La référence des professionnels
des communications et du design
Dossier
Histoires d'échec

Justin Kingsley: «La vraie victoire, c’est de donner tout ce que tu as.»

Le conseiller créatif Justin Kingsley a échoué souvent. Mais il sait rebondir - et travailler plus fort que les autres. 

«Si nous devons remporter une autre victoire sur les Romains, nous sommes perdus.» Ce sont les propos rapportés par l’auteur antique Plutarque au sujet du roi Pyrrhus, qui a vaincu les Romains, mais au prix de pertes catastrophiques pour son armée.

«Parfois, l'on gagne dans le court terme et l'on perd dans le long; parfois, c’est l’inverse.»

Il s’agit d’un exemple cher à Justin Kingsley, qui y perçoit une façon constructive de voir l’échec – et la victoire: «Pyrrhus avait gagné, mais perdu toute son armée. En continuant de gagner de cette façon, il mènerait sont empire à la perte. J’aime bien parler de victoire pyrrhique et de défaite pyrrhique: parfois, l'on gagne dans le court terme et l'on perd dans le long; parfois c’est l’inverse. Souvent, on l’oublie parce qu’on a le nez collé dessus. Il faut évaluer ces choses dans leur entièreté, pas seulement sur un chapitre. Comme un livre.»

«Je n’aime pas perdre. Mais ça me motive.»

Prendre des risques
Lorsqu’on demande à Justin Kingsley de relater un moment d’échec, celui-ci admet avoir souvent eu le sentiment d’échouer. Qu’à cela ne tienne: les revers sont synonymes de motivation pour celui qui a eu plusieurs métiers, allant de celui d’attaché de presse au cabinet du premier ministre du Canada à publicitaire chez Sid Lee ou consultant créatif auprès Canadien de Montréal (il a aussi été bus boy dans une boîte de nuit de Toronto). «Je n’aime pas perdre, seul ou en équipe. Mais ça me motive, c’est le bois que je mets sur mon bûcher. Ça me garde au chaud, ça me motive à travailler plus fort que les autres, à croire en mes projets et à prendre des risques. Ce qui compte, ce ne sont pas les défaites, mais bien comment on se relève d'elles.»

Ce n’est pas toujours la meilleure équipe qui gagne
Justin Kingsley rappelle que s’il l’on apprend de ses échecs, il est tout aussi judicieux d’apprendre… de ceux des autres. «C’est une chose que j’ai apprise grâce à Georges Saint-Pierre.» Aussi, c’est une des raisons qui le portent à se confier à l’auditoire de FailCamp sur le temps qu’il a passé au sein du cabinet du premier ministre Paul Martin et des leçons qu’il y a apprises, un sujet qu’il n’a auparavant jamais commenté publiquement et qui le «hante depuis plus d’une décennie», de l’aveu même du principal intéressé.

«On ne célèbre pas toujours au bon moment, et on ne critique pas toujours aux bonnes instances.»

La valorisation de l’échec semble être au goût du jour, sans doute en partie à cause de l’intérêt grandissant que suscite l’entrepreneuriat. Quel rapport le milieu des communications-marketing, dans lequel Justin Kingsley a notamment œuvré, entretient-il à l’échec? Celui-ci croit que malgré ses bons côtés, l’échec et la victoire sont encore mal compris au sein de cette industrie: «On ne célèbre pas toujours au bon moment, et on ne critique pas toujours aux bonnes instances. J’ai été placé dans des circonstances où nous n’avions pas travaillé particulièrement fort et où nous avons gagné. On s’est tapé dans le dos. Et j’ai été dans d’autres circonstances où nous avions accompli un travail fantastique et où nous méritions mieux, mais nous avons perdu à cause de circonstances hors de notre contrôle.» 

«La vraie victoire, c’est de donner tout ce que tu as, de faire de ton mieux. Parce qu’il y a des circonstances que tu ne peux pas contrôler. C’est pour cette raison que les gens aiment tant le sport, par exemple. Parce qu’ils ne savent pas comment le match va finir. Ce n’est pas toujours la meilleure équipe qui gagne. En fait, c’est rarement le cas: c’est pour ça que les gens continuent de parier. C’est toujours le trajet, le processus, qui compte.»

Justin Kingsley est au programme de la prochaine édition du FailCamp, une conférence sur l'échec présentée à Montréal et à Québec. Tous les détails sur le site web de l'événement. 

comments powered by Disqus