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Les chaînes d’information en continu: vers le clap de fin?

Caroline Jacquot Consultante, Blue Hour Insights

Les chaînes d’information en continu montrent depuis plusieurs années des signes d’essoufflement. Analyse d’un phénomène généralisé.

La cause: internet! La conséquence: des auditoires en berne.

Fragilisées d'abord par l’arrivée d’internet et de ses sites d’informations gratuites en temps réel (Yahoo! News, MSN, Google News, AOL, etc.), les chaînes d’information sont désormais confrontées à une nouvelle forme de relai médiatique: les réseaux sociaux.

Twitter et Facebook constituent les nouveaux outils incontournables du public et des médias.

Twitter et Facebook constituent à cet égard les nouveaux outils incontournables du public et des médias. «L'achalandage venant de Facebook a quadruplé chez les grands éditeurs d’information au cours de l’année écoulée, indique Liz Heron, responsable des partenariats «nouvelles» de Facebook. Et 80% de l'achalandage sur Facebook vient des appareils mobiles.»

Du côté de Twitter, où plus de 75% de l'achalandage vient aussi des appareils mobiles, la directrice des informations, Vivian Schiller (ex-PDG de la radio publique américaine NPR), explique la fonction de boussole de l’info de son réseau social, qui entend jouer le rôle de «système d'exploitation des nouvelles».

Si les éditeurs retrouvent une partie de leur auditoire sur ces plateformes, il est indispensable qu’ils modifient en profondeur leur façon de faire de l’information (intégration de visuels, titres accrocheurs, outils de partage, etc.). 

Considérer l’information comme un service, non plus comme un contenu constitue le point commun de ces nouvelles voies d’accès – et de plus en plus destinations.

Du point de vue des auditoires, tous les pays semblent logés à la même enseigne. Quand Fox et MSNBC perdent respectivement 41% et 27% de leurs auditoires en cinq ans aux heures de grande écoute, RDI et LCN parviennent à maintenir difficilement des parts aux alentours de 3%, mais les récentes compressions budgétaires décidées par Radio Canada n’augurent rien de bon… Enfin, en France, les auditoires d'ITélé et de BFM TV sont anecdotiques (1,8% et 0,8% au troisième trimestre de 2014), voire confidentiels pour LCI, avec 0,2% soit 13 000 personnes par quart d’heure moyen! Même pas de quoi remplir le Centre Bell...

Le modèle actuel, qui repose sur les «breaking news» des chaînes payantes du câble, devient difficilement viable.

Dans ce contexte, le modèle actuel, qui repose sur les «breaking news» des chaînes payantes du câble, devient difficilement viable, quand l’accès à l’information en continu peut se faire instantanément et gratuitement. Aux dires de Jeff Zucker, directeur de CNN, l’information en continu ne représente plus une «bonne affaire». De son point de vue, il est essentiel de se concentrer principalement sur des formats longs et originaux et de délaisser l’activité d’informations en continu à d’autres supports médiatiques.

C’est la décision que vient de prendre LCI, chaîne d’information du groupe TF1. Toutefois, le contexte audiovisuel français est particulier et explique en partie ce choix. Les deux chaînes rivales de LCI, iTélé (Groupe Canal+) et BFM TV, sont diffusées gratuitement par le réseau de la TNT (Télévision Numérique Terrestre) supervisé par le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Ce dernier refuse l’accès de LCI à la TNT invoquant la crainte d’une éventuelle situation de position dominante. Le passage en format gratuit de LCI renforcerait le poids du groupe TF1, qui pèse déjà 28,9% de part avec ses quatre chaînes gratuites (TF1, TMC, NT1 et HD1).

La direction de LCI a donc récemment annoncé l'abandon de l'information en continu au profit de l'analyse. Cette évolution se traduit par la suppression de 148 postes dans le groupe TF1, sa société-mère, dont 58 à LCI.

Avec un effectif réduit à 54 personnes, LCI envisage désormais de faire de la chaîne «un média nouveau, proposant à la fois une chaîne de «télé payante» livrant plusieurs heures de programmation inédite par jour, des flashs d’information ainsi qu'une offre de contenus à la demande sur tous les écrans». Concrètement, «le projet présenté est un projet éditorial qui serait présent sur quatre écrans: télé, web, mobile et tablette. (...) LCI nouvelle manière abandonnera le positionnement du «hard news» pour être sur un éditorial plus en profondeur sur un ou deux thèmes avec peut-être une émission emblématique» déclare Eric Revel, directeur général de LCI. 

Les chaînes de télévision en continu doivent repenser en profondeur leur stratégie que ce soit en matiere de contenus et de supports.

Quoi qu’il en soit, les chaînes de télévision en continu doivent repenser en profondeur leur stratégie que ce soit en matière de contenus (formats longs, à valeur ajoutée, original et inédit, incarné par un présentateur…) et de supports (présence multiécran, multiplateforme). 

Un simple changement de scénario suffira-t-il à assurer la pérennité des chaînes d’information en continu? 

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