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Les accélérateurs d'individus

LP Maurice Président et cofondateur, Busbud

Qu'ont en commun les entrepreneurs Eric Schmidt (Google), Mark Benioff (Salesforce) et Mark Cuban? Ils ont tous investi dans la prometteuse entreprise émergente américaine UpStart. 

Fondée par une équipe d'ex-employés de Google, UpStart permet à des individus d'en financer d'autres à partir de leur potentiel humain. Ce potentiel est mesuré selon une palette d'indicateurs, dont le niveau de scolarité, la performance scolaire et l'historique de travail. Les gens financés peuvent ensuite utiliser l'argent pour repayer leur carte de crédit, éliminer leur dette, s'inscrire à un cours ou démarrer une entreprise. 
 
Bref, un peu comme on investit à la Bourse, on peut maintenant investir dans d'autres personnes! Comment ça fonctionne? L'emprunteur reçoit de 5000$ à 25 000$ et dispose dès lors des ressources pour accélérer son développement personnel. Il va payer sa dette avec le temps avec une fraction de ses revenus de salaire futurs. L'investisseur, lui, reçoit un taux d'intérêt sur son prêt, et la taille de son rendement d'investissement dépendra aussi du succès du projet de l'emprunteur.
 
En plus de fournir de l'argent pour réaliser des rêves, les investisseurs pourront éventuellement fournir du mentorat et de l'aide aux emprunteurs - souvent des jeunes diplômés ou des professionnels en début de carrière.
 
UpStart est loin d'être le seul joueur à s'intéresser à cet enjeu. D'autres sociétés émergentes, comme PaveSofi et Lumni, proposent des formules similaires. L'investisseur californien Peter Thiel, de son côté, offre une approche encore plus radicale avec Thiel Fellowship, offrant 100 000$ à 20 jeunes de moins de 20 ans pour décrocher de l'université, puis lancer un projet entrepreneurial novateur à caractère scientifique. 
 
À Toronto, le programme Next 36 découvre les 36 étudiants les plus prometteurs au Canada et leur offre les meilleures ressources pour démarrer des entreprises dans le domaine de leur choix. En outre, le lauréat du prix Nobel Muhammad Yunus, prochainement au Québec pour la conférence C2-MTL, a aussi cherché à accélérer des individus en tant que pionnier du microcrédit avec Grameen Bank, en offrant à des gens au Bangladesh des prêts pour s'élever au-delà de la pauvreté.
 
En 2014, le financement de projets d'entreprise est assez bien connu. Il existe de nombreux accélérateurs et incubateurs d'idées, comme les organisations américaines YCombinatorTechstars et 500 Startups. Plusieurs entreprises bien connues aujourd'hui, dont AirbnbDropbox et Reddit, sont issues de ces programmes. Au Québec, on compte entre autres sur les efforts des accélérateurs Founder Fuel, qui a aujourd'hui gradué plus de 40 entreprises, et du nouveau Cossette Lab. Il y aussi les plateformes Kickstarter, Indiegogo et Angelist, ainsi que les firmes de capital de risque, qui permettent d'obtenir du financement pour des projets spécifiques intéressants et novateurs.
 
Cela dit, l'accélération d'individus - par opposition à celle de projets - représente une frontière intéressante et relativement nouvelle. L'aspect clé de ce mouvement est l'idée de soutenir une personne à se réaliser indépendamment d'un projet spécifique. C'est donc prendre un risque sur un individu autour de son potentiel, puis de s'engager de manière assez générale à accélérer ses apprentissages avec du financement et(ou) du mentorat - sans pouvoir prévoir précisément le résultat.
 
Si le concept peut paraître flou, des organisations bien concrètes soutiennent néanmoins cette idée. Voici notamment deux nouveaux projets au Québec qui y souscrivent.
 
Lancé tout récemment par la firme de capital de risque montréalaise Real Ventures, le programme Real Fellowship cherche à jumeler des individus à haut potentiel avec des entreprises émergentes à haut potentiel. L'individu travaillera environ 3,5 jours par semaine dans une société en démarrage en croissance, puis bénéficiera d'ateliers et de mentorat pour l'autre 1,5 jour par semaine. Des organisations québécoises bien en vue comme Frank & OakProvenderTransit AppLagoaBreather et Crew ont déjà accepté d'y participer. Les inscriptions sont maintenant ouvertes pour la session d'été. 
 
Puis, Founder Institute, lancé à Montréal comme première division au Canada, est présent dans 60 villes et se veut le plus grand accélérateur au monde avec plus de 3000 entrepreneurs diplômés. Le programme de 12 semaines vise à aider des jeunes professionnels à démarrer une entreprise avec 25+ mentors encadrant les participants. Un test psychométrique préalable détermine les candidats avec les meilleures attitudes entrepreneuriales pour participer au programme. Contrairement à d'autres accélérateurs, ils ne doivent pas nécessairement avoir un projet spécifique en tête, ni même un produit ou une équipe.
 
Évidemment, plusieurs autres organisations cherchent à leur façon à accélérer des individus en leur donnant des occasions d'apprentissage et de collaboration. On peut penser au Bootcamp de Sid Lee, qui a cherché à regrouper des talents en émergence dans les communications ou à l'École d'entrepreneurship de Beauce, qui accompagne des entrepreneurs exceptionnels pendant plusieurs années pour accélérer leur croissance.
 
À bien y penser, ces programmes rappellent un peu les résidences données aux grands peintres, musiciens et chercheurs depuis la Renaissance. Elles avaient souvent autant pour but d'accélérer l'individu talentueux que de rayonner sur l'organisation hôtesse. De manière assez intéressante, ces nouveaux programmes, qui sont au carrefour de microcrédit, finance participative, mentorat et capital de risque, marquent aussi possiblement une évolution de notre système scolaire plus traditionnel en offrant des nouvelles expériences d'apprentissage plus immersives. 
 
Dans tous les cas, un vieux concept semble avoir trouvé un nouveau souffle dans le monde des entreprises émergentes technologiques. Avec la démocratisation des plateformes technologiques, l'accélération d'individus par le financement et le mentorat pourrait maintenant aussi, pour la première fois, être accessible non seulement à un groupe élite très limité, mais bien dorénavant à un groupe élargi d'individus à haut potentiel.
 
 

 

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