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Desjardins: élevons le débat

Benoit Giguère Président, SDGQ

Tout a été dit ou presque depuis l’apparition sur les médias et réseaux sociaux du logotype faisant partie du nouveau programme d’identité de Desjardins. Tout a été dit et pas le plus constructif ni le plus noble: «aberration inexplicable», «truc de sans-génie», «solutions simplistes», «logo minable».

Que des chroniqueurs et des leaders d’opinions de tous les horizons se soient prononcés de la sorte n’auraient pas surpris. La communauté design est malheureusement habituée aux jugements à l’emporte-pièce à propos des changements d’identité visuelle et surtout des coûts reliés à ces projets. Il y a bien eu quelques spécialistes marketing, designers ou stratèges en communication pour calmer le débat et demander qu’on attende le dévoilement complet de ladite plateforme pour en faire une analyse judicieuse et éclairée. Mal leur en prit; on s’en est pris aussi violemment à eux qu’on s’en était pris aux créateurs de ce nouveau logotype.

La plateforme n’étant pas entièrement déployée, nous ne nous prononcerons pas sur la pertinence, la stratégie ni sur la qualité de ce nouveau programme dont on ne connaît que des parcelles. Comme président de la SDGQ, je veux cependant témoigner de mon profond désarroi devant la réaction de la communauté design elle-même. Comment des professionnels peuvent-ils s’enflammer publiquement de la sorte sur le travail de leurs pairs avec une telle agressivité?

Le design est souvent mal aimé ou mal compris au Québec. Voilà qu’une institution québécoise iconique confie la refonte de son identité à une entreprise d’ici, dirigée par un designer et au lieu de célébrer on lapide publiquement. Le respect d’une profession dans une société se gagne essentiellement par la qualité et la pertinence de sa pratique. Elle se gagne également par le discours de ses praticiens sur la place publique. Notre rôle comme professionnels du design est de soutenir et de défendre notre profession afin de mieux la faire comprendre à la communauté d’affaires, aux décideurs ainsi qu’au grand public. Lorsque nous nous enflammons publiquement, sans connaître les détails et les enjeux reliés à un projet de l’envergure de celui de Desjardins, nous projetons l’image d’une profession qui manque de sérieux et de professionnalisme.  Que dirions-nous des comptables, pharmaciens, avocats s’ils se traitaient publiquement de «charlatans incompétents», «farceurs pitoyables», «vendeurs de chars usagés»? Peu de bien. Et notre estime de ces professions s’en verrait impitoyablement affectée.

Nous n’appelons pas à la censure de la critique ni de l’opinion dissonante, encore moins au débat d’idées sur la place publique, mais à un discours constructif qui aide à mieux faire comprendre notre profession et ses défis. À nous détruire les uns les autres sur la place publique à l’aide d’arguments douteux, de descriptifs dégradants nous ne gagnerons qu’une chose: le mépris de notre profession par le public. Notre profession, somme toute, se porte de mieux en mieux et s’exporte à travers le monde grâce à l’extraordinaire talent de sa communauté. Soyons-en fiers et élevons le débat; nous en sortirons tous gagnants. 

 

 

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.