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La Presse+, un point c’est tout?

Arnaud Granata Éditeur, Infopresse

Ce n’est un secret pour personne, la presse quotidienne, affronte, depuis plusieurs années, de sérieux enjeux sur ses modèles d’affaires; La Presse a entamé en 2013 un changement majeur dans son modèle avec le lancement de La Presse+. Pour le meilleur?

Gesca vient d'annoncer la vente de ses six quotidiens régionaux à l'ancien ministre libéral fédéral Martin Cauchon. Ces quotidiens sont: Le Soleil, Le Nouvelliste, Le Droit, La Tribune, Le Quotidien et La Voix de l'Est.

La nouvelle n’a rien de surprenant dans la stratégie de Gesca: faire de La Presse+ LA marque phare du groupe d’information. À bien y penser, c’est la suite logique de la vision du groupe, qui souhaite miser sur la tablette comme le média numéro un des nouvelles générations. Des générations (Y et Z) qui consomment moins de papier, tout en étant de plus en plus connectés grâce à leurs appareils mobiles (les chiffres du Cefrio ici et ici sont éloquents en la matière, tant pour ce qui est du cellulaire que de la tablette).

L’enjeu numéro un, ce sont les revenus publicitaires.

L’enjeu numéro un, pour La Presse+ et les autres (Le Devoir, Le Journal de Montréal, etc.), ce sont les revenus publicitaires. Les annonceurs placent aujourd’hui leurs publicités sur des médias qui atteignent des auditoires qualifiés. Et les investissements des dernières années n’ont pas grimpé proportionnellement au nombre de plateformes apparues sur le marché. La fragmentation, tant du lectorat que des plateformes, force les médias à revoir leur modèle autour d’une marque-média forte. La tablette (pari de La Presse+ depuis son lancement) doit devenir le fer de lance du groupe. Un pari qui, question adhésion populaire, semble réussi si l’on regarde le nombre de téléchargements. Selon les données NADbank colligées dans le Guide Média 2015La Presse demeure d'ailleurs le quotidien le plus lu en semaine à Montréal, en plus d'être celui dont la version numérique (dont La Presse+ fait bien sûr partie) attire le plus grand nombre.  

Question publicité? L’avenir (proche) nous dira si les résultats seront à la hauteur des attentes. Certains, comme Julien Brault au journal Les Affaires, doutent d’un modèle ou l’information gratuite réussira à générer à elle seule des revenus publicitaires suffisants pour nourrir la machine. Mais je ne peux que saluer le pari d’un groupe qui mise sur l’avenir et qui ose une transformation que bien d’autres médias dans le monde subissent.

La fragmentation, du lectorat et des plateformes, force les médias à revoir leur modèle autour d’une marque forte.

Autre enjeu pour le quotidien de Gesca: vendre sa plateforme dans le monde. La stratégie a été amorcée avec le récent partenariat avec le journal Toronto Star.

En région, le succès d’estime de La Presse+, dont l’application a été saluée à l’international, avait toutes les raisons de soulever des questions sur son avenir. La qualité de l’information régionale en sera-t-elle affectée? Pas pour le moment, de toute évidence, puisque Martin Cauchon semble vouloir maintenir les personnalités des six régionaux. Et c’est sans compter que La Presse+ devra continuer de couvrir l’actualité en région pour rendre sa marque pertinente et crédible. L’avenir nous dira si cette transaction permettra à ces quotidiens régionaux de prendre leur élan et de trouver un modèle viable. 

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