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Les agences: quand un chat c’t’un chat

Dominique Trudeau Président, Couleur locale

Il faut appeler les choses par leur nom: c’est cette petite perle de sagesse populaire qui donnera le ton à cette chronique. Alors, parlons des agences de publicité.

D’abord, il y a celle du XXe siècle encore parmi nous. Elle est grosse ou relativement grosse, habituellement située au centre-ville ou dans un quartier branché. Elle est parfois indépendante, mais habituellement, elle appartient à un réseau mondial étranger. Elle est née dans le XIXe, mais a connu ses heures de gloire au XXe. L’unique raison d’être de l’agence du XXe, et ce qu’elle a fait d’une façon spectaculaire, était de mettre en marché la société de consommation comme nous la connaissons et nous la vivons encore aujourd’hui.

Sa préoccupation principale, sa propre survie économique, l’empêche bien souvent de gérer convenablement ses ressources humaines et de créer des milieux de travail sains

D’abord (bis), il y a celle du XXe siècle qui peine à survivre dans le XXIe. Elle est souvent trop grosse et habituellement située où le pied carré coûte très cher. Elle est parfois indépendante, mais habituellement, elle appartient à un réseau mondial étranger ou elle en fera partie bientôt. Elle repose sur un modèle économique de plus en plus désuet, mal adapté aux réalités des marchés et aux besoins nouveaux de sa clientèle. Son coût d’exploitation est exorbitant et ses factures sont salées. Sa préoccupation principale, sa propre survie économique, l’empêche bien souvent de gérer convenablement ses ressources humaines et de créer des milieux de travail sains, où les artisans du métier peuvent évoluer et s’épanouir. Elle tente vainement de se réinventer depuis la fin du XXe sans toutefois retrouver le lustre de son âge d’or passé. Elle croit dur comme fer que sa réinvention, sa rédemption, est uniquement une affaire de structure et d’offres de services. C’est son talon d’Achille et c’est ce qui annonce son immanquable déclin.

Oui, oui, je sais. Votre agence traditionnelle est unique, en parfaite harmonie avec notre société. Bravo. Sincèrement. J’ai bien hâte de mieux la connaître. Et qui sait, de peut-être collaborer avec elle.

Ensuite, il y a l’agence du début du XXIe siècle. Elle est née avec et par internet et les nouveaux médias. Elle est jeune et elle se cherche. Ses nombreuses métamorphoses caractérisent donc ses premières années, son enfance si l'on veut. Elle fut studio multimédia, boîte interactive et dorénavant boîte numérique et sociale. Elle s’autoproclama agence. Elle est agile et extrêmement connaissante. Elle est à l’avant-garde des nouvelles technologies et à l’écoute des nouvelles générations de consommateurs. Elle est bien souvent d’ici.

son dévouement et sa foi aveugle envers la technologie la rendent malheureusement inapte à utiliser d’autres moyens de communication

Ensuite (bis), il y a l’agence inachevée du début du XXIe siècle. Elle est bidirectionnelle de par sa nature technologique et par la nécessité de parler aux Y. D’ailleurs, son dévouement et sa foi aveugle envers la technologie la rendent malheureusement inapte à utiliser d’autres moyens de communication que ceux qui l’ont engendrée. Elle s’autoproclama agence beaucoup trop tôt, sans vraiment posséder le savoir-faire et la maîtrise de l’art fin de la mise en marché. Elle tend à imiter le modèle d’affaires et la structure organisationnelle et physique des agences du XXe. Aussi, elle participe encore, et contre toutes attentes, à propulser la société de consommation du XXe siècle. Au lieu de tenter la changer, de la modeler. Elle en a pourtant les moyens. Mais elle n’en en pas encore l’idée.

Oui, oui, je sais, je sais. Votre agence numérique est unique, en parfaite harmonie avec notre société, réelle et virtuelle. Bravo. Sincèrement. Oui, oui, c’est vrai. J’ai bien hâte de mieux la connaître et de m’en inspirer. Et de bosser avec elle, naturellement.

Sa valeur ne se mesure pas à son pied carré ni à son nombre d’employés, mais bien à sa capacité d’avoir un impact structurant

Enfin, il y a l’agence du XXIe siècle. Celle qui existe déjà ici et là, et celle qui sera. En plein contrôle de tous les moyens mis à sa disposition - d’ailleurs vastes et nombreux -, elle aura la volonté ferme et la capacité d’être un acteur de changement positif. Elle existe dans l’unique but d’engendrer et de propulser une AUTRE société de consommation, celle en synchronisme avec les aspirations des nouvelles générations de consommateurs et avec les réalités économiques, sociales et environnementales de ce nouveau siècle. Elle est de nature purement collaboratrice, car elle consiste en fait en un vaste de réseaux de professionnels, d’artisans, de clients et de consommateurs. Elle est à la fois «tangible» et «virtuelle» et déjà active dans le design et la pub. Son coût d’exploitation est minime, ce qui a un effet direct et ce qui baisse la «facture» de ses clients. Sa valeur ne se mesure pas à son pied carré ni à son nombre d’employés, mais bien à sa capacité d’avoir un impact structurant auprès de ses clients, tant au chapitre de leurs performances économiques que «sociales». Bref, elle a le vent dans les voiles, et tous sont sur le pont, artisans, clients et consommateurs, à réellement travailler ensemble pour la toute première fois.

Enfin (bref), il y a l’agence du XXIe siècle.

Ah oui? Votre agence fait déjà ça? Bravo. J’en suis bien aise. C’est très bien et ce n’est pas trop tôt.

Parce qu’un chat c’t’un chat, et qu’il a neuf vies, je vais finir par ceci: votre agence peut être un acteur de changement de notre société. C’est à elle - et à vous - d’en décider ainsi, puis d’en réaliser les changements pour l’être, vraiment.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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