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Lettre à Monsieur B

François Descarie Président, Substance stratégies

Bonjour, cher patron né de 1946 à 1965 (puisque tu n’aimes pas trop les expressions anglaises comme boomer).

Je sais que tu aurais préféré que je prenne rendez-vous plutôt que d’arriver comme cela, à l’improviste, dans ton bureau alors que tu prépares ton prochain voyage de golf. Mais tu as toujours voulu que je te tutoie, que nous soyons proches. J’ai donc le sentiment qu’on peut se parler sans cérémonie.

Cette fois, contrairement à tes attentes, je ne vais pas parler de moi. Je te causerai plutôt de nous. De nous, les Gen Y, mais aussi de nos deux générations. À titre d’intro et comme tu aimes les citations, je t’en livre une de George Orwell: «Chaque génération se croit plus intelligente que la précédente et plus sage que la suivante.»

Cher B, quand tu dis que tu comprends d’où l'on arrive, tu sembles oublier un léger détail. C’est toi qui, avec tes contemporains, avez élevé les Gen Y. C’est toi qui nous branchais devant la télévision pour avoir la paix, c’est toi qui nous laissais à la garderie 12 heures par jour et c’est toujours toi qui compensais ton absence en nous couvrant de cadeaux.

C’est aussi un peu toi qui, pour amoindrir ton sentiment de culpabilité, répondait à nos besoins mais aussi à nos désirs, avant même que nous les manifestions. Au fond, tu nous as donné ce que tu aurais aimé recevoir.

Depuis que tu m’as parlé, j’ai effectué certaines recherches sur internet tout en causant avec tes parents. C’est ironique, vois-tu, car tes parents pensaient exactement ce que tu penses de moi il y a 30 ans. Comme quoi ton vieillissement et ton souvenir sont inversement proportionnels.

Mais parlons travail maintenant. C’est vrai que nous ne sommes pas la génération la plus patiente. Mais comprends-tu que le temps presse? Il presse pour que nous sauvions l’environnement, que nous réduisions l’écart entre les (très) riches et les pauvres, il presse pour qu’on atteigne un équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle (un domaine où vous avez plutôt raté votre coup).

Je comprends que tu cherches à conserver le statu quo. Il t’avantage.
Je comprends que tu résistes au changement. Plus on vieillit et moins on veut changer.
Je comprends que tu veuilles nous faire attendre, car c’est ce qui t’es arrivé.

Mais les temps changent, B, l’information circule en temps réel. Sur bien des aspects malheureusement, j’en sais plus que toi. C’est vrai que les principes tiennent, mais les tiens ne s’appliquent pas toujours quand vient le temps de communiquer sur les réseaux sociaux avec les millenials ou d’optimiser ton site web pour les moteurs de recherche.

J’ai vite compris notre business, B. Je connais notre chiffre d’affaires, notre marge de profit et je déduis même ton salaire. Je sais que tu as besoin de ma génération pour que cela fonctionne. Nous ne sommes pas du cheap labor, mais nous sommes prêts à travailler davantage si le travail a un sens pour nous. Et ne t’en fais pas, quand notre vie personnelle se placera, l'on te ressemblera un peu plus.

En terminant, la semaine passée, je songeais à démissionner, mais tu sais quoi: j’ai changé d’idée. J’aimerais plutôt qu’on devienne associés... ensemble.

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