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Dossier
Concours Lux 2017: les 100 images de l'année

Entrevue avec Philippe Lamarre, président des jurys

Présidés par Philippe Lamarre, directeur de la création et président d’Urbania, deux jurys ont pris part aux délibérations. Retour sur la 19e édition du concours.

Comment avez-vous orienté les délibérations du jury pour la 19e édition du concours ?
Autant pour l’illustration que pour la photo, mon brief de départ c’était d’aller chercher des candidatures qui comportaient des idées fortes, où l’esthétique servait le propos, où il y avait un équilibre entre la forme et la fonction, le contenu et le contenant. 

« Il y a des pièces superbes que j’ai vu passer au courant de l’année qui n’ont pas été soumises au concours. »

Cette année, deux jurys ont été composés, entre autres pour que l’illustration puisse se réapproprier sa place au sein du concours. Qu’est-ce qui vous a marqué lors des délibérations ?
Il n’y avait pas beaucoup de candidatures. Je suis un grand consommateur d’illustrations, j’en commande beaucoup pour Urbania et je travaille avec de nombreux illustrateurs. Il y a des pièces superbes que j’ai vu passer au courant de l’année qui n’ont pas été soumises au concours. Pour moi, c’était difficile, parce que je trouve que c’est dommage. C’est un peu une occasion manquée. Je pense que le concours Lux permet de faire rayonner l’illustration au Québec. C’est important que les artisans fassent l’effort de soumettre leurs meilleures productions de l’année.

Comment se sont déroulées les discussions dans ce contexte ?
Autour de la table, on avait un jury assez varié, avec différents points de vue. J’ai vraiment encouragé les gens à s’obstiner et à manifester leur désaccord. Je trouve qu’on a trouvé un bel équilibre pendant les délibérations. Ce serait l’fun qu’il y ait plus de soumissions, surtout de la part des illustrateurs qui ont des carrières internationales. On veut voir la crème de ce qui se fait par des Québécois. J’ai l’impression qu’on a juste eu un morceau de la crème.

Les pièces soumises en photographie étaient beaucoup plus nombreuses et le jury comptait plus de membres ; quel était le défi pour ce volet du concours ?
Au moment de délibérer, même si les photos sont rassemblées par catégorie, on devait être capable de changer de chapeau. Le jury était plus large qu’en illustration et des personnes de tous les horizons étaient représentées. C’était intéressant d’avoir un regard plus connaisseur selon le contexte et le secteur dans lequel s’inscrivait un projet. Cela dit, l’objectif du jury, c’était de représenter le meilleur de ce qui se fait dans tous les styles de photos.

Justement, comment avez-vous approché votre rôle en tant que président du jury pour cette édition du concours ?
Je ne suis pas quelqu’un qui aime imposer un style unique. C’était important qu’il y ait une représentation transversale de l’industrie de la photo à travers les Grands Prix. Que ce soit de la publicité, des projets conceptuels, des images plus léchées ; pour moi, c’était important qu’on montre une palette diversifiée de talents. Je n’étais pas là pour faire une direction artistique au sein du jury, mais plutôt pour m’assurer que tous ses membres puissent se faire entendre et encourager la participation de chacun. […] On a fait un récapitulatif à la fin des délibérations et tout le monde était à l’aise avec les choix finaux. On a procédé selon une méthode d’entonnoir ; on a dégraissé plusieurs fois et on est arrivé avec des projets qui représentent très bien l’état des lieux de la photographie au Québec en ce moment.

Quelles ont été les surprises, bonnes comme mauvaises, de la cuvée 2017 ?C’est plate à dire, mais il y avait souvent des séries réalisées en photographie, plus rarement en illustration, où le concept  n’était pas clair. Il faut qu’il y ait une cohérence, un fil conducteur à travers les images. À plusieurs reprises, une ou deux images détonnaient complètement du lot, ce qui annulait l’effet du projet. Ce qui fait la différence entre mériter un prix ou pas pour une série, c’est souvent sa qualité et sa stabilité. C’était dommage parce qu’il y avait parfois d’excellentes photos, même d’excellentes séries qui ne se sont pas retrouvées au palmarès. C’est important de savoir s’éditer, ça fait partie de notre métier. 

Et les bonnes surprises ?
C’est cliché parce qu’on le dit souvent ; le Québec est un terreau de gens de talent. C’est vraiment impressionnant ! En fait, je trouve qu’en illustration, il y a clairement quelque chose qui se passe. Le problème, c’était la quantité de soumissions. Mais le talent est incroyable, le niveau de qualité moyen était excellent ! Le talent en photographie ne m’a pas surpris, on le voit chaque année au Lux. Cependant, le fait que souvent d’excellentes séries soient ruinées par un mauvais choix d’images, c’est très dommage.

Comment aimeriez-vous voir évoluer le concours et l’industrie au cours des prochaines années ?
Lux n’est pas un concours d’art, c’est un concours d’art appliqué. Je pense que c’est important de contextualiser les œuvres. Dans plusieurs cas, c’est en lisant la description d’un projet qu’on comprend sa portée et son intelligence. Il y a plein de soumissions où le dossier n’avait pas été rempli comme il le faut. […] Ce que je souhaite au concours, c’est qu’il y ait plus de participations et que les gens réalisent qu’il est l’occasion de faire rayonner leur travail. Mieux tu appliques à un concours, mieux tu participes, mieux tu remplis tes soumissions ; plus tu as de chances de te retrouver au palmarès final. Envoyer des images dans telle catégorie ou soumettre un dossier en se disant que ça parle de soi, ce n’est pas assez. J’aimerais que les artisans participent en soumettant leurs images avec plus de sérieux.

« Je trouve qu’on est souvent bon au Québec pour exporter notre matière première, sans savoir en profiter nous-mêmes. »

Pour conclure, comment aimeriez-vous voir la photo et l’illustration prendre leur place dans les médias et en marketing au Québec ?
Je crois que dans un monde où tout tend à s’uniformiser, et où l’on doit nourrir de nombreux canaux de communication, faire appel à des créateurs et des artisans afin de créer des images originales devrait aller de soi. Le talent brut dont on dispose au Québec est souvent sous ou mal utilisé. Il faut oser créer — et surtout publier — des images qui détonnent, surprennent et marquent l’imaginaire. Je trouve qu’on est souvent bon au Québec pour exporter notre matière première, sans savoir en profiter nous-mêmes.  

JURY PHOTOGRAPHIE

De gauche à droite, Thibaut Duverneix, réalisateur, Gentilhomme ; Luc Robitaille, photographe ; Catherine Gravel, directrice de création, Quatre par Quatre ; Matthieu Rytz, producteur et photographe, World Press Photo Montréal ; Lydia Moscato, directrice artistique séniore, Ricardo Média ; Sébastien Camden, cofondateur et directeur de création, Pusher ;  Alexandre Caron, contenus créatifs et marketing, Bonsound 

JURY ILLUSTRATION

De gauche à droite, Jonathan Lavoie, directeur de création, Sid Lee ; Marie-Christine Brisson, agent et associée, Colagene, clinique créative ; Mathilde Corbeil, designer et illustratrice ; Maude St-Louis, designer de l'environnement et cofondatrice, Bref Mtl ; Simon Laliberté, fondateur, designer, directeur artistique et sérigraphe, Atelier BangBang 

Photos par Albert Zablit

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