La référence des professionnels
des communications et du design

Coup d’œil sur l'avenir

Aymeric Freymond Stratège Média, Dialekta

Parfois, étudier la direction que prend la publicité nous permet de jeter un coup d’œil furtif vers l'avenir.

Le monde publicitaire a toujours été précurseur de tendances. Depuis les romans-savon, lancés et financés par les grands fabricants de produits hygiéniques (Procter & Gamble, Colgate, etc.) dans les années 20 jusqu’à la multiplication de contenus aujourd’hui (on pense notamment au saut de Felix Baumgartner organisé et diffusé par Red Bull), en passant par l’afficheur téléphonique - créé pour identifier les appels promotionnels et pouvoir ainsi les éviter. Parfois, étudier la direction que prend la publicité nous permet de jeter un coup d’œil furtif vers l'avenir.

Ce qui se passe aujourd’hui est particulièrement intéressant. Internet a amené un nouveau mode de consommation: aujourd’hui, l'on ne paie plus pour un produit. Que ce soit un article, un film ou un logiciel, la gratuité est devenue naturelle.

N’ayez crainte: L'avenir sera divisé entre ceux qui accepteront de vendre leur vie privée et ceux qui voudront garder un semblant de contrôle. 

En fait, la publicité finance tous ces produits. En revendant les espaces, mais aussi les données, les éditeurs sont capables de s’autofinancer. Comme le disait récemment Grégoire Baret à une conférence d'Infopresse: «Si c’est gratuit, c’est toi le produit.» En effet, ce qui coûte le plus cher, ce sont les données à propos des consommateurs. En 20 ans, l'on est passé de ciblages sociodémographiques, puis par styles de vie à des ciblages par ce que Google appelle des micromoments: «I want to buy…».

​Internet a amené un nouveau mode de consommation: aujourd’hui, l'on ne paie plus pour un produit. Que ce soit un article, un film ou un logiciel, la gratuité est devenue naturelle.

Si la gratuité des produits virtuels est largement acceptée, ce n’est pas le cas des objets. En effet, ce nouveau mode de consommation n’a pas encore passé la barrière entre le virtuel et le physique. C’est là qu’il est intéressant d’observer le monde publicitaire actuel pour entrevoir la société de demain. Les gros acteurs numériques offrent de plus en plus de services gratuits afin de collecter davantage d’information. Comment ne pas penser à Facebook ou à Google avec Gmail, Maps, Analytics, etc.?

Vous êtes-vous demandé pourquoi Google avait lancé un Chromebook à 300$? Savez-vous pourquoi Firefox avait lancé un téléphone intelligent à 35$? Pour obtenir un accès privilégié à vos données, bien entendu! Dans l'avenir, les objets aussi seront gratuits: téléphones, ordinateurs, tablettes, montres ou tout objet connecté (vous avez déjà entendu parler de Google Car?). Vous pourrez aller chercher la nouvelle version gratuitement et n'importe quand. En contrepartie, vous ne verrez que des annonces ultraciblées et ultrapertinentes. Ça vous fait peur?

N’ayez crainte: l'avenir sera divisé entre ceux qui accepteront de vendre leur vie privée et ceux qui voudront garder un semblant de contrôle. Si l’on observe attentivement, certaines entreprises ont d’ailleurs déjà pris un virage différent. Tim Cook, par exemple, déclarait dernièrement: «We’re not in the business of collecting and selling information. We’re in the business of creating and selling devices that are superior.»

Et vous, quel camp choisirez-vous?

_

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

comments powered by Disqus