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Ridé, calvitieux et créatif

Gabriel Allaire Concepteur-rédacteur, Havas Montréal

Faque apparemment, plus on vieillit, moins on est créatif. C’est du moins le résultat d'un récent sondage Crop qui «montre» que la créativité diminue avec l’âge. Je lis ça et je m’arrache les cheveux en pensant à toutes les têtes grises ou dégarnies – mais surtout extrêmement créatives – que j’ai dans mon entourage. J’ai le goût qu’on en jase.

La créativité devant soi

On est en 1975. Le célèbre prix Goncourt Romain Gary n’est plus lu. Les critiques le boudent. On le trouve vieillot, la plume pleine de poussière. Le 14 septembre de la même année, le jeune auteur Émile Ajar largue La vie devant soi. Applaudissements. Gloire. Prix Goncourt pour «cette voix si moderne». Puis, en 1980, Gary meurt, et avec lui, le mensonge d’Ajar. Ajar, c’était Gary. Gary le poussiéreux, le seul écrivain sacré deux fois Goncourt. Pas mal, pour un vieux.

On peut discuter longuement des «sommets créatifs», qui diffèrent souvent selon celui qui parle. Mais des histoires de créativité qui mûrit, y en a des tonnes.

Chez les artistes: Chet Baker, Henry Miller, Pablo Picasso, etc.
Chez les scientifiques et les inventeurs: Nicolas Joseph Cugnot, Clément Ader, mon boy Louis Pasteur, etc.
Mais de ces histoires, on en parle moins. Parce qu’on aime la yeunesse.

Si jeunesse savait

En bon rédacteur conséquent, je vais me contredire à l’instant. Dans mon dernier billet, j’écris que la publicité semble parfois bouder les jeunes. A contrario, je crois aussi qu’il y a un culte des beaux cheveux longs et du front lisse, lisse. «Découvrez la nouvelle sensation!» «Regardez ce jeune prodige!» Fougue, insouciance et fragilité: on aime la jeunesse pour tout ce qu’elle évoque. Et c’est ben correct.

Toutefois, l’âge a ses raisons que la jeunesse ignore. Mes mentors sont tous âgés de 40 à 55 ans. Et tellement créatifs, les mentors, qu’ils sont capables de me montrer, m’expliquer et m’enseigner la créativité. Pas pire, pour des vieux.

Un nouveau vieux concept

Ça fait que je dis ça, je dis rien… Mais peut-être que le maigre 15% des gens de 65 ans et plus qui considèrent très important de se sentir créatifs dans leurs activités quotidiennes s’explique par autre chose qu’une créativité atrophiée.

Peut-être qu’il s’explique par une démocratisation de la créativité. Et par une accessibilité accrue aux métiers dits créatifs. Peut-être que les raisons sont plus socioculturelles que liées à l’âge. Pas sûr que j’aurais pensé, dans mon Granby de jeunesse, à devenir rédac de pub si j’étais né 40 ans plus tôt. Je sais pas. Mais ce que je sais, c’est que dans 40 ans, je serai ridé, calvitieux et créatif. Et nous serons plusieurs.

Cela dit, je suis ben content de constater le gain de popularité que la créativité connaît. Taxe-moi de cheesy, mais je pense que tout l’monde l’est, imaginatif. Pour de vrai. Et je pense que la créativité est à l’esprit ce que le sport est au corps. Le jogging empêche que le ventre s’embonpointe de gras. Comme n’importe quelle activité créative empêche que la tête s’obèse d’idées flasques. Faque pour finir, le doc Gallaire te prescrit un petit 30 minutes d’activités créatives trois fois semaine. All right?

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

 

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