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La publicité face à la crise de l’information

Marie-Danielle Tremblay Analyste stratégique, Indépendante

Les médias vivent une crise sans précédent qui, selon certains experts, pourrait même menacer notre système démocratique.
 
 

On ne peut toutefois pas dissocier cette crise de la baisse des revenus publicitaires. En effet, la migration de l’auditoire vers le web a complètement bouleversé le modèle d’affaires de cette industrie, qui peine à renouveler son mode de financement. Au centre du problème se trouve la difficulté à générer des profits avec la publicité en ligne. La découverte éventuelle de nouvelles façons d’aborder le marketing sur internet pourrait-elle aider à relancer l’industrie de l’information?

La publicité en ligne est une pratique relativement récente et peut-être pas encore tout à fait au point. Une de ses faiblesses réside dans ses formats, qui ne sont pas toujours adaptés aux particularités du web. En général, lorsqu’un nouveau média apparaît, ses contenus ont d’abord tendance à répliquer les formats des médias précédents et il faut attendre un certain temps avant que les différents acteurs découvrent les particularités de la nouvelle plateforme et commencent à l’utiliser d’une façon plus fidèle à sa nature. Pour illustrer cette réalité, l'on peut citer comme exemple les premières émissions de télévision, souvent des émissions de radio «télévisées» ou des pièces de théâtre portées à l’écran.

lorsqu’un nouveau média apparaît, ses contenus ont d’abord tendance à répliquer les formats des médias précédents et il faut attendre un certain temps avant que les différents acteurs découvrent les particularités de la nouvelle plateforme et commencent à l’utiliser d’une façon plus fidèle à sa nature. 

Ce phénomène n’a pas épargné le web. En effet, une bonne partie du contenu numérique, incluant la pub, s’apparente encore aujourd’hui au format télévisuel ou à l’affichage. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que la toile est envahie par les publicités traditionnelles. Ces dernières sont un préambule obligatoire à chaque vidéo YouTube, elles se glissent entre les paragraphes des publications en ligne et apparaissent à tout moment quand on navigue sur le net. Or, ces tactiques d’interruption ne sont pas adaptées aux médias numériques. En plus d’être inefficaces, elles affectent l’expérience utilisateur, ce qui s’avère souvent contre-productif.

Conscients de ces limites, les annonceurs ne consacrent qu’une fraction de leur budget à la publicité sur le web, ce qui touche directement les médias, particulièrement la presse écrite, qui mise de plus en plus sur ses plateformes en ligne. Bien entendu, la diminution des revenus publicitaires a notamment un impact sur la qualité des contenus informationnels.

Pour faire face au manque de financement, plusieurs journaux ont choisi de séparer leurs contenus sur différents supports. Le plus souvent, ils rendent les nouvelles accessibles gratuitement sur le web et l'appareil mobile, mais conservent les reportages, enquêtes, chroniques et analyses pour les plateformes qui peuvent générer des revenus, comme la tablette ou le papier. Ainsi, la nouvelle prend la forme d’un bien public, alors que les articles à fonction plus éducative deviennent relativement plus exclusifs. En somme, on voit se dessiner une approche qu’on pourrait dire «à deux vitesses», qui divise la population entre les gens «informés» et ceux «bien informés». Quelles seront les répercussions de cette réorganisation de l’information sur la société? La capacité des médias à remplir leur mission pourrait-elle en être affectée?

Vu sous cet angle, le succès de la publicité en ligne devient un enjeu qui dépasse les simples considérations commerciales. L’expérimentation de nouvelles façons d’aborder le marketing sur internet prend alors une importance renouvelée. Au bout du compte, se pourrait-il que la prochaine révolution publicitaire soit menée par les médias?

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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