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Vos jeunes collègues seront jeunes plus longtemps qu'ils seront vos collègues

Delphine Poux Directrice générale, Vice Québec

Dans le bureau montréalais de Vice, nous sommes une trentaine d’employés, et 75% ont moins de 35 ans. La plus récente membre de notre équipe s’appelle Caroline (le prénom a bien entendu été changé), elle a 27 ans, est diplômée de l’Uqam en communication et en est à son troisième emploi dans l’univers des médias.

Quand je suis arrivée sur le marché du travail, l’idée était de rester de cinq à 10 ans dans la même entreprise avant d’envisager d’aller voir chez le voisin si l’herbe était plus verte. Aujourd’hui, la donne a changé. Je savais lorsque j’ai engagé Caroline qu’elle travaillerait chez Vice environ trois ans, pas beaucoup plus. C’est la norme, c’est sa réalité.

Du coup, en toute logique, sa manière d’approcher son boulot est plus calculée que celle que j’avais. Philosophiquement, Caroline ne travaille pas pour Vice, elle travaille pour «Caroline inc.» Et ses trois ans chez Vice, elle veut les maximiser. Ce qui va compter pour elle, c’est ce que je vais faire en tant qu’employeur durant ses trois ans pour lui fournir les connaissances dont elle a besoin pour se préparer à la job qu’elle décrochera après son passage chez nous. Plus que jamais, la notion de parcours professionnel prend littéralement tout son sens.

La question à se poser, en tant qu’employeur, c’est: Qu’est-ce que je vais pouvoir apporter à Caroline pour qu’elle m’en redonne autant, sinon plus? Parce que oui, il faut donner. Donner pour recevoir. Et ça en vaut le coup, n’allez pas penser le contraire.

Caroline ne s’en cache pas: elle sollicite mon coaching, elle veut apprendre de mes erreurs (elle est plus maline que moi à son âge…). Sauf que Caroline apprend de moi autant que moi, j’apprends d’elle. Ici, l'on n’est plus dans l’autorité de la hiérarchie: elle me challenge, elle me contredit même. Il ne faut pas s’en offusquer: elle me donne l’occasion de me décrotter et de voir les choses sous un angle nouveau.

Elle me pousse hors de la zone de confort dans laquelle je me suis installée et que j’aime entretenir. Elle me dérange, et je ne suis pas habituée à ça. Jamais je n’aurais osé élever la voix ainsi à son âge. Elle a peut-être tort dans son raisonnement, mais, au moins, elle ouvre la porte à une autre façon de voir les choses. Elle déboulonne mes certitudes. Personne n’aime ça, surtout quand c’est quelqu’un de 10 ans de moins qui se permet de le faire. Mais, au fond de moi, je lui envie cette confiance. J’ai hâte de voir quel genre de boss elle deviendra.

S’il me revient de prendre les décisions, celles-ci sont plus éclairées que si Caroline n’avait pas eu une voix dans mon équipe. En tant que marque, en tant qu’équipe, on en ressort plus fort. En fin de compte, c’est gagnant-gagnant.

Parce que c’est aussi ça, la diversité: la diversité d’âge dans les équipes. Et souvent, elle existe déjà au sein de la vôtre. Si vous cherchez à comprendre «les jeunes», arrêtez de lire sur Caroline et parlez plutôt avec elle.

 

 

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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