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Antoine Bécotte: «Notre métier est devenu tough en esti»

Antoine Bécotte Chef de la création, Cossette

Le président du jury du concours Créa 2017 a prononcé jeudi soir un discours devant les membres de l'industrie présents à la Place des Arts. Le voici en intégralité.

Bonsoir, ma gang de masochistes.

Parce qu’on va se le dire, si vous êtes assis dans la salle ce soir, c’est parce que vous adorez vous saigner pour ce métier de fou.

Non, mais, pensez-y, notre métier est devenu tough en esti. Encore plus, difficile et complexe, avec toutes les technologies, le contenu, les médias sociaux, le fait qu'il faille réagir en temps réel 24/7, jours et nuit sans temps ni argent avec le sourire, pendant que nos clients attendent encore plus de résultats que la dernière fois.

On est toujours trop cher.

C’est jamais assez vite.

quand on tient une christie de bonne idée, on peut tellement l’échapper à tout moment dans le processus.

Y'a toujours une autre agence qui est prête à le faire pour moins cher et pour demain…

...

Mais ça se peut aussi que vous soyez ici parce quelqu’un à l’agence devait finir des maquettes pis qu'il vous a donné son billet.

Non, mais vraiment, si vous êtes ici ce soir, c’est parce que comme moi, vous adorez la création, les idées. Celles qui nous réveillent la nuit. Celles qu’on a hâte de raconter le lendemain, les mains moites.

Pis tsé, quand on tient une christie de bonne idée, on peut tellement l’échapper à tout moment dans le processus.

En partant du brief. À chaque interne de création. Chaque décision compte.

Quel réalisateur? Quel photographe? Quel ingénieur pour nous kicker ça?

Quel comédien pourra nous livrer un jeu impeccable?

Tout cela, en passant par toutes les approbations hiérarchiques des clients.

On essaie toujours de créer quelque chose d’unique qui sort de la tête des créatifs… des vrais.

Ces vrais créatifs, c’est évidemment les concepteurs-rédacteurs, les directeurs artistiques, mais aussi les designers, les planificateurs stratégiques, les codeurs, les UX, les personnes au service-conseil, les réalisateurs, les photographes, les monteurs, les producteurs, les ingénieurs de son, etc. Parce que si vous êtes de vrais créatifs et que vous avez une passion pour les idées, vous ferez tout pour éviter de polluer le quotidien des consommateurs et essaierez plutôt de faire une différence, dans leur quotidien.

Pis c’est ça qu’on célèbre ce soir.

On a été sévères, mais justes.

Et c’est pour ça que je voulais avoir un jury qui représente une plus grande étendue de notre talent. Le talent qui se mouille tout au long du processus créatif.

C’est drôle, plusieurs collègues sont venus me voir pour me dire: «Heille, c’est courageux d’être allé chercher cinq filles pour être sur ton jury». Courageux??!, Pantoute. Fucking nécessaire, vous ne trouvez pas?

Cette diversité de talents, ça nous a permis d’avoir des discussions riches et franches. Tout le monde était là pour une seule raison: la qualité du travail.

Ma ligne directrice comme président était simple. Seules les bonnes idées bien exécutées devaient recevoir un Prix ou un Grand Prix.

Si l’idée était bonne, mais moins bien exécutée, elle pouvait monter comme finaliste pour inspirer l’industrie, mais pas de prix.

Si l’exécution était extraordinaire, mais l’idée plus faible ou déjà vue, c’était un finaliste, mais pas de prix.

On a été sévères, mais justes.

Donc, pas de farce, si vous vous retrouvez finaliste, c’est parce que nous considérons que d’une façon ou d’une autre, vous avez inspiré le jury. Donc, bravo.

Pour terminer, merci à mon solide jury pour votre pertinence et votre talent. Et merci surtout à Infopresse de m’avoir laissé fucker tout le concours. ;)

Et pour vous dans la salle, ben, je serai bien sûr accoté au bar après le gala pour prendre toutes les plaintes.

 

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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