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Dossier
Concours Lux 2016: les 100 images de l'année

Entrevue avec Barbara Jacques, présidente du jury

La 18e édition du concours Lux a été présidée par Barbara Jacques, directrice de création, branding et design, de Cossette. Retour sur les délibérations et le palmarès, qui témoigne d’une industrie bien vivante. 

barbara jacques

présidente du jury

Le magazine Lux présente les 100 images de l’année. Les pièces qui ont retenu l’attention du jury ont-elles quelque chose en commun ?
À première vue, elles ne semblent rien n’avoir en commun. Les pièces soumises étaient vraiment toutes très différentes et reflétaient ainsi une grande richesse de styles et de la diversité. C’est exactement ce qu’on souhaitait voir. Et c’est ce qu’on a vu. Cela démontre de la vivacité de cette industrie au Québec.

Cependant, les images sélectionnées pour les Grands Prix et pour les projets primés ont en commun leur haut standard d’exécution et de finition. C’est d’ailleurs pour cela que nous les avons retenues.

Comment avez-vous orienté les délibérations du jury ? Quelles recommandations leur avez-vous données ?
Je souhaitais que chaque photo ou chaque illustration raconte une histoire, qu’elle soit parlante. Je voulais que les images présentent plus qu’une tendance ou qu’un esthétisme qui nous bluffe, mais qu’elles témoignent de l’année 2015.

Je désirais aussi qu’on aille au-delà des styles typiques de notre époque, pour se pencher sur des projets qui vont à contre-courant afin de raconter une histoire forte et différente.

«Les pièces soumises étaient vraiment toutes très différentes et reflétaient ainsi une grande richesse de styles.»

Quelles ont été les surprises, bonnes comme mauvaises, de la cuvée 2016 ?
Je commencerais par parler du jury, presque complètement féminin : un seul homme s’est joint aux délibérations. Cela m’a vraiment étonnée puisque, depuis longtemps, les femmes semblent largement sous-représentées dans cette industrie. Je trouve qu’un jury où les femmes ne sont pas bien représentées, ce qui arrive souvent encore, n’est pas significatif de notre époque.

Pour ce qui est des pièces soumises, ce qui m’a surprise est le fait qu’il y avait très peu d’illustrations présentées, ce qui était bien dommage et qui se reflète forcément dans le palmarès. Par contre, si les illustrateurs ne se sont pas manifestés en grand nombre, ils ont tous proposé des pièces exceptionnelles. Ils ont privilégié la qualité à la quantité et c’était très difficile d’éliminer des pièces. J’en profite donc pour encourager les illustrateurs à présenter leurs projets l’année prochaine : il faut inspirer le milieu québécois de l’illustration et montrer qu’il a sa place au concours Lux.

En photo, j’ai été étonnée par la diversité des pièces soumises. Nous n’étions pas dans les classiques ou dans les grosses tendances lourdes qu’on voit tout le temps. Ça représentait bien ce qu’il y a dans le marché.

«Je souhaitais que chaque photo ou chaque illustration raconte une histoire, qu’elle soit parlante.»

Que révèle la cuvée 2016 sur l’industrie de la photographie et de l’illustration au Québec ?
Que notre industrie est de niveau international. Il y avait une grande richesse sur le plan des styles et des émotions : c’était touchant, séduisant et déconcertant. Je dirais qu’au Québec, et on l’affirme depuis longtemps, il se fait une création hors du commun. Notre positionnement, entre l’Europe et l’Amérique, et près du Canada anglais, fait en sorte que, souvent, nous avons de la difficulté à nous retrouver dans ce qui se fait autour de nous. De ce fait, nous nous posons beaucoup de questions sur notre identité, sur ce que nous avons à dire et comment nous voulons l’exprimer. Je pense que cette cuvée du concours Lux démontre que cet inconfort nous procure une culture beaucoup plus riche, qui se démarque. Ça nous donne des dents et ça se reflète dans notre création, unique et significative.  

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui voudraient voir leur travail récompensé lors de la prochaine édition du concours ?
Tous les jurés étaient d’accord sur le fait que, oui, l’image est essentielle, mais l’attention apportée à sa présentation l’est tout autant.

«L’attention au détail est hyper importante, en photo comme en illustration.»

L’attention au détail est hyper importante, en photo comme en illustration. Il faut appliquer la rigueur du début à la fin du processus : format, choix du fini du papier, cadrage et qualité de l’impression sont tous des éléments majeurs, qui jouent sur l’impression offerte par l’image. Ça démontre le soin que l’artiste apporte lui-même à son image. C’est un tout. Par exemple, il y avait des séries de photographies avec des contrastes inégaux entre les pièces. Si deux photos sur trois étaient excellentes, mais la troisième moins bien traitée, cela faisait en sorte de diminuer la qualité de l’entièreté de la série.

Quant aux illustrations, plusieurs pièces ont été soumises sans faire sortir l’image de leur contexte, sans les extraire du livre, par exemple. Présenter le contexte permet une meilleure compréhension, mais il faut aussi faire ressortir l’image, plus facile à admirer à plat.

Pour finir, afin de se démarquer en tant que créateur dans un univers visuel très chargé, il est essentiel d’apporter un regard personnel. Quand le jury était ému par un projet, c’était toujours parce qu’il sentait l’artiste derrière, la direction qu’il a voulu donner. C’est d’ailleurs souvent grâce à cette touche personnelle qu’une image peut se différencier, être à contre-courant et représenter une émotion, une idée, plutôt qu’un style ou une tendance. Et ces créateurs et ces pièces ont été récompensés. C’est ça qui vient encore nous éblouir dans ce paysage surchargé d’images.

Les autres membres du jury
Barbara Jacques s'est entendue avec six autres experts pour décerner les différents prix:

Pour connaître tous les Grands Prix, consultez le dossier spécial en ligne. Pour l’ensemble des résultats, concultez le site web du concours.

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