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Les idées ne font qu’une bouchée du statu quo

Jean-François Bouchard PDG et associé principal, SID LEE

En fait, si on y pense bien, tout dans nos vies a été créé par l’humain. Tout remonte à la personne qui, un jour, a osé dire «et si…» et a eu une idée.

En fait, si on y pense bien, tout dans nos vies a été créé par l’humain. Tout remonte à la personne qui, un jour, a osé dire «et si…» et a eu une idée.

Les chaussures que nous avons aux pieds.

Les applis dont nous ne pouvons plus nous passer.

Les maisons dans lesquelles nous vivons.

Les recettes qui nous font envie.

Les films que nous écoutons pour nous détendre.

La musique qui nous fait danser.

Les médicaments qui nous guérissent.

La technologie qui a amélioré nos vies.

Le train, l’avion, les autos et les vélos qui nous mènent du point A au point B.

Chaque entreprise pour laquelle nous avons déjà travaillé.

Même le «man bun» pour homme qui a été tendance vraiment trop longtemps l’an dernier.

Rien ne peut exister sans créativité. Tout naît d’une idée ou, dans la plupart des cas, d’une succession d’idées, chacune en déclenchant une autre. Des siècles d’imagination humaine (que vous soyez pour ou contre les «man buns») ont créé toutes les choses fabriquées par l’homme – et la femme – qui nous entourent.

Certains diront qu’il s’agit plus d’une évidence que d’une grande révélation. Dans ce cas, j’ai une question pour vous, esprits cyniques: POURQUOI ALORS PASSONS-NOUS SI PEU DE TEMPS À TROUVER DES IDÉES?

Combien d’entreprises disposent d’un véritable processus pour générer de nouvelles idées (mis à part leur service de RD)? Combien de réunions de gestionnaires incluent systématiquement une portion d’idéation? Combien de processus d’évaluation de rendement mettent l’accent sur la créativité? Combien de fois examinons-nous le monde qui nous entoure pour repérer des lacunes que de nouvelles idées pourraient combler? Combien de temps nos universités consacrent-elles à cultiver la faculté d’imagination de leurs étudiants?

Très peu.

jean-françois bouchard en compagnie de Genifère Legrand (à gauche) et de Caroline Lavergne (à droite), en train de déguster des pancakes arrosés de sirop d’érable du Québec au Beauty’s Luncheonette

On ne peut atteindre un objectif qu’on ne s’est jamais fixé
La créativité a donné naissance à tout le savoir que nous possédons. Et pourtant, la plupart d’entre nous attendent en quelque sorte que ça se produise tout seul. Que des idées surgissent par pur hasard. Ou, pour des personnes pleines d’initiatives, d’avoir un éclair de génie provenant d’une origine obscure.

Identifiez les moments qui ont été consacrés, à l’idéation au cours des dernières semaines ou des derniers mois. Si vous êtes comme la plupart des gens, ce sera un gros… ZÉRO.

Allez, faites ce petit exercice plus personnel avec moi: regardez votre calendrier. Allez-y, je vais vous attendre… Maintenant, identifiez les moments qui ont été consacrés, de façon intentionnelle, à l’idéation au cours des dernières semaines ou des derniers mois. Ou simplement les moments destinés à trouver l’inspiration ou passés en mode découverte.

Si vous êtes comme la plupart des gens, ce sera un gros… Z-É-R-O.

En fait, il y a bien des chances qu’au cours d’une année vous passiez plus de temps à vous fouiller dans le nez ou à vous amuser à extraire de votre nombril ces petites mousses ayant une origine mystique.

Pour la majorité des gens, les idées apparaissent comme de fortuits hasards, ou ne viennent pas du tout. Pourquoi cela? Parce qu’on ne peut devenir systématiquement bon à une chose à laquelle on ne s’exerce pas ou à laquelle on ne consacre pas du temps. Est-ce qu’une personne qui veut réaliser des performances athlétiques de compétition pourrait penser y arriver en ne faisant pas du tout de sport? Ou en restant simplement avachie sur le divan avec une bonne bière en regardant ESPN? Ne traiteriez-vous pas cet aspirant IronMan d’idiot paresseux en plein délire?

On n’a rien sans rien, comme on dit. Pourquoi en serait-il autrement pour la créativité? Ce n’est pas une question d’intelligence supérieure reçue comme un don du ciel, mais de T-R-A-V-A-I-L acharné, lequel découle du T-E-M-P-S que vous réservez à l’idéation dans votre agenda.

Dans notre monde moderne, ne pas consacrer du temps de manière réfléchie et systématique à l’idéation est carrément suicidaire.

Le statu quo est plus risqué que le changement
Dans notre monde moderne, ne pas consacrer du temps de manière réfléchie et systématique à l’idéation est carrément suicidaire. Vous ne mourrez peut-être pas d’une mort rapide, mais soyez assuré qu’un long et douloureux supplice finira par vous laisser mort au bout de votre sang. Nous savons tous que le rythme des changements s’est accéléré. Mais sommes-nous vraiment conscients du risque que nous courons à rester immobile en laissant les nouvelles idées surgir de manière aléatoire et peu fréquente?

Chose consternante, nombreux sont ceux qui craignent encore les changements que pourraient apporter les nouvelles idées. Qui ont trop peur d’en faire l’essai. Qui rejettent l’expérimentation comme une perte de temps. Cependant, il est clair de nos jours que le statu quo devient bien plus risqué que le changement. Même si aux yeux de nombreux gestionnaires, c’était plutôt le contraire auparavant. Les grandes sociétés se sont souvent donné pour mission de défendre pendant des décennies une position qui leur était favorable ou des systèmes archaïques. Prenez le service pourri des succursales bancaires ouvertes de 9 à 5 seulement et fermées le week-end, parce «ç’a toujours été comme ça»… Il aura fallu 50 ans pour en venir à bout! Lorsque le statu quo gagne, les gens y perdent souvent.

