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La peste

Dominique Trudeau Président, Couleur locale

Ça sent la pourriture. La gangrène. Juste comme ça, l’espace d’une semaine, les relents de racisme, de misogynie et de bigoterie, autrefois relégués à nos bas-fonds et à nos poubelles, sont devenus pestilentiels. Chaque jour amène son lot de puanteur fétide.

Je suis désolé
Je n'ai que deux pieds
Je n'ai que deux pieds
Franchement désolé
- Deux pieds, Thomas Fersen

 

À croire que ça s’attrape en respirant l’air ambiant. Le résultat de l’élection présidentielle américaine n’a pas que réveillé un tas d’imbéciles, elle les a cautionnés. Nice job. Je peux difficilement rester muet devant ce grand tas de merde monumental.

Oh, je ne suis pas colon, pas tant. Je sais bien qu’ils étaient tous là déjà, bien vivants, la grande majorité en hibernation prolongée. Et pas que là-bas, ici aussi. Dans notre propre cour. Certains montraient déjà le nez. Nous, les bien-pensants, quelques journalistes et la grand-messe du dimanche soir, on les rabrouait un peu. On a été outré comme du monde. Aille toi, chose, quand même, ça suffit. Ils reculaient un peu dans leurs trous, s’assurant quand même de laisser dépasser leurs groins malodorants. On était fier pet d’avoir fait notre job.

dorénavant, la grossièreté s’invite au grand jour. Dans nos salons, au travail, dans nos réseaux sociaux, dans nos tranchées.

Ben non. Faut pas trop se trouver bon tout de suite. La job commence drette-là. Une chance qu’on s’a, vous et moi. Je vous dis. On a du pain sur la planche en joual vert.

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À la guerre comme à la guerre

La boue, ça s’infiltre partout. Nous l’avons vu, dorénavant, la grossièreté s’invite au grand jour. Dans nos salons, au travail, dans nos réseaux sociaux, dans nos tranchées. Mais souvent aussi au détour d’un geste, d’une décision, d’une allusion. Dans les conversations les plus anodines. Dans notre quotidien.

J’ai dit une chance qu’on s’a plus haut. Mets-en. On va combattre la moronnerie ambiante, la bêtise rampante. Watch out. Mais attention, la morronerie n’a pas toujours la gueule de l’emploi, c’est plus subtil que ça, la connerie.

Je suis fâché. Vraiment. En beau fusil. Tant d’années de luttes pour le droit et l’égalité des femmes, Pour le droit à l’avortement. Pour la liberté d’être et penser. Pour la liberté de religion. Pour nos libertés individuelles. Pour être celui ou celle qu’on veut être vraiment. Hétéro, homo, trans, name it. Pour une société juste et inclusive. Ce n’est pas aujourd’hui qu’on va lâcher le morceau. No fucking way. Il y a résistance. Vous n’avez pas idée. Car rien n’est jamais acquis. Surtout pas par les temps qui courent. Pour ça, il vaut être ensemble. Pour se battre à bras ouvert. À cœur ouvert.

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Je n’ai que deux pieds

Seul ensemble, c’est pas assez. Seul ensemble, on s’agite, on s’excite. On a l’impression de participer, de faire une différence. On relaye la nouvelle. On dit notre opinion. Elle est belle, notre opinion. Oui, oui. Ça fait beau sur son mur. Ça fait joli.

À la maison, entre amis, au bureau, à plusieurs, nous pouvons réellement faire une différence. En refusant catégoriquement tout comportement entraînant la discrimination et le mépris de l’autre. En refusant aussi catégoriquement la banalisation de la connerie.

Nous ne cautionnerons jamais la haine.

En tant que communicateurs, que publicitaires, nous sommes sur la première ligne de front. Ensemble, nous avons énormément d’ascendance sur la société. De pouvoir d’influence. De pouvoir. Et avec le pouvoir viennent de grandes responsabilités. Ne l’oubliez jamais.

En tant que communicateurs, que publicitaireS, nous sommes sur la première ligne de front.

Nous ne jouerons jamais le jeu de la complaisance. Nous n’allons jamais encourager une pensée ou des comportements qui vont à l’encontre de nos valeurs fondamentales. Et cela, autant dans nos interactions, avec les collègues ou avec nos clients, que dans nos décisions quotidiennes. Nous ne serons jamais le porte-voix d’une idéologie destructive, exclusive. Dans notre travail ou dans notre manière de faire.

Je n’ai que deux pieds. Mais c’est pas une raison. Je sais que nous sommes une méchante belle gang. Une belle grosse gang. Nous ne baisserons jamais les armes du cœur et de la tête. Pas nous. Dites-le moi.

Rassurez-moi.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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