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Pour y voir clair dans la transparence

Isabelle Perras Vice-présidente et directrice générale, Citoyen Optimum

S’il existe un terme galvaudé, employé à toutes les sauces sans trop comprendre sa signification, c’est bien le mot transparence.

Souvent, plutôt que de désigner l’ensemble des renseignements dont un citoyen attentif aurait besoin pour juger des causes et des conséquences d’une décision, le terme est employé par des citoyens ou groupes de pression pour accuser les élus de cachotteries. Or, l’information que détient le gouvernement se décline en trois catégories: 1) confidentielle et secrète, 2) accessoire et inutile, 3) détaillée et essentielle à l’analyse rigoureuse pour faciliter sa prise de décision. Sans clarifier tout cela, l'on continuera longtemps de réclamer de la transparence sans obtenir celle qu’il nous faut.

Doit-on tout dire et tout révéler? Sûrement pas. Ce serait au-delà de la naïveté. Quand un ministre des Finances décide de modifier les impôts des entreprises ou le traitement fiscal des revenus de placement, il est impératif que cela demeure un secret étanche jusqu’à la lecture du budget. Lorsque des policiers enquêtent sur les agissements d’un citoyen soupçonné de gestes criminels, cela doit rester secret jusqu’au dépôt éventuel d’accusations. C’est vrai, que les soupçons soient fondés, pour éviter la destruction des preuves, ou qu’ils ne le soient pas, pour éviter la destruction des réputations. De la même manière, la vie privée des élus et des fonctionnaires ne concerne qu’eux-mêmes et leurs proches. Si la vie privée de nos dirigeants devient un objet légitime de curiosité, quels arguments nous restera-t-il pour nous opposer à la surveillance clandestine de nos concitoyens?

Ce qu’il nous faut, c’est davantage de transparence sur les faits et analyses qui stimulent les décisions de nos dirigeants. Cette information n'est pertinente que si elle est rendue publique en temps utile ou dans un format et un langage propres à faciliter la compréhension du commun des mortels. L’information de qualité ne manque pas en ce qui a trait à l’allocation des ressources et, depuis peu, à l’attribution et à la gestion des contrats. Ce qui fait défaut, ce ne sont pas les détails sur les sommes dépensées, mais plutôt des indicateurs fiables sur les résultats obtenus en contrepartie des ressources consacrées. 

Les obstacles à plus de transparence ne sont pas techniques. Le web est en mesure de disséminer autant d’information que nous pouvons en observer. Les obstacles réels sont liés aux enjeux de gouvernance, de règles du jeu obscures et complexes qui permettent aux responsables de se soustraire aux conséquences de leurs erreurs.  Voilà le vrai mal dont la transparence se veut l’antidote.

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