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Entrevue corsée: on y va ou pas?

Manon Genest Associée fondatrice et directrice générale du bureau de Montréal, Tact Intelligence-conseil

Pour citer une émission bien connue, c’est la «question qui tue». A-t-on plus à gagner à y aller ou à passer notre tour? Si le jugement et l’expérience sont cruciaux pour évaluer ce type de demande, la solidité du porte-parole et, surtout, la véracité et la sincérité de l’histoire qu’on peut raconter sont clés. 

Certains cas font école et sont particulièrement intéressants à analyser. L’entrevue accordée par Nestlé à l’émission française Cash Investigation en septembre dernier entre dans cette catégorie.

Connaissez-vous la journaliste Élise Lucet, qui dirige cette émission? Elle fait actuellement la pluie et le beau temps du «journalisme d’enquête» en France. Les PDG des grandes entreprises qui ont refusé de lui accorder une entrevue l’ont appris à leurs dépens: caméras cachées, poursuites en pleine rue, arrivées en surprise dans des rencontres d’actionnaires… Bref, un cas classique de damn if you do, damn if you don’t.

On comprend que ce monsieur a bien été préparé, mais il est crédible parce qu’il connaît son sujet: ses interventions sont précises et il ne s’égare pas dans les détails.

En septembre dernier, Cash Investigation présentait une émission intitulée «Industrie agroalimentaire: business contre santé». Le ton était donné… Nestlé, l'une des sociétés ciblées dans le cadre de cette émission, n'a pas fui le débat et a invité la journaliste à rencontrer le patron de Herta (entreprise de Nestlé qui fabrique le jambon mis en cause).

Nestlé a été bon joueur sans pour autant laisser tomber ses limitations. Le refus ferme, explications très claires et crédibles à l’appui, de faire visiter son usine semble sensé et ne donne nullement l’impression qu’ils avaient quelque chose à cacher. L’entrevue nous montre un dirigeant solide, ouvert et qui répond avec aplomb aux questions sensibles posées par la journaliste. On comprend que ce monsieur a bien évidemment été préparé, mais il est crédible parce qu’il connaît son sujet: ses interventions sont précises et il ne s’égare pas dans les détails. Jusqu’ici, l'on parle d’une stratégie classique qui mise sur son meilleur atout: un porte-parole authentique, convaincu et qui connaît son affaire.

Là où l'entreprise est allée un peu plus loin est le fait que dès la fin de l’émission, le grand patron de Nestlé France a publié un billet sur son blogue personnel qui corrigeait certaines affirmations de l’émission. Il a notamment apporté des corrections sur le volet de la santé publique, toujours sensible et névralgique auprès des consommateurs. En soulignant «le ton particulièrement condescendant envers les 450 000 salariés de l’agroalimentaire en France», son billet met également en lumière certains éléments-clés pour la société.

Assurément, cette habile stratégie a misé sur les forces déjà en place de l'organisation: ce blogue n’a pas été créé pour cette émission, auquel cas la manœuvre aurait été un peu grossière. En réalité, ce billet n’aura pas atteint bon nombre de consommateurs directement, mais les arguments avancés ont été repris par les médias, ce qui a permis de façon simple d’apporter les précisions sur des faits importants, sans enclencher une guerre publique avec l’émission, comme l’aurait causé la publication d’un communiqué par exemple. Ce blogue a aussi atteint un objectif vital: défendre les 13 000 employés de Nestlé.

Les présidents d'entreprise de chez nous devraient-ils s’y mettre? 

Du côté américain, le PDG de Whole Foods Market utilise aussi à l’occasion un blogue pour communiquer directement avec sa clientèle. Cette pratique est beaucoup moins répandue au Québec. Les présidents d'entreprise de chez nous devraient-ils s’y mettre? 

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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