À présent, nous savons tous que c’est fini. Restez immobile une minute de trop, et une jeune entreprise armée d’une nouvelle technologie ou d’une nouvelle façon avant-gardiste de faire les choses vous volera votre clientèle en quelques années.

Comment améliorer vos pratiques d’idéation?
Alors, comment faire plus de place dans votre vie pour les idées? J’ai quelques suggestions simples fondées sur mon expérience personnelle et mon observation de nombreux collègues des deux organisations pour lesquelles je travaille. Bien que je dirige des entreprises dans des «industries créatives» (un terme inapproprié, car je crois que toutes les organisations sont en fait dans le domaine créatif de faire plaisir aux clients… ou elles finissent dans le secteur moins excitant de l’extinction), je dois souligner que j’ai vu de nombreux cadres supérieurs en finance ou en RH, par exemple, appliquer ces principes avec beaucoup de succès.

Commencez par votre calendrier
Vous arrive-t-il parfois de regarder votre agenda et de vous demander à quel moment vous aurez le temps d’aller aux toilettes entre les réunions? Nous avons tous de ces journées qui mettent notre santé mentale – ainsi que notre vessie – à dure épreuve.

Vous devez préserver des plages horaires sacrées pour «réfléchir».

Mon raisonnement est simple: évitez de passer 100% de votre temps de la journée à vous occuper du boulot quotidien de «faire» des choses. Vous devez préserver des plages horaires sacrées pour «réfléchir». Planifiez de façon régulière et ferme du temps pour faire un brainstorm avec des collègues ou pour griffonner des notes seul, dans un café (peut-être du genre de ceux d’Amsterdam? Par expérience, je peux vous dire que ça fonctionne vraiment bien – mais ne perdez pas vos notes!).

Si vous avez un assistant personnel, donnez-lui la responsabilité de préserver précieusement ces plages horaires comme vos moments sacro-saints.

Entretenir des projets personnels
Une excellente façon de générer de nouvelles perspectives et idées consiste à travailler… à des choses qui ne sont pas directement reliées à votre travail. Mais plutôt à vos passions.

En effet, vous consacrer par passion à des projets dans des domaines adjacents à votre travail, ou complètement étrangers, tient votre esprit occupé et lui fait prendre des chemins différents. Tremper dans d’autres champs d’activités vous oblige à envisager les problèmes sous un angle nouveau et à utiliser des schèmes mentaux différents pour atteindre des résultats.

Ça semble peut-être un peu mystique, mais votre esprit deviendra ainsi plus apte à faire preuve du genre de flexibilité nécessaire pour trouver de nouvelles solutions à d’anciens problèmes dans votre vie professionnelle. Vous serez surpris d’avoir de nouvelles idées au sujet de la finance, en nourrissant une passion pour les installations d’arts multimédia, par exemple.

Les grands esprits trouvent les grandes idées, n’est-ce pas? Eh bien, les grands esprits sont curieux et aiment explorer différents domaines pour faire des liens fortuits qui aident à générer de nouvelles idées.

Les grands esprits sont curieux et aiment explorer différents domaines pour faire des liens fortuits qui aident à générer de nouvelles idées.

Changer de décor
Un truc qui fonctionne très bien pour moi consiste à passer une partie du temps consacré à l’idéation dans des environnements qui m’éloignent de ma routine quotidienne.

Ça peut être aussi simple que d’aller au restaurant Tiki le plus bizarre en ville pour y travailler seul quelques heures. Ou retourner dans une bibliothèque universitaire pour la première fois en 20 ans. Ou organiser un rendez-vous avec votre carnet de notes pendant que vous voyagez dans des lieux exotiques à l’autre bout de la planète.

Et il y a d’autres exemples extrêmes. Pour moi, par exemple, le fait d’assister au festival Burning Man m’a fourni une énorme source d’inspiration à laquelle je puise encore constamment. Ça amène mon esprit à un endroit où les possibilités sont infinies, et la liberté, totale. En fait, cet événement a été une source majeure d’inspiration dans la fondation de C2 Montréal en faisant naître la question suivante: comment pouvons-nous créer le contexte par excellence pour que des professionnels des affaires et de la création reçoivent une décharge puissante d’inspiration? Et voici comment nous avons abordé cette question: nous avons organisé un brainstorm de 24 heures continues avec 25 personnes dans un spa du Vieux-Montréal! C2 Montréal est né après cette nuit de bains… et de débats (sans oublier de bouffe, d’alcool et de bien peu de sommeil).

Faire du temps à votre horaire pour les idées peut s’avérer vraiment très agréable si vous le décidez… «Mon amour, je dois aller à l’Art Basel à Miami cette semaine pour le travail, pour réinventer ma stratégie de distribution». D’accord, ça pourrait entraîner quelques complications matrimoniales. Dans ce cas, je vous dirais que C2 Montréal est une bonne position de repli! Même à titre de commissaire de C2 Montréal – courant partout sur le site, à moitié parano au sujet de détails de production –, je trouve toujours une heure par jour pour participer à un atelier ou me cacher quelque part pour prendre en note l’afflux d’idées qui déferle de mon esprit hyper-stimulé. Pour moi, c’est inestimable. Venez me rejoindre, si ce voyage à Miami ou au festival Burning Man ne passe pas très bien auprès du gestionnaire des RH responsable du programme de formation des cadres… Ou avec la politique des comptes de dépenses.

À bientôt.

Ce billet est initialement paru sur le blogue de C2 MTL.

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