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Les plus et les moins du logo HeForShe

Olivier Bruel Graphiste et directeur artistique, freelance

Avec un certain sens du spectacle et le soutien des Nations unies, l’organisme HeForShe veut mettre de l’avant une vision renouvelée du féminisme. Dans sa panoplie, un logo qui conjugue les symboles mâle et femelle..., et suscite quelques doutes.

À moins de sortir d’un profond coma, vous avez forcément vu ou entendu parler du discours qu’Emma Watson - l’ex-Hermione de la saga Harry Potter - a livré le 20 septembre dernier à la tribune des Nations unies. Axé sur l’urgence d’engager les hommes dans la cause féministe, il n’avait rien du coup de tête spontané d’une jeune actrice, mais officialisait le lancement à grand déploiement de HeForShe (quelque chose comme «Lui pour elle»).

Dans l’élan, l'on a dévoilé la stratégie et l’image de l’organisme, dont le logo ornait la tribune lors de la conférence. L’image de marque, signée par l’agence new-yorkaise Dia, comprend une charte graphique donnant au logo rose et noir ses multiples déclinaisons, des cartes professionnelles aux épinglettes, en passant par ces très chics foulards façon hôtesse de l’air.

HeForShe

En théorie, ce pictogramme rose et noir démultiplie la puissance des deux genres et affirme l’urgence d’agir. L’enjeu est important – j’invite d’ailleurs tous mes confrères à endosser cette cause –, et l’opération de séduction est en marche. Mais attardons-nous à la livrée graphique de cet ambitieux logo, et voyons ce qui marche et ce qui trébuche.

Les plus

  • L’impact. Ce qui frappe dans ce logo, c’est précisément qu’il est frappant. Distinct dans sa simplicité, il est facilement reconnaissable, même de loin ou en plein brouillard, et permet une multitude de déclinaisons à toutes les tailles et sur tous les supports.
     
  • La symbolique. Illustrer les rapports d’interdépendance entre les deux sexes en mélangeant les symboles graphiques féminin et masculin, ce n’est pas révolutionnaire, mais c’est éloquent. Et si la combinaison des deux donne un gros signe «plus», c’est du bonbon!
     
  • La légende. En quelques jours, par la magie des réseaux sociaux, ce logo est devenu le symbole universel de la relève féministe. Le site américain Brand New compare son potentiel au ruban rouge de la lutte contre le sida, ou même au symbole de la paix.
     
  • Emma Watson. On ne peut pas être contre Emma Watson.

Les moins

  • L’ambiguïté. À vouloir mêler les symboles, le logo mêle aussi les esprits au point où le sens s'étiole. Pourquoi ce L noir? Il est plutôt difficile de reconnaître spontanément le plus du féminin et la flèche du masculin...
     
  • La dureté. La guerre contre les préjugés, c’est pas une raison pour se faire mal! Mettons que ce graphisme anguleux et hyper contrasté où une flèche se heurte à un angle manque un peu de douceur. Y a-t-il un maître feng shui dans la salle?
     
  • Les stéréotypes. Tant qu’à lutter contre les clichés de genre, était-il vraiment nécessaire de coder les filles en rose et les gars en noir?
     
  • La typo. Sortons du pictogramme et considérons quelques instants la typographie de HeForShe, les E et le S aux courbes malaisées, et ce R qui ressemble à un marteau planté dans une enclume. On a certainement vu pire, mais on a connu plus inspiré.

En conclusion

Il est facile de prédire un brillant avenir à ce mouvement, et ce ne sont certainement pas les quelques imperfections de son logo qui lui nuiront. À première vue, cette approche visuelle minimaliste peut sembler un peu obscure, mais le but d’un logo est parfois de faire naître des questions pour mieux s’imprimer dans l’inconscient collectif. If Not Us, Who?

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