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Dossier
Dix tendances marketing à surveiller en 2017

Encourager l’entrepreneuriat, un argument marketing?

L’entrepreneuriat a la cote au Québec: les entreprises en démarrage se multiplient, alors que depuis cinq ans, les investisseurs y ont injecté 360 millions$. Quel est l'intérêt des organisations qui s’associent à ces structures émergentes?

Engouement

Selon Sylvain Carle, associé de Real Ventures et directeur général de FounderFuel, l’engouement général pour l’entrepreneuriat provient des générations X et Y, qui constatent que l’ancien modèle de carrière n’existe plus. «Il est préférable d’être à son compte que d’espérer travailler pour quelqu’un pendant 30 ans et de recevoir une montre en or pour ses loyaux services», explique-t-il.

sylvain carle

associé de Real Ventures et directeur général de FounderFuel

Aussi, la perception à l’égard de l’entrepreneuriat a changé. Si, auparavant, cela venait souvent avec un veston et une cravate, explique Sylvain Carle, «c’est aujourd’hui beaucoup plus éclaté, plus accessible et plus démocratique». On peut aussi être entrepreneur dans tous les domaines: de la restauration à la technologie.

Enfin, l’entrepreneuriat, selon Sylvain Carle, se transmet par émulation: plus de gens le font, plus d’autres voudront s’y mettre.

Les marques et l’entrepreneuriat

Cet attrait pour les jeunes entreprises ne laisse pas les marques indifférentes. Par exemple, Frank + Oak a lancé un fonds pour jeunes entrepreneurs en octobre dernier. Elle remettra plusieurs bourses de 10 000$ et offrira des programmes de formation. Pour Sylvain Carle, ce type d’initiative peut être simplement motivé par l’intention de redonner au suivant.  

«Je pense que la prise de conscience est là, mais qu’on a du mal à passer à l’action.»

Pour d’autres annonceurs, notamment ceux implantés depuis longtemps, l’idée peut aussi être de se tenir à jour en matière de recherche, de développement et d’innovation. «C’est une façon de regarder ce qui se fait dans un contexte différent du sien, dans une petite organisation au rythme plus rapide», souligne Sylvain Carle. Par exemple, L’Oréal a récemment approché la maison Notman, expliquant son intérêt pour les données massives, entre autres. Elle a demandé à rencontrer des jeunes organisations travaillant dans ce domaine. Par contre, Sylvain Carle estime que le Québec et le Canada sont en retard à cet égard. Selon lui, peu de grandes entreprises s’y intéressent, contrairement à la France ou à la Californie, où beaucoup de grandes entreprises envoient des équipes dans les centres d’innovation et de sociétés émergentes. «Je pense que la prise de conscience est là, mais qu’on a du mal à passer à l’action. Les grandes entreprises ont deux choix: participer et comprendre ce qui se passe ou se réveiller trop tard.»

Enfin, Sylvain Carle juge que certaines grandes marques s’engagent simplement pour participer aux nouvelles idées. Par contre, celles qui ne le font que pour faire bonne figure n’obtiendront pas les meilleurs résultats. Selon lui, le danger que des entreprises ne le fassent que par effet de mode et n’aient pas la patience d’accompagner les nouvelles sociétés durant tout leur processus existe. «Le cycle d’un entrepreneur qui développe quelque chose de significatif, ça ne prend pas un ou deux ans. Ça peut prendre cinq ou 10 ans. C’est long: en s’embarquant, il faut être prêt à le faire pour plusieurs années. Donc, si ce n'est que pour mener sa campagne de communications 2017, ça aura un certain écho, mais pas les retombées optimales pour les deux parties prenantes.»

Quel rôle pour les marques?

«Il faut accepter que tous les participants sont en train d’expérimenter, de découvrir et de valider.»

Les marques qui souhaitent réellement s’investir peuvent s'engager au-delà du financement selon Sylvain Carle. Elles peuvent être des premiers testeurs et des conseillers pour s’assurer que l’idée tienne la route sur le marché. «Lancer une entreprise, c’est un processus de découverte et d’expérimentation. Et si les nouveaux venus peuvent expérimenter avec des vraies marques qui possèdent des années d’expérience plutôt que seuls, dans leur labo, c’est beaucoup plus efficace.» L’intérêt pour les marques ne se trouve pas dans l’augmentation des ventes, mais dans l’apprentissage. «Il faut accepter que tous les participants sont en train d’expérimenter, de découvrir et de valider avant de déployer. C’est comme une méthode scientifique.»

desjardins lab

Des exemples québécois et canadiens sont intéressants à cet égard, note Sylvain Carle. Notamment, Desjardins Lab invite des entreprises émergentes à tester leurs produits. Desjardins souhaite atteindre les plus jeunes générations et estime que les entreprises en démarrage peuvent l’y aider. Sylvain Carle donne aussi l’exemple de l’événement Hyperlien en 2015 (dont l’édition 2016 s’appelle Innobahn). Québecor, Loblaws et Bombardier faisaient partie de cette initiative. Elles avaient des besoins spécifiques et les ont exprimés aux participants. «Ces projets sont très intéressants parce qu’ils créent un terrain de rencontre. Il est important que les deux côtés se parlent et comprennent que fait et ce que veut l’autre.»

Une mode?

Enfin, Sylvain Carle affiche tout de même une inquiétude: que cette tendance s’essouffle vite. «C’est vraiment difficile être entrepreneur. Il y a beaucoup d’échecs et de dépressions, et rares sont ceux qui deviennent riches rapidement. Les marques doivent être conscientes du risque qu’elles prennent. Certaines ne veulent pas être associées à l’échec qui vient parfois avec l’entrepreneuriat.» 

Photo de couverture: Joel Beukelman

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