La référence des professionnels
des communications et du design
Dossier
30/30 Infopresse: l'avenir de l'industrie

Rose-Aimée T. Morin: affronter l'adversité à grands coups d'audace

Rose-Aimée Automne T. Morin n’a pas qu’un nom insolite, elle possède un esprit tout aussi singulier. La rédactrice en chef de 29 ans, également chroniqueuse, animatrice et auteure, est le porte-voix d'Urbania, mais aussi «l'une de ces personnes privilégiées reflétant l’audace des décideurs». 
 
 

Alors que certains la décrivent comme une «féministe comique et véritable aimant à anecdotes du quotidien», ses amis les plus proches préfèrent utiliser les mots «curiosité, charme et menstruations» pour faire l'éloge de la capitaine du magazine Urbania depuis quatre numéros (bientôt cinq). 

Elle est également animatrice du projet multiplateforme sur les ondes de Radio-Canada, en plus de prêter sa voix et ses idées à Esprit critique, diffusée à Artv, et à On dira ce qu’on voudra, à Radio-Canada Première. Pour ajouter à la densité de son agenda, elle fait partie de la bande d'Alt, à Vrak. 

Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fière?

Si je suis fière de mes réalisations, c’est d’abord parce qu’on m’offre des micros derrière lesquels je peux m’exprimer librement, de manière franche et authentique. Et j’en suis infiniment reconnaissante. Maintenant, j’ai de la difficulté à choisir un projet chouchou dans le lot. Par contre, je suis particulièrement fière de l’image que je projette quand je constate que des adolescentes se sentent suffisamment à l’aise pour m’écrire afin d’en savoir plus sur le féminisme ou pour discuter de leur vision de la chose.

Que représente pour vous une mention à ce palmarès?

Une jolie tape dans le dos et un cruel rappel que je vieillis. Dans moins d’un an, je ne serai plus admissible à ce type de palmarès. Je ne serai qu’une trentenaire ordinaire…

Que vouliez-vous devenir lorsque vous étiez enfant?

Je désirais devenir animatrice, mais je me rapprochais plus du style de Denise Bombardier que de celui de Julie Snyder. J’agissais en véritable tyran de la langue française. Je reprenais toute personne – adulte ou enfant – qui commettait des erreurs. Je me demande encore comment je faisais pour avoir des amis…

Qu'est-ce qui vous a incitée à faire ce que vous faites aujourd'hui?

Je ne considère pas avoir choisi grand-chose dans ma carrière. J’ai plutôt accepté toutes les occasions offertes par les gens dont j’admirais le talent et l’intelligence. J’ai fait confiance quand on m’a tendu la main. C’est ce qui m’a menée chez Urbania et qui m’a ensuite ouvert tant de jolies portes.

Quel est le plus grand défi d'un professionnel des communications aujourd'hui?

Je ne peux pas répondre pour tout le monde, mais je crois qu’en tant que femme, la gestion des commentaires d’internautes s'avère un défi de taille. Il n’y a pas d’heure pour recevoir des menaces de mort dans son courriel parce qu’on a écrit un article comique ayant pour titre Depuis que je fais peur aux hommes (histoire vraie). Quand j’arrête mon cadran, le matin, sur mon iPhone, il se peut que la première chose sur l’écran soit un message indiquant :«T’es rien qu’une conne, mais je vais quand même coucher avec toi» (autre histoire vraie).

De magnifiques vagues d’amour viennent avec le fait de prendre parole publiquement. Et il y a aussi de grosses vagues de violence à gérer. C’est vrai pour tout le monde, mais je crois que c’est pire pour les femmes, qu’on objectifie jusque dans l’intimité de leur boîte de réception. C’est un problème sur lequel on devrait collectivement se pencher.

Comment pensez-vous ou souhaitez-vous influencer l'industrie? Changer les choses?
Je ne crois pas personnellement changer les choses, mais je pense être une des personnes privilégiées reflétant l’audace des décideurs. L’audace de ceux qui osent donner une chance aux nouvelles venues, qui acceptent de confier l’animation d’une émission à une nobody, qui n’ont pas peur de faire de la place pour la douce irrévérence. J’espère que nous serons de plus en plus nombreuses dans cette rassurante position.

Qu’est-ce que vous ne serez pas dans 10 ans?

Abonnée à Twitch? Je me sens déjà dépassée, en matière de réseaux sociaux. Je n’ose pas imaginer où j’en serai dans une décennie. 

Qui est votre plus grand modèle/mentor?

J’ai l’immense chance d’être entourée de sœurs inspirantes et accomplies. Des femmes qui donnent à autrui tout en restant près de leurs valeurs. Même chose pour mes premières patronnes en télévision, des femmes comme Julie Lamontagne et Marie-Pier Duval, qui, en plus de gérer avec talent du contenu, géraient de façon extrêmement humaine leur équipe. Évidemment, je ne crois pas que je serais dans ce palmarès si mon patron, Philippe Lamarre, ne m’avait pas entraînée dans l’incroyable aventure qu’est Urbania.

Quelle est votre devise?

J’ai demandé à mon conjoint et il m’a dit que je répète souvent la phrase «Bravo. Très mature.»

En tête-à-tête avec quelqu’un (mort ou vivant), ce serait avec qui? 

Dans mes rêves les plus fous, j’ai droit à un souper avec le couple formé par Gérald Godin et Pauline Julien. Ces artistes ont beaucoup offert à la culture québécoise. Leur engagement a été d’une grande importance dans le climat politique de l’époque. Et leur amour me fascine. J’aurais tant de questions à leur poser!

Quel projet vous rend verte de jalousie?

Deux projets de Julie Snyder: L’enfer, c’est nous-autres et Le poing J. De telles émissions où l’absurdité rencontre les affaires publiques; où peuvent s’entremêler les reportages, les entrevues et les coups d'éclat; où l'on reçoit des vedettes, oui, mais aussi les artistes qui marqueront demain, avec une remarquable spontanéité, me ravit. Quand j’y pense, je ressens de la jalousie. Même si c’est un sentiment que je trouve très laid… Pardon, Mme Snyder.

Quelle est votre plus grande déception?

Je regrette de m’être tue, au début de ma carrière, devant des situations d’abus qu’on juge malheureusement ordinaires. Les médias sont un milieu où ça joue du coude, et j’aurais dû me tenir debout devant certaines actions et certains propos qu’un milieu contingenté ne rend certainement pas plus acceptables.

Comment décrivez-vous votre travail à votre mère?

Ma mère comprend très bien ce que je fais. C’est d’ailleurs ma plus grande admiratrice – et la seule personne qui partage chacun des statuts que je publie sur Facebook. À ceux qui comprennent moins bien mon travail, je dirais que je suis une personne qui aime rencontrer des gens fascinants. Et qui a la chance d’être payée pour le faire.  

 

Photo: Stephany Hildebrand, de Zetä Production

comments powered by Disqus