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Le Québec: le laboratoire du monde?

François Descarie Président, Substance stratégies

Soyons réalistes: sur le plan commercial, le Québec ne constitue pas réellement ce qu’on pourrait appeler une masse critique. 

Nous ne représentons en effet que 23% de la population canadienne et 2% de la population nord-américaine. Pire encore, ce pourcentage décroîtra probablement au cours des prochaines années.

Et si c’était notre mise en marché qui était déficiente?

On peut continuer de se plaindre en disant que les sièges sociaux sont ailleurs et que nos Ph. D. s’apprêtent à en faire de même. Que nous n’attirons pas suffisamment d’investissements étrangers et que New York, Toronto ou même Calgary récoltent toujours l’attention et les fonds des investisseurs.

Et si c’était notre faute? Et si c’était notre mise en marché qui était déficiente?

Prenons le positionnement. Ou plutôt l’absence de positionnement du Québec. Quand une marque (oui, le Québec est une marque, pas seulement touristique) n’a pas choisi d’occuper une place précise dans l’esprit de son groupe cible (les investisseurs) et qu’elle n’agit pas de façon cohérente, les événements extérieurs s’occupent alors de définir son image au fil des mois et des années.

Ainsi, le Québec s’est longtemps positionné (malgré lui, peut-être) comme un lieu où l’on exploitait les ressources naturelles. Certaines méchantes langues pourraient dire que c’est encore le cas aujourd’hui (que ce soit avec l’exploitation des minerais dans le nord ou du gaz de schiste à Anticosti). Avec la tertiarisation de l’économie en général, disons que ce n’est peut-être pas la voie la plus porteuse pour l’avenir.

Pourquoi ne pas positionner le Québec comme le lieu où l’on essaie des choses?

J’ai une proposition pour nous. Pourquoi ne pas positionner le Québec comme le lieu où l’on essaie des choses, où l’on teste des produits, des processus, voire des idées? Bref, le Québec comme laboratoire à échelle humaine, mais destiné à toute la planète.

Le potentiel est immense. Il transcende plusieurs catégories de produits et de services. Il n’a pas à se limiter à un groupe précis de la population. Il peut autant attirer des entreprises françaises, allemandes ou américaines.

Nous avons tout ce qu’il faut pour réussir ce Québec lab. Autant la masse critique est notre point faible en général, autant nos huit millions d'habitants constituent une taille intéressante pour un marché-test. Notre population est suffisamment scolarisée et nantie pour être représentative de plusieurs pays développés. Mieux encore, le Québec dispose de ses propres médias, et leur débordement vers les marchés contigus serait minime (la barrière de la langue aidant). Vu autrement, profitons de notre isolation relative.

En plus de stimuler l’activité économique et de créer une nouvelle culture de l’innovation, cette stratégie générerait d’autres effets collatéraux importants:

  • elle placerait le Québec au centre d’un réseau de pays et d’entreprises innovants.
  • elle démontrerait l’ouverture générale du Québec et des Québécois à accueillir les idées, entreprises et gens venant d’ailleurs.
  • elle ferait travailler des entreprises et des artisans d’ici pour coordonner le tout en plus d’adapter les produits et les communications.
  • elle stimulerait les entrepreneurs du Québec à générer eux-mêmes des projets tout aussi inventifs, ici ou ailleurs.

Ce projet n’est pas aussi utopique qu’il en a l’air. Pour se concrétiser, il n’a pas autant besoin d’argent que de la fameuse volonté politique. Il pourrait même devenir un projet de société et fournir du contenu à nos politiciens lorsque vient le temps de faire mousser le Québec à l’étranger. En tout cas, c’est une idée; et des idées, on en a bien besoin...

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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