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Le jour où je serai remplacé par un algorithme

Charles Di Gaetano Concepteur-rédacteur, Brad

Il faut bien être en vacances familiales dans le sud de l’Ontario pour avoir une épiphanie sur l'avenir de son métier. Les deux pieds dans l’eau frette, j'ai constaté qu’un jour, je serai remplacé par une machine qui sera meilleure que moi.

C’est facile de constater le sort de certaines professions. Dans un avenir à court terme, il n’y aura plus de chauffeurs de taxi, de conducteurs d’autobus, de camionneurs; ce sera l’ère de l’auto-conduite. Et l'on y sera bientôt.

«À écouter les journalistes et les spécialistes technos, une pléthore de métiers seront bientôt éclipsés par les intelligences artificielles.»

À écouter les journalistes et les spécialistes technologiques, une pléthore de métiers (pas seulement ceux qui nécessitent de tenir un volant et de n'écraser personne) seront bientôt éclipsés par les intelligences artificielles. On parle de comptables remplacés par des machines, d’actuaires substitués par des algorithmes, d’avocats, de radiologues et même de politiciens troqués pour des robots.

Mais nous, publicitaires, nous sommes différents de ces professions qu’on peut remplacer par quelques fonctions bien utilisées dans Excel. Nous sommes des créatifs! Et cet influx artistique ne peut être mis au monde que par de la vraie matière grise!

Et si…

Parce qu’en fait, la machine est capable de créer et est capable de prouesse artistique. Peut-être que nous nous émouvrions toujours et uniquement face à la création humaine, mais pour paraphraser la fameuse vidéo Dans la publicité: «La différence avec les artistes, c’est qu’on n’est pas des artistes.»

«Créer un slogan, trouver un nom de produit, produire le design de tel logo, ça s’apprend, et ça s’enseigne à un ordinateur.»

Notre travail en agence ne consiste ni plus ni moins à traiter d’une façon assez logique les demandes de nos clients annonceurs. Créer un slogan, trouver un nom de produit, produire le design de tel logo, décliner 1800 formats de bannières Web, ça s’apprend, et ça s’enseigne à un ordinateur.

Je vois déjà une grande société internationale se procurer son premier robot. Quel employé il sera! À lui seul, il pourra analyser la marque, faire du benchmark de la concurrence, définir les messages-clés, élaborer la stratégie, optimiser les investissements, planifier les médias, faire la création, décliner, livrer… le tout en quelques secondes.

En plus, cet incroyable one-man army travaillera jour et nuit, le weekend itou, sera extrêmement logique dans ses argumentaires et – le comble – n’aura pas un caractère de chien lorsqu’on critiquera sa création chérie d’amour. Un employé modèle, quoi!

Au début, il sera un peu lent et prévisible. On rira nerveusement devant ses soi-disant chefs-d’œuvre en se tapant dans le dos et en se rassurant que notre métier est loin d’être menacé!

Mais un jour… un jour, après avoir épluché au grand complet les sites d’Archives, d'Ads of the World et d’Infopresse, après avoir corrélé les stratégies gagnantes, les créations primées et les campagnes marquantes des 50 dernières années, après avoir emmagasiné les dernières données de l’industrie, en plus d’être constamment à jour sur les expressions à la mode et les dernières technologies… eh bien, il sera bon. Vraiment bon. À tous coups.

«La démocratisation de l’intelligence artificielle au sein des agences de publicité se fera lentement, mais certainement.»

Alors, la démocratisation de l’intelligence artificielle au sein des agences de publicité se fera lentement, mais certainement. Les premières méga-agences à emboîter le pas verront leur chiffre d’affaires augmenter, mais leur nombre d’employés chuter. Moins de dépenses, plus de revenus. Les agences «traditionnelles» ne contenant que des humains seront beaucoup trop chères versus les conglomérats internationaux.

On deviendra obsolètes, c’est inévitable. Les agences auront toujours quelques employés, bien évidemment! Des chiens de garde, des relayeurs d’informations, des génies publicitaires, mais ils seront bien peu comparativement au nombre que nous sommes actuellement.

«La création humaine sera toujours reconnue. On préférera aller au musée voir une vraie œuvre conçue par une vraie personne.»

Au final, le consommateur s’en foutra de savoir si c’est une machine ou un humain qui a écrit tel ou tel slogan publicitaire pour une chaîne de restauration rapide. La création humaine sera toutefois toujours reconnue. On préférera aller au musée voir une vraie œuvre conçue par une vraie personne, mais on se foutra éperdument que la publicité ait été produite par une machine: AdBlock sera encore et toujours plus populaire.

La différence avec les artistes, c’est qu’on n’est pas des artistes. Qu’on se le dise. On doit évoluer pour survivre.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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