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Notre télé au cadre flou

Gilbert Ouellette Président, Le Groupe Évolumédia inc.

Certains la défendent toujours avec passion. Ils nous rassurent en nous disant qu’elle est de plus en plus écoutée. Même que près de 90 % des gens le font en direct. D’autres enfoncent les menaces. Ils nous parlent, avec statistiques à l’appui aussi, des cord-cutters, des YouTubers, des Netflix de ce monde qui changeront la donne à tout jamais.

Lorsque l’on réunit dans la même salle des directeurs de programmes, des fournisseurs de services numériques, des producteurs transmédia, des opérateurs de vidéo en ligne et d’autres spécialistes de la télé et du multiécran, comme l’a fait Infopresse lors d’une conférence le 17 février dernier, on en ressort avec une perception un peu floue de ce que vit notre télévision.

D’un côté, pour faire face à la musique, les directeurs de programmes affichent une certaine assurance, mais veulent voir moins de règles et de contraintes pour avoir l’agilité nécessaire pour rejoindre la clientèle. Ironiquement, à peu près au même moment, Jean-Pierre Blais, président du CRTC, fustigeait sur la place publique les patrons des groupes médias, « propriétaires de yachts et d’hélicoptères », qui se plaignent le ventre plein, sans égards aux privilèges qu’ils ont d’avoir accès aux ondes.

À terme, on rêve même, comme l’a fait à voix haute Denis Dubois, directeur des programmes de Télé-Québec, d’une plateforme en ligne fédératrice de l’ensemble de l’offre télévisuelle québécoise.

D’un autre côté, on se projette dans un monde parallèle, guidé par ses propres logiques de nombres de vues (à coup de 250 millions par mois pour Watchmojo), des offres exclusives sur le web, de passerelles donnant accès à des contenus illégaux ou à tout le moins « non réglementés », ou encore, à des 2es écrans intelligents et contextuels (comme démontrés par LVL) ou d’autres de plus en plus virtuels.  

En marge de tout ça, il est à la limite rafraîchissant d’entendre Jean-Pierre Laurendeau, directeur principal programmation de Canal D et d’Investigation, défendre avec une passion tonitruante (en criant presque par moment) le contenu documentaire et ses stratégies de présence sur le terrain, lors des festivals et autres, pour assurer à Canal D toute sa pertinence au petit écran. Comme quoi le monde n’est pas que virtuel ou télévisuel.

De la réalité au rêve

Dans tout ce flou qui persiste, il y a tout de même des solutions qui se profilent, dès maintenant ou dans un monde plus utopique. L’application Bell Fibe, concoctée notamment par la firme québécoise Mirego, jette certainement les bases d’une solution intermédiaire permettant de consommer au même endroit, sur l’ensemble des écrans, plus de 450 chaînes en direct et sur demande en plus des services OTT comme Netflix.

pour faire face à la musique, les directeurs de programmes affichent une certaine assurance, mais veulent voir moins de règles et de contraintes. 
 

À terme, on rêve même, comme l’a fait à voix haute Denis Dubois, directeur des programmes de Télé-Québec, d’une plateforme en ligne fédératrice de l’ensemble de l’offre télévisuelle québécoise. Un Netflix « made in Québec » mettant de côté les rivalités des diffuseurs et permettant le partage des revenus en fonction de l’écoute.

Je ne sais pas si cette solution est la bonne ou, à tout le moins, viable. Mais face à la menace étrangère et à des changements brutaux de nos modèles en télévision, il est certainement temps que le Québec, tributaire d’un écosystème relativement fermé, s’éveille davantage aux nouvelles réalités de contenus-écrans. Parce que, chose certaine, en télévision comme dans d’autres secteurs, le reste de la planète n’attend pas que nous nous fassions une idée claire de la situation pour avancer. 

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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