La référence des professionnels
des communications et du design

Quand les astres s’alignent, les dons explosent en ligne

François Descarie Président, Substance stratégies

Si Kim Kardashian a «brisé Internet» pour les mauvaises raisons (je ne vous donne même pas de liens pour constater), c’est Gabriel Nadeau-Dubois qui fait la manchette cette semaine.

Rappelons les faits: GND (pour les intimes) a remporté le 18 novembre la bourse de 25 000$ associée à l'un des prix littéraires du Gouverneur général. Or, accepter un prix en argent d’un organisme fédéral n’est pas «naturel» pour un militant souverainiste. Plutôt que de simplement (j’allais écrire bêtement) refuser le prix, GND l’a accepté, mais a décidé de redonner la somme à la cause sociale «Coule pas chez nous», un regroupement de citoyens (sic) contre le projet d’oléoduc Énergie Est. Mieux encore, le 20 novembre, de passage à l’émission Tout le monde en parle, il a invité les Québécois à doubler sa contribution par une campagne de sociofinancement numérique. Il espère recueillir 50 000$ pour s’opposer à TransCanada, l’entreprise pilotant le projet.

Cinq jours plus tard, on avait déjà récolté 300 000$. Ou 14 millions$ si nous étions aux États-Unis.

Comment expliquer ce succès? Comment comprendre cette soudaine générosité des Québécois?

À ce jour (comme un volcan, il est toujours difficile d’analyser un phénomène en activité), nous avons identifié six grands facteurs qui peuvent l'expliquer.

1- La préparation

Contrairement à ce que suggère la chronologie des événements, GND savait depuis quelques semaines qu’il gagnerait le prix. Il a donc pu orchestrer cette campagne de relations publiques avec un peu de temps devant lui.

2- La technologie numérique

Non seulement le web permet-il de diffuser la nouvelle comme jamais, mais les possibilités de recueillir facilement les sommes, petites ou grandes, avec les plateformes numériques permettent aux citoyens de laisser parler leurs émotions et leurs portefeuilles. Dans le cas qui nous intéresse, le site est simple, épuré et n’a qu’un seul but: récolter des fonds. La mise en valeur du montant total recueilli illustre notre propos (il a d’ailleurs grimpé de 10 000$ depuis le début de la rédaction de ce texte!).

3- Le tremplin traditionnel

Si Tout le monde en parle n’est plus l’émission la plus écoutée sur une fréquence hebdomadaire au Québec (Unité 9 détient ce titre), elle attire tout de même de 1,2 à 1,4 million de Québécois. Son profil d’auditoire est relativement nanti et plus politisé (je vous laisse supputer sur les tendances politiques de l’émission et de ses animateurs). Cela dit, les 15 minutes consenties par GND valent plusieurs centaines de milliers de dollars en équivalence publicitaire.

4- La cause en elle-même

Plusieurs Québécois craignent les accidents et les conséquences environnementales du transport du pétrole. Les risques se transforment parfois en catastrophes, et le traumatisme de Lac-Mégantic est encore frais dans la psyché québécoise.

5- La personnification des archétypes

Dans toute histoire, les scénaristes vous diront qu’on a besoin d’un bon et d’un méchant. Du côté des bons, l'on retrouve GND, beau gosse aux yeux bleus, charismatique, articulé et fort connu du grand public depuis le printemps érable (c’était d’ailleurs la quatrième fois qu’il était invité à Tout le monde en parle, ce qui n’est jamais mauvais pour son taux de notoriété). Du côté des méchants, l'on a une entreprise sans visage, qui n’est pas d’ici, qui vend du pétrole malpropre (et non pas de la belle électricité propre et claire comme l’eau de roche). Comble de malchance, elle a vu son plan de communication couler dans la semaine qui précédait l’apparition de l’ex-porte-parole des carrés rouges.

6- L’insatisfaction face aux politiques d’austérité

Le gouvernement Couillard souhaite, comme bien des Québécois, retrouver l’équilibre budgétaire. Or, entre le principe et son exécution, il y a une marge. Conséquences: des groupes d’insatisfaits et de pression. Et parlant de pression, celle-ci recherche les exutoires. Doublonslamise.com en est un.

En résumé

Bien malin celui qui pourra prédire le montant final de la collecte de fonds «Doublons la mise». Notre expérience en diffusion de contenu, qui s’apparente quelquefois à l’épidémiologie, indique que rien n’est joué. En fait, la reprise dans les médias traditionnels déterminera le résultat final. Chose certaine:

·  l’organisme Coulepascheznous vient de sortir de l’ombre.
·  Gabriel Nadeau-Dubois augmente et enrichit son capital politique.
·  l’histoire sur le cas gagnera en importance (par rapport à la cause elle-même)
·  les questions de gouvernance face à l’initiative vont commencer à pleuvoir

Ce qu’on sait aussi, c’est que plusieurs seront conscientisés par la force d’un groupe. C’est un premier pas. Ce qui est moins certain, c’est de voir jusqu’à quel point les citoyens se mobiliseront réellement. Mais ça, c’est une autre histoire.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

comments powered by Disqus