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Google a-t-elle bien géré sa crise?

Isabelle Paquette Conseillère principale, Relations publiques & Communications numériques, Substance stratégies

Le dorénavant célèbre ex-ingénieur de Google James Damore a récemment publié une note interne intitulée Google’s Ideological Echo Chamber dans laquelle il fait notamment allusion au fait que les femmes sont biologiquement moins aptes que les hommes à occuper des postes d’ingénieur et de gestionnaire dans l'industrie technologique. Ses propos n’ont pas tardé à susciter de vives réactions auprès de ses collègues, puis au sein de toute l’industrie

Google se trouvait alors devant deux options: 1 – retenir James Damore et exprimer son soutien à la liberté d'expression sous une forme sans restriction; 2 – licencier son employé et exprimer son soutien pour créer un environnement de travail non hostile. Peu importe, il fallait agir vite pour contenir la crise et prendre position dans le débat maintenant public.

Entre le moment où le controversé mémo s’est propagé sur les médias sociaux et le licenciement de son auteur, il ne s’est écoulé que 48 heures. Samedi, la nouvelle vice-présidente de la diversité, de l'intégrité et de la gouvernance de Google, Danielle Brown, a émis une déclaration à l’attention des employés de l’entreprise stipulant que «ce manifeste avance des suppositions fausses sur le genre (...), des opinions que ni moi ni Google n'approuvons ou n’encourageons».

L’entreprise a donc vite pris la voie de l’option 2, mais timidement. Les médias qui ont tenté d’obtenir plus d’information quant à la situation dans la journée de samedi ont été redirigés vers cette déclaration, sans plus. C’est la bonne stratégie à adopter, considérant qu’il est impossible de «gagner» le débat et que des entrevues auraient pu rapidement tourner au dérapage.

Malgré cette intervention, les discussions se sont poursuivies dans les forums de discussion internes et sur les médias sociaux. Devant l’ampleur de la situation, Google a décidé de licencier son employé lundi pour motif d’entrave au Code de conduite de l’entreprise selon lequel «chaque Googler s’engage à faire tout son possible pour créer une culture du lieu de travail sans harcèlement, intimidation, partialité et discrimination illégale». Elle assoit ainsi davantage sa position en faveur de la création d’un environnement de travail non hostile, en cohérence avec ses propres politiques internes. Fin de la crise?

Non. Dès le lendemain (mardi), James Damore a contesté la légalité de son licenciement invoquant le droit à la liberté d’expression, puis a déposé une plainte au Conseil national des relations de travail.

Jusqu’alors absent du débat, le PDG de Google, Sundar Pichai, est finalement sorti de son silence (et de ses vacances) mardi en publiant une note dans laquelle il dénonçait les propos, les qualifiant même de «stéréotypes de genre nuisibles». Il annonçait par le fait même son retour immédiat au travail, malgré ses vacances familiales, car «clairement, il y a beaucoup à discuter en groupe, y compris comment créer un environnement plus inclusif pour tous».

Son intervention était nécessaire pour d’abord rassurer les employées ébranlées par le mémo controversé, puis pour envoyer un message clair aux Googlers que ce type d’intimidation n’est pas acceptable au sein de l’entreprise. Il a effectivement pris la bonne décision en écourtant ses vacances pour être auprès de ses employés.

La polémique survient alors que les entreprises de Silicon Valley s'efforcent d'accroître la diversité dans une industrie dominée par des hommes blancs et imprégnée de cultures d'entreprises qui semblent discriminer les femmes et les femmes ingénieurs. Bien que le débat soit loin d’être clos, on peut dire que l’adoption de l’option 2 et l’intervention de deux hauts dirigeants de Google ont permis de limiter les dégâts réputationnels pour l’entreprise.

Dans ces circonstances, elle aurait difficilement pu faire mieux. Voyons toutefois si cette histoire impactera positivement le sort des femmes dans l’industrie. 

 

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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