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Dossier
30/30 Infopresse: l'avenir de l'industrie

Rachel Lecompte: insuffler un sens éthique aux marques

Rare conceptrice-rédactrice qui se spécialise en branding et en création de nom de marque, Rachel Lecompte a cofondé l'agence Ethos il y a cinq ans après un passage remarqué chez Sid Lee. À 27 ans, elle a vu son travail souvent primé au Canada et aux États-Unis.

Avec son œil sensible et son sens de l'éthique, Rachel Lecompte a pris les gouvernes de l'agence Ethos il y a cinq ans. Elle y est responsable de l’entité des concepts, des nomenclatures, des taglines et de la rédaction des contenus numériques et imprimés.

Toujours orienté dans la recherche d'un message fort, touchant et pertinent, son travail a été récompensé au Canada comme aux États-Unis, notamment pour la création de l’identité communicationnelle de l’agence de tourisme de la Colombie-Britannique, la société new-yorkaise de médias Cycle et, plus près de nous, la plus récente campagne de Piknic Electronik. Elle a déjà remporté plus de huit prix Grafika (dont un Grand Prix), un Lux, trois Applied Arts, un Communication Arts, sans compter que ses projets se sont classés parmi les meilleurs de l’année sur des sites comme The DieLine, Brand New et Behance. 

Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fière?

Le rebrand de Destination British Columbia, grandement reconnu ici et à l’international. Je trouve encore fou de voir que deux Montréalais ont réalisé ce mandat d’envergure, de l’autre bout du Canada, et ont réussi à faire accepter la création à la direction de l’agence de Tourisme BC et à des dizaines de comités régionaux.

Je suis surtout très fière de la création en soit, revenue à l’essence de ce pourquoi on devrait tous aller visiter la Colombie-Britannique. C’est une marque positive qui soutient aussi la protection de l’environnement.

Que représente pour vous une mention à ce palmarès?

Un petit velours. C’est gratifiant d’être reconnue par ses pairs, dans une industrie aussi forte et avec d’aussi gros joueurs, encore plus quand on ne suit pas un parcours des plus traditionnels.

Que vouliez-vous devenir lorsque vous étiez enfant?

Très cliché, mais tout ce qui touchait de loin ou de proche au monde animalier: vétérinaire, biologiste marine, zoothérapeute, la fille qui murmurait à l’oreille des chevaux. Et aussi présentatrice de nouvelles (bonjour, Céline Galipeau). 

Qu'est-ce qui vous a incitée à faire ce que vous faites aujourd'hui?

À ma dernière session au Cégep Saint-Laurent, ma professeure en création littéraire m’a fortement recommandé de me diriger vers les lettres à l’université. En parallèle, ma belle-mère de l’époque me vantait le régime coop du programme de communication, rédaction et multimédia de l’Université de Sherbrooke. J’ai donc quitté Montréal à 19 ans pour Sherbrooke, et j’y ai suivi tous les cours du volet rédactionnel lors de mon baccalauréat, sans trop savoir où ça allait me mener.

Mon passage chez Sid Lee a tout changé et m’a ouvert les yeux sur une industrie qui m’était alors complètement inconnue. J’ai eu la chance d’avoir Ève Martel comme mentor en conception-rédaction. Elle m'a conseillée et m’a outillée pour la suite de mon parcours, en plus de me montrer que c’était possible de vivre de sa passion des mots et du beau.

C’est aussi chez Sid Lee que j’ai rencontré Gabriel Lefebvre, avec qui je partage ma vie et avec qui j’ai cofondé Ethos.

Quel est le plus grand défi d'un professionnel des communications aujourd'hui?

Rester pertinent et intelligent. Ne pas polluer notre univers visuel déjà saturé.

Comment pensez-vous ou souhaitez-vous influencer l'industrie? Changer les choses?

J’espère d’abord montrer que le branding peut avoir un côté éthique et qu’il est possible, en tant qu’humain, d’avoir un impact positif tout en travaillant en marketing.

J’espère ensuite démontrer qu’on peut toujours faire plus avec moins: avec une équipe de deux ou trois personnes créatives, polyvalentes et passionnées, c’est aussi possible d’arriver à de grandes réalisations.

Le modèle de notre agence est différent des traditionnelles. Nous avons supprimé les nombreux intermédiaires afin que la création soit en contact direct avec la stratégie et le pouvoir décisionnel. Cela nous permet d’être plus efficaces, de poser directement les bonnes questions aux bonnes personnes et de pousser l’intelligence de la création à des niveaux pas atteignables dans une structure d’agence traditionnelle.

Qu’est-ce que vous ne serez pas dans 10 ans?

Retraitée en Floride.

Qui est votre plus grand modèle/mentor?

J’ai la chance d’être entourée d’amis entrepreneurs de qui j’apprends constamment. Je n’ai pas un modèle en particulier, mais je m’inspire et je grandis grâce à toutes ces personnes autour de moi. Je pense entre autres à Gabriel Lefebvre, Myriam Granger et Sébastien Burns de la Boutique Archive, Raphaëlle Rousseau et Simon Ronny Lebrun de ContentContent, Chloé Rochette d’Happy Fitness, Alexandre Chabot et Jolianne L’Allier Matteau du duo LM Chabot, Virginie Gosselin, photographe, Lucas Bayzelon de Visual Box et Daniel Finkelstein de The Make Co.

Quelle est votre devise?

Selon les situations: «Y’en a pas, de problème», «Toute est dans toute» et «Namaste Chou».

En tête-à-tête avec quelqu’un (mort ou vivant), ce serait avec qui? 

Avec mon grand-père maternel que je n’ai pas eu la chance de connaître. Homme d’affaires et entrepreneur, il possédait plusieurs commerces de renom à Montréal dans les années 50. Je suis certaine que j’aurais eu beaucoup à apprendre de lui.

Quel projet vous rend verte de jalousie?

Chaque fois que je passe devant un commerce avec un nom composé d’un jeu de mots douteux, ça, ça me rend verte de jalousie. Dans mon quartier seulement: Indiana Jeans, Dépanneur Leclerc de lune, Gare Gamelle, Pignon sur riz… Du grand art.

Quelle est votre plus grande déception?

Ne pas avoir fait carrière dans le monde animalier.

Comment décrivez-vous votre travail à votre mère?

Deux mots: conception + rédaction.

Sans blague, ma mère comprend assez bien mon travail et elle aime quand je lui en parle. Elle vient de terminer sa carrière (bonne retraite, maman!) dans le domaine de la traduction, une discipline assez connexe du monde des communications.

 

Photo: Stephany Hildebrand, de Zetä Production

 

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