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Autopromotion ou casse-couille?

François Perreault Rédacteur, Pigiste

Intéressant exercice de Jimmy Berthelet que d'avoir récemment traité du départ de P.K. Subban de Montréal sous l’angle du branding, de l’image et même des relations intergénérationnelles au travail. Permettez-moi maintenant d'y apporter un autre point de vue.
 

Salutations à vous, M. Berthelet. J'ai lu avec attention votre récent commentaire sur l'échange de P.K. Subban, et j'aimerais maintenant y réagir.

Clairement, vous y affichez vos couleurs. D’un côté, Saint-Subban, un «défenseur élite et flamboyant (…). Un homme avec un sourire et un cœur énormes. (…) qui a gardé son cœur d’enfant à l’intérieur comme à l’extérieur de la patinoire. Un gars qui a du panache, du style (…)».

De l’autre, les méchants que sont Max Pacioretty «qui a le charisme d’un pneu», Michel Therrien «un entraîneur Neandertal» (…) et «un casseur de jambes», ainsi que le Canadien et sa «vieille culture conservatrice et étouffante». Sans oublier ces pauvres ploucs, qui vivent «dans un monde conservateur, plein de gros bras et de gros egos, et parfois un peu lents à évoluer».

Dieu merci, nous sommes à l’époque où les marques demandent désormais la permission plutôt que de s’inviter et de s’enfoncer dans nos gorges.

Comme à la lutte ou dans les films de James Bond, le bon, le plus-que-parfait héros est confronté aux salauds, aux vilains, aux tricheurs.

Certes, le béatifié Subban maîtrise fort bien l’art de la mise en valeur personnelle (on aurait souhaité qu’il maîtrise aussi l’art de couvrir son adversaire en zone défensive, mais bon…). Cela dit, et c’est là que le bât blesse, l’autopromotion devient vite indigeste pour ceux qui doivent la subir au quotidien. Dieu merci, nous sommes à l’époque où les marques demandent désormais la permission plutôt que de s’inviter et de s’enfoncer dans nos gorges.

À cet égard, Subban n’a jamais su tempérer ses ardeurs, encore moins les mettre en veilleuse là et quand cela devenait nécessaire. Enfiler pour les caméras une casquette à son propre nom pour les entrevues d’après-match, c’est assez éloquent comme démonstration de «je, me, moi».

Une telle propension à vouloir toujours être au centre d’attraction irritait manifestement ceux qui l’entouraient (ou devrais-je dire «ceux qui gravitaient autour de sa céleste personne»). Dans une équipe sportive, comme dans n’importe quel milieu de travail en fait, les nombrilistes sont plus une cause de frictions que de grandes étreintes remplies d’amour fraternel.

Une marque, qu’elle soit commerciale ou personnelle, ne gagne rien à s’imposer partout et tout le temps. La disruption, c’est une chose, l’envahissement, c’en est une autre. Chercher constamment l’attention et courir après les Kodak pour mettre sa face dedans, ça provoque chez autrui des haut-le-cœur (quelqu’un pourrait-il en glisser un mot à Denis Coderre?).

«Travaillez ensemble au lieu de vous confronter», dites-vous. Puis-je vous rappeler à ce chapitre que le mignon Subban s’est bagarré une demi-douzaine de fois avec des coéquipiers pendant des entraînements? Qu’il s’est disputé avec un entraîneur-adjoint sur le banc pendant un match? Qu’il a blâmé un modeste préposé à l’équipement pour une chute sur la glace qui a causé la défaite de son équipe? Avouez qu’on est loin de celui qui «dit les bonnes choses».

Une marque, qu’elle soit commerciale ou personnelle, ne gagne rien à s’imposer partout et tout le temps. La disruption, c’est une chose, l’envahissement, c’en est une autre.

«Travaillez ensemble», donc? Vous croyez qu’un enfant gâté avec un ego gros comme le Centre Bell peut faire preuve de suffisamment d’abnégation pour fonctionner avec coéquipiers, entraîneur et tutti quanti? On parle de celui qui a organisé une conférence de presse pour annoncer la création d’une fondation la veille du choix du nouveau capitaine du Canadien. À l’ère où l’on exige de l’authenticité des marques, plusieurs ont vu en cette opération un show de boucane machiavélique visant à influencer la décision, sinon à acheter le vote.

«Aujourd’hui, le monde a basculé», renchérissez-vous, prenant pour exemple la mise en marché du joueur de basketball LeBron James (mettre les noms de James et de Subban dans la même phrase devrait d’ailleurs vous valoir deux minutes au banc des punitions).

Pouvons-nous comparer les comparables, SVP? D’un côté, nous avons un triple champion et six fois finaliste de l’Association nationale de basketball, choisi quatre fois le joueur le plus utile à son équipe, sélectionné 10 fois sur la première équipe d’étoiles, 12 fois participant au match des étoiles, champion pointeur, recrue de l’année et athlète de l’année d’Associated Press et de Sports illustrated.

De l’autre, nous avons celui qui n’a même pas été sélectionné par l’équipe canadienne pour la prochaine Coupe du monde et que l’entraîneur a jugé moins nuisible à manger des hot-dogs sur la tribune de presse qu’à gaffer sur la glace lors des Jeux olympiques de 2014.

Si les marques personnelles triomphent, c’est parce que les athlètes concernés dominent leur sport ou leur ligue. Ce n’est pas du tout le cas de Subban, lointain 14e lors du scrutin visant à désigner le meilleur défenseur de la LNH la saison dernière.

Georges St-Pierre, Michael Jordan, Tiger Woods et Roger Federer sont devenus de véritables marques de commerce pas avec des coups de gueule ou de la flamboyance qui amusait la plèbe. Ils ont réussi parce qu’ils étaient à la fois performants dans leur discipline, respectés par leurs adversaires et vénérés par les fans. Or, aussi récemment qu’en mars dernier, Subban terminait deuxième dans un sondage mené auprès des joueurs de la LNH pour déterminer le plus surestimé d’entre eux. Et puis-je vous rappeler à quel point il est copieusement hué partout dans les arénas en Amérique? On repassera pour le respect et l’adoration.

Si les marques personnelles triomphent, c’est parce que les athlètes concernés dominent leur sport ou leur ligue. 

«Subban n’aime pas se faire dire quoi faire. Il a besoin de liberté. Il a besoin d’exprimer sa créativité. Il a besoin d’attention et d'encouragement», écrivez-vous en guise de conclusion. Cette inaltérable soif de liberté, de créativité et de douces caresses, si noble soit-elle, doit s’accompagner d’une compréhension de ce qu’est un groupe, une équipe, un milieu professionnel. Grand bien fasse à Subban de consacrer l’essentiel de son temps à soigner sa marque personnelle, mais quand celle-ci prime sur le reste, ça pose problème.

Alors que les bras des ex-Glorieux sont tendus bien haut pour passer le flambeau, ceux de Subban le sont aussi, mais pour prendre des selfies.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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