) et une feuille. Les lettres NPD ont beau représenter d'autres formations politiques à l’étranger, rien dans ce logo ne vous dira au premier coup d’œil de quoi il s’agit. Ni dans les majuscules extrêmement massives, ni dans le subtil déhanchement de la feuille – les feuilles ont-elles des hanches? – vous n’apprendrez rien sur les néo-démocrates. Car la couleur fait l'identité de la formation: celle de la vague orange de mai 2011. Loin d’être vague, ce logo est simple et punché.

Parti libéral

PLC

Pas de sigle, mais un simple qualificatif... ça vous rappelle quelque chose? J’ignore qui des rouges ou des bleus a eu l’idée en premier, mais la stratégie est identique: vous n’aurez qu’un mot à lire, à retenir. Sauf que les libéraux s’affichent de manière un peu plus classique avec une fonte à empattements qui évoque davantage l’édition que la lutte politique. Le coup de génie réside dans la queue de la feuille d’érable, qui trace un accent aigu sans en avoir l’air. Comme son chef, ce logo parle bilingue. C’est rouge, c’est propre, rien à ajouter.

Bloc Québécois

BQ

Réglons tout de suite une chose: ce logo n’a pas de version anglaise! En revanche, il fonctionne sur la complémentarité entre le pictogramme et les deux mots, et ce picto révèle un double sens. C’est à la fois un B penché à gauche, et une fleur de lys penchée à droite; rien pour impressionner la logosphère. Toutefois, ce second degré de lecture ne se retrouve pas chez les concurrents. Le picto est dessiné avec une certaine souplesse, comme s’il flottait sur un drapeau, en contraste avec la typographie anguleuse des majuscules du mot BLOC. On peut d’ailleurs se demander pourquoi ce BLOC est en capitales, comme s’il était un acronyme, ce qui n’est pas le cas. Pour mieux se faire entendre? L'emploi d'un Q majuscule est par ailleurs erroné. Comme chez les conservateurs, c’est de bleu marine qu’on s’habille, mais ici, nulle feuille d’érable n’est conviée à la fête. Un logo à la fois dynamique et solide.

Parti vert

PVC

Comme pour redonner un sens au mot «campagne», ce logo carbure à la chlorophylle. La feuille d’érable laisse sa place à une fleur à 14 pétales qui ressemble à un tournesol fractal... mais il s’agit là d’une interprétation personnelle, car je ne trouve nulle part l’explication de ce symbole. Cela dit, l’orientation environnementale du parti est claire, et qu’il s’agisse d’un nénuphar, d’un soleil ou d’un pissenlit, le message est axé sur la nature. La typographie est plus géométrique que bucolique, puisqu’il s’agit d’une version modifiée de l’Avant-Garde (sans gluten), qui prend place de chaque côté du picto dans la version bilingue, et à sa droite dans la version unilingue. À l’issue d’une longue réflexion, le bureau de design a choisi pour ce logo la couleur verte. La ressemblance avec le logo de BP (créé ultérieurement) est bien sûr accidentelle.

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Après tout cela, si vous ne savez toujours pas pour qui voter, allez lire les plateformes des partis!

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