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On a tiré sur Charlie

Olivier Bruel Graphiste et directeur artistique, freelance

Cabu, Wolinski, Charb, Tignous. Quatre dessinateurs de presse, quatre pamphlétaires au sens original du terme, quatre regards critiques sur la société. Quatre voix dérangeantes qui se sont tues sous les balles d’une poignée d’extrémistes. Quatre artistes engagés, morts pour leurs convictions.

Hommage du dessinateur français Acé

Hommage du dessinateur français Acé

J’écris ce court hommage le jour même où ce drame a eu lieu, sans réel recul. Qu’importe, il ne s’agit pas d’une thèse, mais d’une réaction émotive à un événement tragique dont la gravité dépasse de loin le nombre de victimes.

Je suis né à Paris dans les années 1960, et j’ai suivi des études d’art en m’abreuvant des plumes caustiques de Cabu et de Wolinski, comme de celles de leurs frères déjà disparus, les Reiser ou les Cavanna. D’aussi loin que je me souvienne, cette veine satirique post-soixante-huitarde a toujours été en France l’étalon de la liberté de presse. Un étalon indomptable qui ruait dans l’encre.

Ils pourfendaient la bêtise sous toutes ses formes, qu’elle soit politique, sociale, idéologique ou religieuse.

On entendra beaucoup dire dans les prochains jours que ces hommes pourfendaient l’intégrisme islamique. Ce n’est que partiellement vrai: ils pourfendaient la bêtise sous toutes ses formes, qu’elle soit politique, sociale, idéologique ou religieuse. L’aveuglement, l’hypocrisie, l’avidité, la paresse, l’oubli: voilà quelles étaient leurs cibles. Ils étaient en quelque sorte les garants de notre liberté collective, celle d’émettre publiquement une opinion, et la responsabilité qui l’accompagne d’accepter celle des autres.

La tête dans l’art et les doigts dans l’actualité, ils avaient trouvé leur style, un talent personnel pour résumer un débat de société en quelques traits assez noirs. Un personnage, une situation, un accessoire, une phrase: touché! Ces dessins-là ne mourront jamais.

Mais ce qui me trouble encore davantage, c’est que ces héros, ces guerriers du crayon, étaient des humains doux et sensibles, qui exerçaient leur art pour que nous vivions dans un monde débarrassé d’injustice et de violence. Ne l’oublions jamais: leur but était de nous faire rire. Leur pacifisme était une forme aiguë de courage, ce qui avait fait dire à Charb en 2011: «Ça fait sûrement un peu pompeux, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux.»

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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