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Commerce électronique: pourquoi le Québec traîne

Jean-Michel Ghoussoub Associé fondateur, U92

Le Cefrio a récemment publié son Indice sur le commerce électronique, et les chiffres démontrent clairement ce qu’on savait déjà: les entreprises du Québec sont largement en retard à ce chapitre. 

On y apprend que:

«Si près d’un Québécois sur deux est adepte du commerce électronique, il en est tout autrement pour les entreprises du Québec. Seulement 12% des entreprises des secteurs du commerce de détail, du commerce de gros, des services et du secteur manufacturier vendent leurs produits et leurs services en ligne.

Seulement 12% des entreprises du commerce de détail et de gros, des services et du secteur manufacturier vendent leurs produits et services en ligne.

Mises à part les entreprises qui ne vendent qu’en ligne, les entreprises de cinq employés et plus qui vendent en ligne affirment y réaliser seulement 18% de leurs ventes brutes, et ce, majoritairement auprès de clients résidant au Québec (74%).

Ce qui est tout aussi alarmant pour les secteurs ciblés par l’enquête est le fait que 45% des entreprises actives en commerce électronique y ont investi en moyenne moins de 10 000$ et qu’elles ne prévoient pas investir davantage au cours de la prochaine année.» - Cefrio, Indice du commerce électronique au Québec, volet entreprises 2015. 

En conclusion:

  1. Les consommateurs québécois achètent en ligne auprès d’entreprises étrangères (principalement américaines) parce que l’offre en ligne des québécoises est déficiente.
  2. Les entreprises québécoises qui vendent en lignent n’y réalisent, pour la plupart, qu’une petite partie de leur chiffre d’affaires, principalement auprès d’une clientèle locale.
  3. Les entreprises québécoises n’investissent pas assez dans le développement de leur offre de service en ligne.

Encore là, rien de nouveau. Ça fait des années qu’on en entend parler et que rien ne change - ou plutôt que trop peu change trop lentement.

Les consommateurs québécois achètent en ligne auprès d’entreprises étrangères (principalement américaines) parce que l’offre en ligne des entreprises québécoises est déficiente.

La question qu’il faut se poser est: pourquoi le Québec est-il si en retard vis-à-vis du reste du Canada et des États-Unis?

Il faut aussi, si l’on veut arriver au cœur du problème, rapidement écarter les réponses habituelles trop simples et trop faciles: le Québec est un petit marché, il y a la barrière de la langue, la mentalité est différente du reste de l’Amérique du Nord, etc.

Pour paraphraser Mark Twain: «Mille excuses et aucune bonne raison.»

La principale raison de notre retard sur le plan du commerce électronique est trop souvent le manque de vision, d’ambition et de courage de la majorité de nos dirigeants d’entreprises.

Ils sont ancrés dans le passé et ne comprennent pas que le monde a changé. On a trop souvent à la tête des organisations, des hommes dans la soixantaine qui sont le produit d’années passées dans des grosses structures où la rectitude et la prudence étaient récompensées. Ils ont monté les échelons précisément parce qu’ils évitaient de prendre des risques. Aujourd’hui, ils sont en fin de carrière, à l’aise financièrement et encore moins enclins à casser la baraque. Ils font partie de ces gens qui achètent encore des CD et des DVD. Tout dans leur situation personnelle et professionnelle les éloigne de la réalité d’aujourd’hui. Or, la concurrence est maintenant mondiale, la technologie omniprésente, les changements rapides et l’environnement chaotique et impitoyable. Jouer défensivement n’est plus une option. Être prudent non plus. Se contenter de petites victoires, encore moins. Ceux qui ne comprennent pas rapidement cet état de fait son voués à disparaitre plus vite qu’ils ne le pensent.

La principale raison du retard du Québec sur le plan du commerce électronique est trop souvent le manque de vision, d’ambition et de courage de la majorité des dirigeants d’entreprises.

Au Québec, malheureusement, l'on pense trop souvent petit. On espère, en investissant 10 000$ dans un site web transactionnel, rivaliser avec les Amazon de ce monde. On espère ne pas trop perdre de part de marché. On se contente de peu alors qu’on devrait voir qu’on possède tout le talent et toutes les ressources pour se démarquer à l’international. On devrait se donner des objectifs ambitieux, prendre de grands risques et investir massivement dans de nouvelles façons de faire. Ne me dites pas que ce n’est pas possible. Des entreprises comme Frank&Oak, BonLook et Lightspeed Retail le font déjà pendant que les autres se trouvent des excuses pour maintenir le statu quo.

On manque de courage, car c’est plus facile de ne rien faire et de gérer la décroissance en blâmant l’environnement économique et en se comparant à ses concurrents locaux qui perdent aussi du terrain. Changer et prendre des risques demande du courage. C’est difficile, on est tous d’accord. Mais c’est la seule porte de sortie pour les entreprises qui veulent réussir.

Heureusement, d’autres donnent l’exemple. Qu’on pense aux DeSerres, Renaud Bray, La vie en Rose et Altitude Sports, qui ont investi sérieusement en commerce électronique ces dernières années. Plus récemment, Sports Experts a tiré profit des objets connectés.

Les autres, si vous trouvez que le web, la mobilité, les réseaux sociaux, l’économie du partage et le commerce électronique amènent trop de changements trop vite, attachez votre tuque avec de la broche, parce que dans le tournant, les objets connectés, le big data, l’impression 3D, la réalité virtuelle, l’intelligence artificielle et les self driving cars & trucks arrivent beaucoup plus vite qu’on le pense.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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