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Placement synchro 101

Guillaume Deziel Stratège en marketing interactif, Pigiste

Libération des droits, propriété de bande maîtresse, conditions de renouvellement et période d'exclusivité, l'abc de l'utilisation d'une chanson pour de la vidéo.

Le terme «synchronisation» date de l'époque à laquelle la table de montage audiovisuelle permettait de «synchroniser» le son d'une bande musicale à la bande visuelle d'un film. Il fallait ainsi synchroniser les bobines d'une avec l'autre pour que la musique se colle aux images, au bon moment et au bon volume.

CE QUI N'A PAS CHANGÉ DEPUIS CETTE ÉPOQUE ANALOGUE, C'EST LA PERMISSION À DEMANDER À CEUX QUI DÉTIENNENT LES DROITS DU SON ET LES CRÉDITS D'INVENTION DE LA PISTE MUSICALE.

Aujourd'hui, l'on travaille tous sur des tables de montage numériques, comme Final Cut et Avid. Par contre, ce qui n'a pas changé depuis cette époque analogue, c'est la nécessité de demander la permission à ceux qui détiennent les droits du son et les crédits d'invention de la piste musicale. C’est ce qu'on appelle la libération des droits.

BREF, PEU IMPORTE QUI A INVENTÉ UNE PIÈCE, EN DÉFINITIVE, IL FAUT L'ENREGISTRER ET LUI DONNER UN CARACTÈRE PARTICULIER POUR QU'ELLE SONNE BIEN. 

De fait, ceux qui ont produit le son de la chanson (qui ont payé pour que la bande maîtresse soit produite) méritent de toucher des revenus lorsqu'on exploite leur produit sonore. Enregistrer un album coûte de l'argent et demande une expertise très pointue. Pour réussir un album qui sonne bien, il faut un bon preneur de son, de bons micros, un bon mixeur, de bons processeurs d'effets, un bon réalisateur qui donne une couleur précise, etc. Ça prend aussi d'excellents musiciens, chanteurs solistes et choristes, un studio aménagé pour qu'on n'entende pas l'ambulance passer et un bon mastering final pour que la piste soit aussi forte et dynamique que celle de Michael Jackson à la radio. Bref, peu importe qui a inventé une pièce, il faut l'enregistrer et lui donner un caractère particulier. Et la personne qui paye pour que ça arrive, c'est celui qu'on appelle le «propriétaire de la bande maîtresse». Souvent, la maison de disque en est la propriétaire. Mais, de plus en plus, avec la démocratisation des moyens d'enregistrement de la musique, il n'est pas rare que le propriétaire de la bande maîtresse soit l'artiste ou le groupe lui-même (autoproduction).

Même si les meilleurs techniciens du monde réussissent à donner un bon son à une pièce, celle-ci doit être bonne, à la base. La composition de bonne musique et l'écriture de bonnes paroles nécessitent de talentueux «inventeurs». Et ceux qui inventent une toune, on les appelle les auteurs (de textes) et les compositeurs (de musique). C'est d'eux qu'émane le génie créatif derrière l'oeuvre. Ces créateurs possèdent par défaut la «propriété intellectuelle» ou le droit d'auteur sur leur oeuvre, leur invention.

Mais comme ceux qui inventent de bonnes tounes n'ont ni le talent et ni le temps de porter une cravate, de prendre leur valise et de représenter leurs oeuvres, ils doivent se trouver de bons partenaires d'affaires qui les aideront à en tirer profit. C'est là que l'éditeur entre en jeu. Techniquement, la propriété de l'oeuvre d'un auteur et d'un compositeur doit être complètement «cédée» à l'éditeur qui, ainsi, obtient le pouvoir de l'exploiter. Et lorsque le profit entre, il est partagé entre l'éditeur et les créateurs qui ont inventé l'oeuvre, selon une clé de partage (clé de répartition) négociée entre les auteurs, compositeurs et éditeurs.

Il arrive parfois qu'une chanson soit inventée par son auteur et son compositeur, mais qu'elle ne soit ni chantée et ni jouée par ceux-ci. C'est là qu'entre en jeu l'interprète. Il est un véhicule pour l'oeuvre, mais aussi son caractère. Luc Plamondon ne chante pas (heureusement?), mais il écrit de superbes textes. Marie-Pier Arthur, qui a une voix de feu, fait écrire la plupart de ses textes par l'artiste Gaëlle. Mais Richard Desjardins est auteur-compositeur et interprète de ses propres tounes, c'est-à-dire qu'il chante ses créations. Aussi, il n'est pas rare de voir d'autres interprètes donner une seconde vie aux oeuvres de Richard Desjardins, chantées parfois dans des styles différents, avec une intention différente.

Pour libérer une chanson
Or, pour utiliser une chanson dans un projet vidéo, il faut libérer son «son» auprès du propriétaire de la bande maîtresse, libérer son «invention» auprès de l'éditeur qui représente ses créateurs et, aussi, obtenir l'autorisation de l'interprète, par son gérant, afin que l'«image» (ou l'identité) de l'artiste soit associée au produit.

En échange d'un montant négocié, une permission ou licence d'utilisation est émise. Celle-ci décrit en détail les paramètres d'utilisation de l'oeuvre: territoire (ex. Québec), durée (ex. deux cycles de 13 semaines), média d'utilisation (web, télé, radio, etc.), conditions de renouvellement et période d'exclusivité, des sujets que j'approfondirai dans un prochain texte.


Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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