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Génération Y: tous à égalité?

Grégory Casper Stratège, concepteur-rédacteur et le co auteur du livre "La Génération Y et le Luxe", Paris

Les jeunes cherchent l’horizontalité des rapports plutôt que la verticalité et la centralité, ils cherchent à s’affranchir des appartenances et des modalités de fonctionnement de la démocratie participative grâce au collectif.

Dans House of cards (saison 1), cette identification de l’individu à la collectivité est prégnante. Ainsi quand Zoé Barnes, jeune journaliste, se fait licencier et insulter par son supérieur, rédacteur en chef du Washington Herald, elle reprend le pouvoir en disant: «N’oubliez pas dorénavant que quand vous parlez à une personne, vous vous adressez à des milliers.» signifiant par là même que son pouvoir est bien plus grand que celui du journaliste qui la prend de haut. Elle inverse littéralement le rapport de force.

Dans l’organisation du travail, les membres de la génération Y ne considèrent pas la hiérarchie et l’organigramme comme «naturels».

Dans l’organisation du travail, les membres de la génération Y ne considèrent pas la hiérarchie et l’organigramme comme «naturels». Ils commencent à les questionner, certains n’hésitant pas à remettre en cause les décisions prises par leur hiérarchie.

Qu’il s’agisse de stratégie d’entreprise ou d’organisation du travail, les Y donnent leur avis (même si on leur demande rarement) et affichent ouvertement leur perplexité voire leur désaccord.

Alors que ces prises de position sont souvent perçues comme de la supériorité, cela révèle en fait un mode de pensée différent. Spontanément, les Y pensent, travaillent et interagissent de manière collaborative. Ils aiment les travaux de groupes, les missions à plusieurs et les remue-méninges. Ils travaillent naturellement avec les nouveaux outils de communication, le courriel, le calendrier partagé, les réseaux sociaux, faits pour des modes de collaboration horizontaux. Des modèles comme Wikipédia collent à cette philosophie horizontale. Dans Wikipédia, il n’y pas de chef ni de leader, chacun augmente la base de connaissance en y posant sa pierre. Chaque voix compte et possède le même poids, la hiérarchie des collaborateurs n’existe tout simplement plus.

Les jeunes cherchent l’horizontalité des rapports plutôt que la verticalité et la centralité.

Les jeunes cherchent l’horizontalité des rapports plutôt que la verticalité et la centralité, ils cherchent à s’affranchir des appartenances et des modalités de fonctionnement de la démocratie participative.

Une différence de modèle
Les Y s’opposent donc souvent assez frontalement à la verticalité qui n’existe que très peu dans le monde numérique. Le vrai fossé se situe au chapitre de la méthodologie et des modalités de collaboration. Les responsables des communications et du marketing sont le plus souvent formés à l'imprimé et à l’événementiel. Ils ont la culture de démarches bien structurées avec des validations très balisées. Ce sont des processus qui semblent incompatibles avec une génération pour laquelle la chaîne de validation est un contresens.

La plus belle manière de concevoir la verticalité est la pyramide avec un chef ou un groupe de chefs à la tête prenant toutes les décisions et ayant une vision globale des choses. À cela s’ajoute une suite de personnes hiérarchiquement organisées, chacun ayant un rôle bien précis. Dans cette structure, chacun est un engrenage et participe à l’ensemble sans une vue globale et claire et du projet. Cela repose sur la hiérarchie et l’ordre.

L'horizontalité des Y est plus compliquée à concevoir sous une forme géométrique. Nous pouvons imaginer un réseau complexe au sein duquel chaque élément est en communication avec plusieurs autres. L'horizontalité est plus difficile à réaliser car toute décision nécessite au préalable un consensus difficile à trouver, surtout si le nombre de participants est élevé.

Cependant avec l'essor, puis le développement exponentiel des technologies de l'information et des communications, avec lesquelles ils ont grandi, ce type d'organisation devient de plus en plus envisageable au national voire à l'international.

Les réseaux sociaux et leurs connexions multiples participent de cette communication où le refus hiérarchique est érigé en principe.

Portée par les Y et leur importance croissante au sein des entreprises, l’horizontalité est devenue leur norme avec le web 2.0. En effet, les réseaux sociaux et leurs connexions multiples participent à cette communication où le refus hiérarchique est érigé en principe. Encore une fois, des réussites comme Wikipédia sont fondées sur la mise à égalité des contributeurs. De même, dans les organisations, la gestion des connaissances repose fréquemment sur la mise en œuvre de communautés de pratique permettant la capitalisation des savoirs informels.

Maxime Verner, 22 ans, plus jeune candidat aux dernières élections présidentielles françaises, pousse encore plus loin cette horizontalité: «Cette génération est avant tout celle d'une époque où l'on se sent plus en commun avec un jeune du Togo ou de l'Indonésie qu'avec un grand-père du fin fond de la Creuse.»

Cette horizontalité, c’est aussi une manière pour les jeunes d’affirmer leur rôles et de s‘imposer au sein des structures qui aujourd’hui ne leur donnent pas toujours les places qu’ils méritent.

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