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Mon SXSW résumé en 8 apprentissages clés

Marilou Aubin Directrice de création, lg2

Je reviens de ma première édition de SXSW à la fois ressourcée et épuisée. En fait, être à SXSW, c’est être à trois places en même temps, tout le temps. 

D’abord, on est absorbé par tout qu’on voit et entend, concentré à créer du sens pour nous et notre industrie. On est aussi en constante diffusion de notre expérience, publiant les photos des meilleures activations et repartageant les principes, les citations et les tendances les plus marquants. Finalement, on est aussi partout où l'on n’est pas, à regarder ce qui se dit dans la conférence d’à côté, en mettant à jour sa liste de favoris, en visionnant des extraits de ce qu’on a manqué. Et comme on n’a pas encore d’IA implantée dans notre cerveau pour nous aider à gérer et à interpréter en temps réel cette surdose d’information, il se passe quelque chose que j’ai trouvé absolument fabuleux: le partage d’intelligence. C’est qu’une des meilleures sources d’information était en fait les échanges, des échanges avec des inconnus dans les files d’attente, avec des collègues des autres agences québécoises dans les 5 à 7, avec les représentants des maisons et des stands du trade show. Des échanges où chacun partageait avec générosité et sans retenue toute l’information qu’il avait «processée» avec son intelligence non artificielle, permettant de regarder les tendances sous d’autres angles et de finalement prendre un pouls beaucoup plus global.

Et c’est avec cette même générosité qui a rendu mon SXSW si extraordinaire (merci à vous tous qui y étiez avec moi) que j’ai décidé de résumer mon expérience en huit actions qu’on peut réaliser maintenant. Car s’il y a une chose qui m’a marquée, c’est notre responsabilité en tant qu’innovateurs, concepteurs, designers d’agir maintenant pour créer le monde dans lequel on veut vivre.

1. Prendre du recul pour définir ou redéfinir son but comme entreprise

«Know the change you want to do in the world.» – David Aycan, Ideo

On a déjà beaucoup parlé de l’importance de l’éthique et de la responsabilité sociale à SXSW cette année, et tous s’entendent pour dire qu’on est arrivé à une ère de transparence et que l’histoire derrière les produits est plus importante que les produits eux-mêmes. Dans cet esprit, j’ai trouvé vraiment intéressant comment Ideo nous aide à définir ce qu’est un «purpose»: il doit être clair et permettre de juger si une décision est bonne ou non, il doit guider l’entreprise sur plusieurs années et il doit être inspirant.

2. Laisser plus de place à l’inutile et l’agréable

«Let’s have fun, let’s have fun.» – Ira Glass, This American life

Ce qui m’a le plus frappée de Google Fun House, c’est l’inutilité de 75% des objets connectés présentés. Pourquoi faire danser des flamants roses sur son terrain? Pour le plaisir. Et alors que plusieurs parlaient de l’importance du jeu et du plaisir dans les expériences, j’y ajouterais la notion d’inutilité. Alex Chung de Giphy nous a d’ailleurs présenté la caméra qu’ils «pourraient» lancer, en parlant essentiellement du bruit qu’elle fait, un bruit absolument non fonctionnel, mais pour lequel ils ont investi beaucoup, beaucoup d’heures de recherche.

3. Mettre en commun les observations d’employés avec des backgrounds complètement différents

«Macro-trends are difficult to encapsulate in a buzzword» – Amy Webb, The Future Today Institute

Tous ceux qui ont parlé de tendance ont aussi parlé de l’importance de créer des liens entre différentes microtendances pour une compréhension beaucoup plus vaste de l’état des choses. En regardant les technologies, les modes, les événements politiques individuellement, on risquerait, par exemple, de lancer une cryptomonnaie sans un réel plan, comme vient de le faire Kodak. Et si nos employés ont tous les mêmes intérêts et toutes les mêmes références culturelles, une option pourrait être de développer une plateforme de crowsourcing.

4. Utiliser l’intelligence artificielle pour trouver des insights

«AI can create associations between memories that does not seem connected.» – Jenna Niven, RG/A

Pour les optimistes comme moi, l’intelligence artificielle ne serait pas là pour remplacer l’humain, mais bien pour augmenter ses capacités. En communication, il y a une fonction de l’IA que je trouve particulièrement intéressante: celle de pouvoir créer des associations entre des données à première vue déconnectées. On pourrait, par exemple, entrer différents traits caractéristiques d’une cible pour en faire sortir des insights plus difficiles à cerner. Jenna Niven de RG/A a mentionné l’outil Apache Spark. À essayer.

5. Développer des expériences qui réagissent à la voix, aux gestes et aux émotions

«It’s the beginning of the end of smart phone.» – Amy Webb, The Future Today Institute

On parle depuis un certain temps que l'avenir est sans interface, et à voir toutes les avancées réelles et les produits manufacturées de termes d’assistants conversationnels, de reconnaissance faciale, d’empreinte vocale, de réalité augmentée, on devrait assurément mettre dès maintenant ces outils au cœur de notre développement. Et sûrement aussi s’acheter un robot (idéalement inutile).

6. Créer du bon contenu capable de s’insérer dans les craques

«Content space is like the housing crisis: it gets smaller and we have to share space.» – Alex Chung, Giphy

On a souvent des débats sur la longueur idéale d’un contenu vidéo, et alors que certains privilégient l’impact des formats très courts, d’autres valorisent davantage le storytelling des formats longs. Je suis de l’école qui pense que les deux peuvent fonctionner, tout dépend de l’espace dans lequel on veut l’insérer. Donc, en plus de créer de l’excellent contenu, c’est vraiment important de prendre conscience du temps dont les personnes disposent quand elles sont exposées à notre contenu, un temps qui varie selon le contexte.

7. Comprendre le blockchain

«The infrastructure is not there yet, but tons of applications are being built.» – Nick Chirls, Notation Capital

Malgré plusieurs conversations, cette banque de données financière décentralisée reste plutôt abstraite dans mon cerveau, un peu comme quand on essaie de comprendre que l’univers est infini. Mais ce que j’ai compris c’est que la technologie n’est pas encore assez performante en ce moment pour qu’il y ait une montée en flèche, mais que beaucoup de gros joueurs s’y intéressent et que cela a le potentiel de changer considérablement comment nos sociétés se structurent.

8. Engager une fille qui écrit des algorithmes de deep learning

«We put our bias in there when we write algorithms.» – Chelsea Manning

Parce que, d’une part, le rôle de la femme dans la société est en pleine redéfinition, et, d’autre part, que le domaine des technologies souffre d’un manque criant de diversité et surtout de femmes, il faut valoriser les femmes qui s’y lancent. Et c’est toute la société qui en bénéficiera.

 

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.