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Tous responsables?

Arnaud Granata Éditeur, Infopresse

De l’horreur de l'attentat de la ville de Québec à l’élection de Donald Trump, les médias et les publicitaires doivent-ils faire un examen de conscience et questionner leur part de responsabilité dans le soutien ou la diffusion d’opinions et de stéréotypes qui incitent à la haine et aux raccourcis populistes? 

C’est en tout cas ce qu’affirment plusieurs acteurs de l’industrie des communications, du marketing et des médias, qui en appellent à une plus grande vigilance, entre autres dans le placement des publicités sur certaines plateformes de leurs messages.

Pour Chris Bergeron, directrice de création de l’agence de communication Cossette, «les publicitaires ont une responsabilité de bailleurs de fonds et doivent requestionner leur façon de faire des achats médias. Veut-on vraiment, à l’ère du placement automatisé, accoler sa marque a un site ou l’opinion prend le dessus sur l’information ou les faits ont été vérifiés, ou encore sur des pages de réseaux sociaux ou les commentaires sont injurieux?». Gaétan Namouric, fondateur de Perrier Jablonski, lui, croit que les publicitaires ont un pouvoir de décision, et ne doivent pas oublier leur responsabilité sociale: «Nous sommes dans une hystérie de l’instant, il faut tout montrer, tout de suite. Mais les médias, dans cette industrie du clic, ont une responsabilité, et les annonceurs, en plaçant de la publicité chez eux, en ont une aussi. Est-ce que je veux vraiment que mon client retrouve sa publicité sur un article qui diffuse du contenu diffamatoire, raciste ou qui incite à la haine? Poser la question, c’est y répondre».

Les marques ont-elles un rôle a jouer?

À l’heure où Facebook et Google grugent une partie du lectorat des médias «traditionnels» (ainsi que leurs revenus), plusieurs groupes ont déjà, dans le monde, changé leurs pratiques éditoriales: plus de commentaires sur plusieurs plateformes (Chicago Sun Time, Reuters…), plus de sondages politiques (Le Parisien) ou encore une rédaction remaniée pour le quotidien Washington Post, qui consacre une équipe à la vérification des faits du nouveau président américain, dans un contexte où les réseaux sociaux créent une confusion de plus en plus grande entre la vraie information et les rumeurs persistantes.

Selon Chris Bergeron, la publicité placée de plus en plus sur les médias sociaux amène forcément un appauvrissement des médias locaux. Une information corroborée d’ailleurs par le plus récent rapport du Forum des politiques publiques. «Il faut entamer un sérieux dialogue avec les responsables des réseaux sociaux et des médias sur leur impact dans notre système.» Dans une lettre publiée sur le site d'Infopresse, Chris Bergeron propose l’établissement d’un conseil de sécurité médiatique: «une sorte d’Organisation des agences unies, dont l’objectif serait d’être le bras armé du Conseil de presse et des autres organismes officiels de protection du journalisme de qualité», entité constituée de représentants des médias et de la publicité.

À l’heure où Facebook et Google grugent une partie du lectorat des médias «traditionnels» (ainsi que leurs revenus), plusieurs groupes ont déjà, dans le monde, changé leurs pratiques éditoriales.

Aux États-Unis, de nombreuses marques et entreprises américaines se pressent pour dénoncer le décret de Donald Trump sur l’immigration en y opposant des actions de communication concrètes ou des messages de leurs dirigeants (Airbnb, Starbucks, Google et bien d’autres). Les marques ont-elles un rôle à jouer? Vraisemblablement, si l’on en croit la tendance de fond depuis plusieurs années de ces entreprises qui défendent des valeurs sociales qui parfois peuvent être sensibles (droits des LGBT, violence conjugale, féminisme, racisme…).

Mais ce rôle peut-il être fait en toute impartialité, compte tenu des intérêts économiques de ces entreprises? C’est la question qu’il faut continuer de se poser, dans un contexte où le brouillage des pistes entre médias et annonceurs n’est de bon augure pour personne. Cependant, la conjoncture des événements, ici et ailleurs dans le monde, et les fragilités économiques qui amènent de nombreux médias à requestionner leur rôle et leur modèle forcent à se rassembler dès maintenant pour trouver ensemble des pistes de solutions pour l'avenir de nos démocraties. 

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