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Équipes sportives et athlètes professionnels, le clash des cultures: partie 1

Jimmy Berthelet Fondateur, Stand Montréal

Qui que vous soyez, vous savez que Canadien de Montréal vient de réaliser l'une des plus importantes transactions de l’histoire. Il a envoyé P.K. Subban aux Prédateurs de Nashville en échange d’un défenseur moins charismatique, mais excellent, soit Shea Webber. 

Je n’entrerai pas ici dans les détails. Je ne parlerai pas de l’âge des joueurs, de leurs talents respectifs, des rumeurs d’un vestiaire divisé, des contrats dans une ère de plafond salarial ni des aspects purement «hockey». Mais j’aimerais traiter de ce que nous dit cette transaction sur le plan de la culture de marques personnelles et d’entreprises.

Un athlète qui a parfaitement compris les nouvelles règles du branding 
personnel  

D’un côté, le Canadien de Montréal. L'équipe la plus célébrée de l’histoire du hockey professionnel. Vingt-quatre coupes Stanley. Le plus beau chandail de la LNH après ceux des Rangers de New York et des Hawks de Chicago (à mon humble avis, du moins). D’Aurèle Joliat à Carey Price en passant par Newsy Lalonde, Doug Harvey, Maurice Richard, Jean Béliveau, Sam Pollock, Scotty Bowman, Guy Lafleur, Ken Dryden, Patrick Roy et les 66 joueurs et membres de l’organisation qui font partie du Temple de la renommée du hockey. La dynastie des dynasties. Joyau de la famille Molson. Emblème d’un peuple. La Sainte-Flanelle. Les Flying Frenchmen. Une véritable institution qui fait partie de nos vies depuis toujours. Les Habs.

De l’autre côté, un jeune homme de la banlieue torontoise nommé Pernell-Karl Subban. Un défenseur élite et flamboyant de 27 ans. Un homme avec un sourire et un cœur énormes. Un joueur de hockey qui a gardé son cœur d’enfant à l’intérieur comme à l’extérieur de la patinoire. Un gars qui a du panache, du style, le courage de dire ce qu’il pense et qui, par-dessus tout, est totalement conscient de l’univers changeant du sport professionnel. Un athlète qui a parfaitement compris les nouvelles règles du branding personnel incluant l’importance de s’engager dans sa communauté, de donner de son temps, d’utiliser activement les réseaux sociaux, de demeurer constamment visible et de construire l’équité de sa marque pendant sa carrière pour maximiser ses revenus, son influence et sa présence dans l’esprit collectif pendant, mais aussi une fois sa carrière terminée.

Au fond, pour moi, l’histoire de SUBBAN se résume à un joueur qui ne cadre pas avec la culture d’entreprise de son employeur. 

Subban, c’est le joueur moderne et le Canadien, c’est l’organisation traditionnelle. Subban émule le modèle qu’ont adopté les joueurs de l'Association nationale de basketball et du soccer européen. Il a une marque forte et il s’en sert chaque jour. Il dit les bonnes choses, mais, aux yeux de plusieurs, dans un monde conservateur, plein de gros bras et de gros egos et parfois un peu lents à évoluer comme celui du hockey (pensez Slap Shot), il prend trop de place en considérant les intérêts de l’équipe, mais aussi les siens. Dans le «bon vieux temps», l’organisation passait toujours devant, et le joueur n’avait qu’à remercier le bon Dieu chaque jour qu’il avait la chance de se faire payer pour jouer au hockey. Même notre héros national, Guy Lafleur, s’est fait montrer la porte quand son ancien coéquipier et entraîneur Jacques Lemaire a décidé qu’il allait réduire son temps de glace et le retirer de la première unité de l’avantage numérique. Le CH était ce qu’il y avait de plus important. Et si le joueur n’était pas content, il avait juste à rester chez lui. C’était la culture d’entreprise de l’époque. Comme les comptables francophones qui travaillaient pour un patron anglophone souvent dominant. If you’re not happy, you can just stay home. 

Aujourd’hui, le monde a basculé. Dans l'Association nationale de basketball, par exemple, les marques personnelles des joueurs dominent. Souvenez-vous de LeBron James et de l’émission de deux heures qu'ESPN a mise en ondes pour qu’il annonce au grand public son choix de destination quand il est devenu joueur autonome en 2010. C’est LeBron James qui choisissait le Heat de Miami. Pas le contraire. C’est aussi lui qui a décidé de retourner aux Cavaliers de Cleveland, sa ville natale, pour leur offrir un championnat. Ce qu’il a fait et ce qui lui assure une place parmi les plus grands de l’histoire du basketball professionnel. Au soccer, c’est similaire. Seule différence étant que les équipes doivent verser des sommes faramineuses pour acquérir un joueur. Elles paient des millions à son ancien club pour, en quelque sorte, le dédommager à la suite de la perte d’un actif précieux. Au hockey, c’est encore les années 60. Mais ça change et c’est ici que le Canadien a montré un très grand manque de responsabilité, de conscience et de jugement envers sa marque et ses partisans.

Au fond, pour moi, l’histoire de Subban se résume à un joueur qui ne cadre pas avec la culture d’entreprise de son employeur. Son annonce de verser 10 millions$ à un hôpital demeure un des gestes les plus généreux jamais posés par un athlète. Mais le timing était vraiment mal choisi. C’était à deux jours de la nomination du prochain capitaine de l’équipe et, pour plusieurs, ce geste de pure générosité a été interprété comme une tentative de forcer la main de l’organisation. C’est clair que Max Pacioretty, qui a le charisme d’un pneu, a dû avoir beaucoup de mal à voir Subban recevoir autant d’attention. C’est clair que Michel Therrien, un entraîneur Néandertal s’il y en a un, a dû interpréter la présence continue de Subban dans les médias comme un affront à l’organisation. Michel Therrien est un casseur de jambes. Un entraîneur qui veut que ses joueurs fassent exactement ce qu’il leur demande. Et Subban n’aime pas se faire dire quoi faire. Il a besoin de liberté. Il a besoin d’exprimer sa créativité. Il a besoin d’attention et d'encouragement. C’est un homme de sa génération. Exactement comme les jeunes DA que nous embauchons pour créer nos projets. Faut les encadrer. Faut les encourager. Faut les inspirer. Mais faut jamais leur dire quoi et comment faire. Et c’est bien comme ça. En fait, contrairement aux plus vieux, comme moi, qui ont appris à coups de pied au cul et qui sont devenus vraiment très bons pour ne plus jamais avoir l’air fou devant un collègue ou un client, les nouveaux jeunes professionnels tracent leurs chemins en pensant à leurs intérêts d’abord et en retirant rapidement ce qu’ils peuvent d’une expérience pour vite passer à une autre. La fidélité est rare. Les carrières au sein d’une seule entreprise le sont encore plus. Ce sont deux mondes très différents. Un qui survivra. Un autre qui doit disparaître.

(La suite mercredi)

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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