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La claque au visage que j’aurais bien aimé recevoir

Anne-Marie Leclair Associée, vice‑présidente, Stratégie et Innovation, lg2

Presque deux ans après avoir créé, testé et appliqué notre outil d’innovation chez Lg2, je me questionnais à savoir si l'on ne pouvait pas l’améliorer et le renouveler, comme c’est le cas pour n’importe quel prototype issu de nos incubateurs à l’interne. J’étais prête à accepter qu’il soit dépassé, puis à le revoir entièrement selon les enseignements que je recevrais à la conférence Chief Innovation Officer Summit à Londres.

 

Quoi de mieux que d’aller voir ailleurs, loin de l’Amérique du Nord, pour s’inspirer, découvrir et absorber tout ce qui se dit et se fait en innovation durant deux jours afin d’itérer notre outil. L'événement Chief Innovation Officer Summit, à Londres, allait m’abreuver de savoir provenant de multinationales ayant intégré l’innovation à leurs organisations et d’experts expérimentés ayant eux aussi conçu un outil comme le nôtre et qu’ils allaient partager. Clairement, Lg2 allait se perfectionner. Je le sentais. J’étais la seule participante de mon industrie, et probablement la seule d’Amérique du Nord.

Mais quelle surprise… Depuis près de 10 ans, l’innovation est au bout de toutes les lèvres, tout le monde sait qu’elle est essentielle à la croissance, au leadership, voire à la survie à long terme des entreprises. Toutefois, curieusement, elle est encore aujourd’hui très peu pratiquée. Le constat est flagrant et il s’explique avec tellement de logique. Je suis sûrement biaisée, comptant plus de 25 ans de carrière dans le monde de la créativité, mais il était frappant de constater combien si peu de conférenciers pratiquaient l’innovation de manière innovante. Je le résume en quatre éléments qui me rassurent sur ce qu’on fait chez nous, en plus de confirmer à quel point il est essentiel de pratiquer l’innovation en travaillant autrement:

1. L’innovation n’est jamais un département. L’innovation, c’est une culture qui se vit, une mentalité qui inspire et qui fait grandir l’ensemble d’une entreprise, pas un processus qui s’implante et encore moins un nouveau service isolé qu’on crée.

Trop souvent, les conférenciers décrivaient de manière bureaucratique et procédurale comment ils avaient «implanté» l’innovation dans leur entreprise, comme ils l’auraient fait pour un département de ressources humaines ou de comptabilité. Je regardais autour de moi, les autres participants attentifs et avides de savoir griffonnaient frénétiquement et hochaient de la tête sans cesse. Moi, je capotais. L’innovation doit se pratiquer de manière ouverte pour que la culture se répande tous les jours un peu plus dans tout ce qu’on fait. Et ce, naturellement.

2. L’innovation s’inspire d’une collaboration accrue par l’entrechoquement de talents hétéroclites qu’on n’aurait jamais pensé enfermer ensemble dans une même pièce, de peur qu’ils s’entretuent.

Or, les conférenciers, incluant les «experts» en innovation, racontaient plutôt comment ils «faisaient» de l’innovation à l’interne avec des équipes composées de membres de leur entreprise. Tous avec le même profil professionnel, tous teintés des mêmes paradigmes, tous contaminés du même savoir. Je constatais que tout ce qu’on pouvait lire sur les meilleures pratiques en innovation était des ingrédients essentiels connus, mais très peu utilisés. C’est comme être book smart plutôt que street smart. On a beau avoir été le plus intelligent avec les meilleures notes à l’école, si l'on ne sait pas mettre en action son savoir, on va se faire dépasser par ceux qui frôlaient la note de passage, mais qui savaient appliquer l’essentiel pour avancer. Je capotais encore plus, et un sourire en coin dans ma face commençait à se manifester.

3. L’innovation part d’un problème de taille dont la solution améliore la vie de manière pertinente et durable. L’innovation n’est pas un objectif d’affaires à court terme ou une idée dite géniale à faire déployer.

Aucun conférencier n’a abordé la notion de «problème» comme point d’ancrage à l’innovation. Durant une période de questions où j’allais lever la main pour demander de quoi ils partaient tous pour bien innover, un participant l’a fait avant moi en mentionnant l’ingrédient clé du problème. Ça m’a calmée. Merci participant. Tous les conférenciers acquiesçaient qu’identifier un problème important était essentiel à l’innovation, mais personne n’a voulu élaborer sur le sujet et l'on est vite passé à une autre question. Là, je commençais à me frotter les mains et mon sourire prenait de l’ampleur.

​4. L’innovation, ça se fait pour les autres, pas pour soi.

L’empathie est un autre ingrédient essentiel à la création d’une innovation pertinente qui aura le potentiel de faire une différence positive dans la vie des gens. Toutefois, le discours tournait davantage autour des intérêts et des bénéfices pour les organisations plutôt que pour qui ils innovaient. Aujourd’hui, je suis davantage convaincue que la bonne approche est fondée dans l’obsession de comprendre le comportement humain en vue de générer des résultats d’affaires pour nos clients d’abord. Pratiquant l’empathie depuis près de 30 ans, cela donne encore plus à Lg2 toute la légitimité de s’être lancée dans l’innovation. À ce stade de la conférence, je jubilais. Carrément.

Je suis revenue au Québec déçue de ne pas avoir reçu une claque au visage, mais totalement satisfaite de constater que notre outil d’innovation repose sur les meilleures pratiques et qu’il demeure progressiste.

 

 

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.