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Créa 2018: tous les résultats

6 questions à Jonathan Rouxel, président du jury de Créa 2018

Lors d'une entrevue présentée en direct sur Facebook le 29 mars, Jonathan Rouxel, associé, vice-président et directeur de création de Bleublancrouge, a répondu à six questions d'Infopresse sur son expérience à titre de président du jury de Créa 2018. 

Comment avez-vous orienté les membres du jury cette année?

Créa, c’est le concours d’ici qui juge les idées qui font avancer notre industrie. On est probablement la seule industrie au monde pour laquelle on invente des technologies pour éviter le travail que nous faisons.

Cette année, j’ai demandé au jury de porter une attention particulière aux idées qui ont fait leur place dans la culture populaire. Les pièces qui ont hacké les médias ou les réseaux sociaux de façon habile et qui ont généré des partages organiques.

Quel était le principal défi du jury?

Nous avons récompensé le travail qu’on ne veut pas éviter. Les idées percutantes et perspicaces qui connectent par l’humour, le drame ou par une proposition utile à la société.

Les idées qui ont stimulé une passion ou résolu une friction. De façon générale, ces idées ont identifié des vérités simples et puissantes, puis les ont transformées en un contenu percutant, qu’on ne cherche pas à éviter.

Nous ne sommes plus à l’époque ou se faire remarquer suffit. Le nerf de la guerre, c’est que les gens qui entrent en contact avec ce qu’on fait s’engagent et partagent notre contenu.

Le principal défi a été d’évaluer l’impact de certaines pièces sur la culture populaire. Nous avons tous des façons différentes de mesurer l’impact et de le mettre en valeur. Il n'est pas facile de s’y retrouver.

Qu'est-ce que vous avez trouvé le plus difficile dans votre rôle de président?

Composer le jury a été très challengeant. Je me suis donné le défi de prendre des nouvelles têtes qui venaient d’agences ayant connu une belle année. J’aurais souhaité que ce soit une première expérience pour tous les membres du jury, mais un de ceux sélectionnés a changé d’agence et comme je tenais à faire une place à K72 au sein du jury, je suis resté pris avec Simon Beaudry.

L’autre aspect que j’ai trouvé difficile est de ne pas intervenir dans les débats. Ce n’est pas facile de rester en marge des discussions quand les débats sont aussi intéressants. 

Comment se sont déroulées les délibérations?

Le jury était très sensible à ne pas amener des aspects personnels dans les délibérations. Je l'ai trouvé très discipliné et intègre. Les débats avaient de la profondeur, et les délibérations se sont poursuivies jusqu’aux petites heures.

Nous avons fait plusieurs fois le tour des pièces qui se sont ramassées en rondes finales, et les arguments qui distinguaient les Grands Prix des Prix étaient toujours les bons.

Avez-vous observé une tendance qui se dégageait des pièces soumises cette année?

Les catégories numériques, de médias sociaux et de créativité étaient, selon moi, les plus intéressantes. C’est très toujours très excitant de voir comment les agences réussissent à s’y prendre pour concevoir du contenu qui devient inévitable.

J’ai été déçu des campagnes films hors télé qui, d'après moi, ne revisitent pas assez le format des films. On reste d’emblée dans le format court, alors que certains sujets méritent d’être présentés sur des longs.

Les films hors télé, par exemple, jouent sur des formats longs qui réussissent à installer une histoire plus riche et suscitent donc un plus grand impact. Je pense que la méthode de créer des formats très courts pour les pousser avec du média est un vieux réflexe qui nous vient du modèle d’interruption de la pub traditionnelle. Il faut évoluer.

Un film qui réussit à faire sa place dans la culture populaire est une pièce de contenu qui doit être réfléchie en ce sens. Elle doit être pertinente, intéressante et toucher un sujet dans lequel les gens ont envie de s’engager, et ne pas se limiter à un format publicitaire.

Le regroupement Femmes en créa a remis des macarons aux gens de l'industrie présents au gala. Depuis les discussions sur l'équité lancées l'automne dernier, sentez-vous que l'industrie se transforme?

Certainement. Les femmes font bien de revendiquer l’équité salariale. Je suis moi-même père de deux magnifiques jeunes filles et j'ai bien l'intention de travailler à closer le gap. Je pense que les revendications doivent être soutenues par les hommes et je souhaiterais, dans un avenir à court terme recevoir autant de portfolios d’hommes que de femmes en période de recrutement. Aussi, si nous voulons faire avancer les choses, nous devons offrir des occasions à des femmes avec peut-être moins d’expérience, mais un grand potentiel.