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Vers un web mobile sans application?

Fabien Loszach Directeur de la stratégie interactive, Brad

Année après année, nous passons plus de temps sur nos téléphones intelligents. En 2015 au Canada, 51 % de l'achalandage en ligne été mobile. Avec un achalandage web mobile en pleine croissance, toutes les organisations et entreprises sont un jour confrontées à la même question: que choisir entre une application web et une application native?
 

Les dernières annonces des géants des technologies laissent présager de grandes transformations dans le secteur.

Dans la biographie qu’il consacre à Steve Jobs, Walter Isaacson raconte qu’en 2007, lorsqu’il a lancé l'iPhone, le grand manitou de Cuppertino était opposé aux applications tierces (le premier iPhone était une plateforme fermée sans environnement de développement). La solution? Des applications web, fonctionnant sur Safari (ici).

Devant le succès du premier iPhone et la perspective pécuniaire que représentait le marché des applications, Steve Jobs a fini par changer son fusil d’épaule. En octobre de la même année, il annonçait la sortie d’un ensemble de développement pour l'iPhone, puis lançait l'App Store en juillet 2008.   

«le marché applicatif est à la croisée des chemins: même si 85% du temps passé sur mobile l’est sur des applications, seulement cinq sont véritablement utilisées.»

L’expression «There is an app for that» décrira bien la tendance dominante des premières années de l’ère mobile (de 2008 à 2012): celle de proposer pour chaque problème, chaque offre, chaque modèle d’affaires une application. Le modèle de distribution centralisé dans des magasins comme iTunes App Store ou Google Play a permis à Apple et Google de créer un écosystème infini et d’amasser des sommes considérables.

Les applications natives sont souvent privilégiées pour plusieurs raisons: elles sont rapides, exploitent les fonctionnalités du mobile (Girsocope, appareil, photo, notifications, etc.) et ont peu de concurrence (les sites mobiles ou m.site accumulent les désagréments; ils sont lents, compliqués à gérer et, finalement, peu efficaces).

Le développement du HTML5 va freiner la logique du tout applicatif avec des solutions flexibles, moins dispendieuses et accessibles sur tous les navigateurs mobiles, peu importe la plateforme. De plus, le HTML 5 permet d’utiliser certaines fonctionnalités du téléphone, notamment la géolocalisation.

Aujourd’hui, le marché applicatif est à la croisée des chemins: même si 85% du temps passé sur mobile l’est sur des applications, seulement cinq sont véritablement utilisées, comme les courriels, les services de messagerie, les réseaux sociaux et les jeux.

La multiplication exponentielle du nombre d’applicationS a paradoxalement nui à la santé de l’écosystème applicatif.

Aujourd’hui, les consommateurs sont beaucoup plus réticents à télécharger une application. Cela est bien résumé par Donny Reynolds de l’Université de Berkeley: «Our home screens are the new San Francisco — space is at a premium». Selon comScore, les deux tiers des mobinautes américains n’ont téléchargé aucune application dans le dernier mois...

La multiplication exponentielle du nombre d’applications a paradoxalement nui à la santé de l’écosystème applicatif: dans le dédale des magasins d’applications, il est aujourd’hui très difficile de faire connaitre son application et de la faire télécharger. Enfin, malgré des avancées en matière de deep linking et d’indexation, la découverte du contenu dans les applications depuis le web reste problématique.

Que veut le grand public aujourd’hui? Des applications rapides, qui n’ont pas besoin d’être installées, neutres en matière de plateforme et dont le contenu peut facilement être indexable par les moteurs de recherche.

Une piste de solution sérieuse a été présentée en juin 2015 par Alex Russel de Google. Les Progressive Web Apps sont une nouvelle approche hybride qui élimine les inconvénients des applications natives en reposant sur ce qui fait la force du web. Ces applications ne seront plus téléchargeables depuis un app store, mais accessibles depuis un site. Et elles donneront accès à toutes les fonctionnalités des applications mobiles (notification, gestion des connexions hors ligne, etc.) tout en garantissant ce qui fait la force du web (liens hypertextes, technologies standards, neutralité). Nous ne sommes finalement pas très loin de la vision de Steve Jobs…

La vision ouverte et neutre des progressive web apps s’oppose toutefois à une logique plus monopolistique de la mobilité. Partant du principe que la meilleure application, c’est celle qu’on possède déjà, Facebook et son 1,55 milliard d’utilisateurs actifs, dont 70% sur mobile, cherche à dominer de l’intérieur le marché applicatif.

Désormais, Facebook représente 22% du temps passé sur mobile aux États-Unis et veut tabler sur cette domination pour bâtir une superplateforme hébergeant toutes les interactions mobiles. Rappelons-nous que Facebook avait prévu lancer un système d’exploitation mobile.

Que veut le grand public? Des applications rapides, qui n’ont pas besoin d’être installées, neutres en MATIÈRE de plateforme, et dont le contenu peut facilement être indexable par les moteurs de recherche.

Facebook veut renforcer son rôle de plateforme de découverte et de partage de l’information en généralisant le format Instant Article, qui permet de diffuser sur la plateforme des articles optimisés pour le mobile se téléchargeant rapidement (Google travaille de son côté à une solution similaire nommée Accelerated Mobile Pages Project, AMP). Selon le Cefrio, 58% des adultes québécois ont affirmé accéder à des nouvelles à l’aide d’un appareil mobile à une fréquence hebdomadaire.

Mais Facebook, c’est aussi Messenger, une application qui réunit 900 millions d’utilisateurs actifs et qui a bien l’intention d’avaler une autre part du marché applicatif. Lors de la dernière conférence des développeurs, Facebook a annoncé le lancement des Bots, c’est-à-dire des intelligences artificielles, simulant une conversation humaine, directement intégrées au système de messagerie instantanée.

Les «bots» devront permettre aux utilisateurs d’interagir avec des marques ou des médias, d’acheter en ligne, de faire des réservations ou des commandes. Pour Mark Zuckerberg, «il doit être aussi facile de dialoguer avec une entreprise qu'avec un ami».

L’arrivée des «bots» sur Facebook Messenger annonce un nouveau bouleversement dans le secteur des applications mobiles. Rappelons que ce marché n’est vieux que de huit ans.

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Fabien Loszach animera la formation Intégrer le marketing mobile dans une stratégie multicanal le 4 mai prochain au Campus Infopresse.  

 

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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