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Crise de talent dans le monde publicitaire: chronique d’un junior

Gabriel Allaire Concepteur-rédacteur, TP1

J’ai lu les textes récemment publiés (ici et ici) sur la crise de talent en pub. J’ai trouvé ça bien intéressant. J’ai le goût d’en jaser avec vous.
 

Évidemment, je ne connais pas les parcours de tous les métiers d’agence. Mais je peux vous entretenir un peu de ceux qui ont trait à la création.

Le talent
D’abord, il faut s’entendre sur la définition du mot sacré, le talent. Ça paraît tout con, mais c’est important. Le Larousse le conçoit comme une aptitude particulière à faire quelque chose. Et une aptitude, ça se développe. Le talent, c’est donc le reflet du temps passé à aiguiser ses compétences, peu souvent époustouflantes lorsqu’on reçoit le fameux Papier. On s’entend: rares sont les jeunes qui, au sortir de l’école, raflent tous les prix Créa, puis s’envolent vers Cannes.

Le talent, c’est le reflet du temps passé à aiguiser ses compétences, peu souvent époustouflantes lorsqu’on reçoit le fameux Papier. 

Pour comprendre la crise, attardons-nous à l’entredeux: le purgatoire entre l’école et le premier job. S’offrent aux nouveaux diplômés plusieurs possibilités pour se faire remarquer, notamment les stages et les initiatives comme Portfolio Night [NDLR: selon les renseignements actuels, l'événement n'aura pas lieu au Québec en 2016]. Observons-les.

Les portes d’entrée
Portfolio Night, pour l’étudiant qui me lit, est un événement où des professionnels d’expérience examinent tes idées. Je te le recommande fortement. Le hic, c’est que personne à l’école (du moins à la mienne) ne t’apprend à monter un portfolio. Parce que oui, la bonne création, ça s’apprend.

Peut-être devons-nous reconstruire les portes d’entrée.

Tu es donc soumis à l’examen, sans avoir reçu les cours préparatoires.
Alors, selon mon observation, il te faudra une année pour comprendre le jeu, puis une autre pour créer des pièces qui traduisent ton potentiel. Pour les stages, il faut une ouverture. Je connais bien des diplômés qui ont le poignet découragé à force de cogner à des portes fermées. Cela dit, l'on ne peut pas blâmer les agences: la gestion des stagiaires est assez chronophage. Le défi consiste à rencontrer la bonne personne au bon moment. Il faut persister, car les stages représentent une étape essentielle. Ils nous forment. Le vrai apprentissage commence lorsqu’on échange le banc de l’école pour la chaise de bureau.

En résumé, les stages peuvent être difficiles à obtenir; et les soirées de présentation de portfolio, inefficaces. Ne vous méprenez pas: je ne crois pas que l’occasion en or doit arriver sur un plateau d’argent – les jeunes diplômés doivent faire leur bout de chemin –, mais je pense qu’on pourrait élargir le pont qui relie l’école et le monde professionnel.

Peut-être devons-nous reconstruire les portes d’entrée.

les jeunes s’intéressent toujours à la pub. C’est la pub qui, parfois, semble moins s’intéresser aux jeunes.

Le Carré de sable
Quoi qu’il en soit, avec ces options, tailler sa place reste possible. J’ai tenté les deux. Moi qui pensais sortir du Portfolio Night avec l’embarras du choix, le choix s’est perdu et je me suis retrouvé avec seulement l’embarras. Mais j’ai tripé. Puis, un directeur de création venu tenir une conférence lors d’un cours (à la tienne, Sly) m’a donné une première chance. La publicité est une question de première chance.

Il m’a appris comment allier créativité et pertinence, ainsi que les codes de la pub. Règles qui, malgré mon diplôme, m’étaient toujours inconnues. Il m’a parlé d’un truc qui existait dans son temps, une initiative pas mal cool qui s’appelait Carré de sable. Un programme à l’approche pédagogique mis en place en 2003 chez Cossette par Ghislaine Fallu pour former de bons publicitaires. Sur ce point, je suis d’accord avec Arnaud Granata et Stéphane Mailhiot. Où sont les écoles spécialisées? Pourquoi le Carré de sable n’existe-t-il plus? Question de coût? De manque de candidats? Je ne saurais dire. Sly non plus.

Pour avoir côtoyé plusieurs étudiants, je peux l’affirmer: les jeunes s’intéressent toujours à la pub. C’est la pub qui, parfois, semble moins s’intéresser aux jeunes. Elle les aimerait plus expérimentés, plus talentueux. Mais, au risque de me répéter, le talent, ça se développe. Le travail est clé. Alors, au problème de crise, je répondrais: agences, cessez de chercher du talent, cherchez du potentiel. Et permettez au potentiel de devenir talent.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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