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Neil Young et Donald Trump dans la même salle

François Lachance Président et fondateur, Music Rights Clearance

Neil Young et Donald Trump dans la même salle? C’est pourtant ce qui arrive quand les organisateurs de messes politiques ne se gênent pas pour diffuser Rockin’ in the Free World ou un succès des Rolling Stones afin de galvaniser la foule. 

Les exemples se sont multipliés ces derniers mois. C’est aussi ce que plusieurs VP marketing vont faire pour accompagner leur présentation, dans une salle ou un centre des congrès. L’objectif demeure le même: capter l’attention pour activer une émotion.  

L’approche classique est de dire: «agissons en cowboy, croisons-nous les doigts, s’il y a des poursuites, on verra à trouver des solutions en temps et lieu. Ou alors, on dira que c’était la faute du stagiaire.»

Un artiste peut-il refuser l’utilisation de son titre? Oui, en général, mais des zones grises existent pour l’emploi d’un titre dans un amphithéâtre. La voie normale, c’est de contacter le détenteur des droits, d’obtenir son accord après avoir négocié un prix, puis de signer un contrat. Mais il y a beaucoup d’aveuglement volontaire. Des deux côtés, d’ailleurs. Mick Fleetwood a admis avoir volontairement fermé les yeux quand Bill Clinton employait illégalement Don’t Stop durant sa campagne électorale au début des années 90.

Dans le cas de l’utilisation du titre Born in the USA par Ronald Reagan, les gens oublient souvent que ce titre est tout le contraire d’un hymne à la gloire américaine. Cela explique la double colère de Springsteen dans ce cas ayant fait école. D’autres se font poursuivre parce qu’ils appliquent un angle ironique, comme la fois où le gouverneur Charlie Crist a utilisé Road to Nowhere des Talking Heads pour ridiculiser Marco Rubio. Résultat: une poursuite d’un million provenant du chanteur David Byrne.

La pointe de l’iceberg
Dans le cas d’une chanson propulsée dans un amphithéâtre avant le discours d’un politicien, l'on ne parle pas seulement des 15 000 personnes présentes. On parle de télédiffusion, de radiodiffusion, parfois mondiale, de certains segments, sans parler de certaines séquences en boucle, puis de l’empreinte éternelle sur YouTube et Vimeo, le tout relayé par des millions de personnes dans les médias sociaux. Les 15 000 personnes dans la salle, c’est la pointe de l’iceberg.

Le coût réel
Si le Bruce Springsteen décidait d’endosser un candidat, les agences devraient considérer l’achat unique pour diffusion unique. Dans le cas d’un titre à haut degré de notoriété, interprété par une mégastar, on peut penser à un montant supérieur à un million$. Les acheteurs pourraient cependant faire un meilleur marché en balisant la diffusion. Exemple fictif, les ayants droit de Queen auraient pu accepter un forfait à cinq millions$ pour diffuser We are the champions dans les amphithéâtres, durant toute la campagne d’Hillary Clinton, sans limites de fréquence ou de portée de diffusion.

Certains artistes évaluent mal l’impact positif d’un titre associé à la bonne marque ou au bon produit, lui-même associé au bon public.

La faute du stagiaire
Diffuser des succès dans une salle, à peu près tout le monde le fait. L’approche classique est de dire: «Agissons en cowboy, croisons-nous les doigts, s’il y a des poursuites, on verra à trouver des solutions en temps et lieu. Ou alors, on dira que c’était la faute du stagiaire.» C’est ainsi qu’au fil du temps se sont noués des duos improbables. Comme David Grohl et John McCain, MGMT et Sarkozy, Tom Petty et George W. Bush, Bruce Springsteen et Ronald Reagan, Donald Trump et Neil Young. Donald Trump et Adele. Donald Trump et...

La vidéo d'entreprise interne: illégal!
Pour les présentations internes ou en circuit fermé, plusieurs trichent et ne paient pas de droits. Ceux qui veulent agir légalement doivent suivre le même processus de libération de droits. C’est plutôt simple, rapide et pas si cher, dans la mesure où l'on connaît les étapes et savons frapper aux bonnes portes. Certains artistes évaluent mal l’impact positif d’un titre associé à la bonne marque ou au bon produit, lui-même associé au bon public. Même pour un cachet modeste, accepter la diffusion promotionnelle peut se transformer en investissement rentable. À 16 ans, l’artiste veut refaire le monde. À 26, il veut que le monde le reconnaisse. L’artiste en montée de carrière a donc tout intérêt à ajuster ses principes s’il veut progresser, surtout dans un contexte où les ventes d’album constituent aujourd’hui une portion très marginale des revenus d’édition musicale.  

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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